FLORE, FAUNE, POPULATIONS DE L'ANNAM
force, mais on les remplace par des animaux plus vigoureux venant de l'Inde et de l'Australie. Le chien cochinchinois est une bête assez indépendante, se souciant peu de son maître et rarement caressé par lui. Dans les campagnes du Tongking, de l’Annam et du Cambodge, chaque étable a ses cochons, et les basses-cours ont plus de poules, d'oies et de canards que la plupart des fermes d'Europe. Le poisson entre aussi pour une part considérable dans la nourriture animale des Annamites et des Cambodgiens. Ceux-ci se livrent avec ardeur à la pèche des crocodiles, dont la chair, surtout celle de la queue, leur paraît fort appétissante. Les poissons pourris, les vers qui s’en nourrissent et les grillons crus sont également des mets recherchés par les habitants de la contrée".
Les populations encore sauvages de l’Indo-Chine orientale, refoulées à l'ouest par les Siamois et les Laotiens, à l’est et au sud par les Annamites, au sud-ouest par les Cambodgiens, n’habitent guère que la région des forêts, sur les plateaux et dans les vallées des montagnes. La plupart sont connues sous un nom générique : ce sont les Muong des Tongkinois, les Kha des Siamois, les Pnom des Cambodgiens, les Moi des Annamites, les Lolo des Chinois ; sur les frontières de la Cochinchine française, vers les sources du Donnaï, ils se donnent le nom de Trao*. M. Thorel rattache ces tribus sauvages à la grande famille des Alfourous de l'Océanie. Quoi qu'il en soit, ces peuplades, considérées dans leur ensemble, vivent en groupes peu nombreux, isolés les uns des autres, et ne se rencontrent que rarement pour le commerce ou pour des conflits armés; leur arme nationale est l'are, avec lequel ils lancent à plus de 100 mètres des flèches de bambou empoisonnées; ils se servent aussi de la hache. Tous sont agriculteurs, mais n’ont d’autres champs que les clairières obtenues par l'incendie des bois; tous ajoutent les produits de la chasse et ceux de la cueillette à leur récolte; mais avant la moisson il leur arrive souvent d’être dépourvus de nourriture : c’est alors qu'ils s'attaquent aux reptiles, aux bestioles, à la vermine et qu'ils organisent des expéditions de vol. En général, les tribus de l’Indo-Chine orientale, quoique dissemblables à beaucoup d'égards, ont des caractères communs : taille moyenne, teint brun, plus foncé que celui de l’Annamite, moins noir que celui de l'Hindou, crâne déprimé, front large et bas, face arrondie moins plate que celle
4 Journal officiel de la République française, 16 septembre 1875. * Neis et Septans, Excursions el Reconnaissances, X, 1881.
des Mongols, yeux droits et horizontaux, bouches très grandes et puissantes mâchoires. La barbe des Moï est généralement plus fournie que celle des Chinois et des Annamites; ils ont en outre des favoris et leur torse est légèrement velu. Leur figure est douce, mais il est rare qu'elle soit éclairée par le sourire : quand ils veulent témoigner leur joie, ils ouvrent largement la bouche.
D'après Combes, tous les sauvages qui habitent la vaste contrée située entre l’Annam, le Laos et le Cambodge appartiennent à une même famil!e : la physionomie, les traits, les croyances, les mœurs ct les coutumes se ressemblent de tribu à tribu, et quoique les langues soient très différentes. une grande partie du vocabulaire est commune à toutes et la syntaxe en est identique. Ces dialectes ne ressemblent nullement à ceux des Annamites : ils sont d’une construction très simple, d'une prononciation eoulante et facile. Très riches en expressions relatives aux choses de la natur+. aux travaux agricoles et au commerce, ils manquent presque complètement de termes abstraits; à l'exception du langage des Muong de la rivière Noire et de quelques autres tribus du Tongking *, aucun ne possède d'écriture : aussi le labaar, ou « papier parlé », jouit-il dans les monts d’Annam d'une influence mystique aussi puissante que chez les nègres de l'Afrique intérieure’. Annamites et Chinois abusent à l’envi de la simplicité de< indigènes; ils savent que, pour se mettre au cou un collier de perles vertes ou rouges, les sauvages engageront tranquillement l’avenir de femmes et d'enfants et les condamneront d'avance à la servitude* : le nom de Moï, en Cochinchine, était naguère synonyme d’esclave’, comme celui de Kha dans le pays de Siam. En mains districts de la zone qui entoure le territoire des Annamites policés, on va à la chasse des enfants comme on irait à l'affût du cerf. Vivant dans une terreur continuelle, les Moï ou Trao de toutes peuplades sont pour la plupart extrêmement peureux, mais il arrive parfois que dans une rencontre ils tuent leurs agresseurs. Dans ce cas, la coutume des Trao veut que le corps de l'ennemi soit mangé par tous les habitants du village*.
Les sauvages du nord sont en général plus civilisés que ceux du midi, grâce sans doute au voisinage de la Chine, d’où l’industrie, les sciences,
1 Thorel, Voyage d'Exploration en Indo-Chine.
2 Courtin et Villeroi d'Augis, Excursions et Reconnaissances, XI, 1881, 5 Combes, Annales de la Propagation de la Foi, 1855,
4 Moty, Ercursions et Reconnaissances, IV, 1879.
5 Kilvestre ; — Henry, mème recueil, IV,
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Dessin de G. Vuillier, d'après unx photmgmylue de M. Csell.
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