‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 403 sur 471 · TRIBUS SAUVAGES DE L'ANNAM · texte numérisé non relu

TRIBUS SAUVAGES DE L'ANNAM

les arts, se sont graduellement répandus dans la direction du sud. Parmi ces tribus policées, l’une des plus remarquables est celle des Do ou Lava, qui vivent à l’ouest du Mekong, dans les montagnes voisines du Yunnan; très commerçants, ils cultivent diverses denrées pour l'exportation en Chine, notamment le coton; ils descendent régulièrement aux marchés, et, converlis au bouddhisme, n'ont pas une moindre ferveur religieuse que les Laotiens des alentours. À l’est du Mekong, sur le versant du Tongking, vivent ces tribus des « Treize Muong » qui se distinguent par la connaissance de l'écriture : ils ont un alphabet syllabique de 36 caractères, et leur système numérique comprend neuf unités. Très industrieux, ils tissent la soie, le coton et autres matières textiles, connaissent l’art de la teinture, Leurs familles sont très nombreuses, mais dans le voisinage des plaines la plupart des enfants sont volés et réduits en esclavage par les bandits chinois!. Est-ce au nombre de ces Muong que doivent être classés les Meo de Naham, qui, d'après le missionnaire Fiot, ne comptent pas moins de 6000 feux en de nombreux villages”? Ils s’habillent à la mode chinoise et leur Jangue serait du chinois plus ou moins altéré ; leur culte est celui des ancêtres, Se lenant soigneusement éloignés des populations de souche différente, ils ont des animaux domestiques de races diverses et cultivent même des légumes qui ne se retrouvent pas chez leurs voisins et dont ils refusent la semence aux visiteurs.

Au sud du Tongking, les diverses tribus kha connues sous des noms locaux, So, Soué, Pou taï, Brou et Brao, Hoï et Haï, Temep, Yahoun, Boloven, Alak, Thé, Tsou, Proun, Lové, Titaï*, occupent les clairières et les plateaux de la région du faite. Presque tous ces indigènes, aussi craintifs que les bêtes de la forêt, fuient à l'approche des Annamites, qui cependant les redoutent comme sorciers. On raconte d’une peuplade kha qu’elle habite deux villages nommés « Flamme Prète » et « Eau Prète » et qu'il suffirait à ces hommes de faire un signe pour anéantir leurs ennemis par l'incendie ou le déluge. De même que les géographes du moyen âge, les gens du Cambodge se figurent que les habitants de ces régions mal connues sont des monstres différents des autres hommes : d’après eux, les Kha d’une certaine tribu auraient dans la poitrine une sorte de clapet qu’ils ouvriraient pour se neltoyer l'estomac au moyen d’un bâton’.

Les tribus kha les plus connues sont celles qui peuÿlsi: la région du faite entre le bas Mekong et la province annamite de Biñ diñh : Tehan-

! Courtin et Villeroi d'Augis, mémoire cité,

* Voir la carte de Dutreuil de Rhins.

5 Adolf Bastian, Geographische und Ethnologische Bilder.

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graï, Giaraï, Radeh, Banar, Sedang, Halang, Stieng. Les Giaraï sont, parmi les sauvages de la contrée, ceux dont les industries se distinguent par le plus d'adresse et de goût ; leurs tissus, d’une grande finesse, sont ornés de gracieux dessins; les objets en fer bien trempé ont une forme élégante ; les instruments de cuivre témoignent d'un remarquable développement industriel. Quant aux Sedang, on peut dire qu'ils ne forment qu’un peuple de forgerons : après avoir terminé les travaux des champs, les habitants de soixante-dix villages extraient le minerai de nombreux gisements et forgent des instruments et des armes, qu’ils vendent à leurs voisins en échange de tissus et de denrées. Ainsi la division du travail s'est introduite parmi ces populations. Les Halang recueillent quelques paillettes d'or dans les sables de leurs rivières et les vendent aux Laotiens; mais le principal commerce est celui des esclaves, capturés dans les guerres de tribu à tribu, La pratique de la vendetta est commune : « Venge-loi! si ce n’est aujourd’hui, ce séra demain! » telle est la devise favorite’,

Les Banar ou Ba-hnar, apparentés par la langue à leurs voisins du nord, les Sedang, sont, parmi les populations de la contrée, une de celles qui ont le mieux gardé les antiques traditions; il n’en est pas qu'on ait mieux étudiées, Le missionnaire Combes, qui séjourna plusieurs années dans leur pays, évalue leur nombre à 25 000 individus, Au milieu de leurs villages, dont on compte une centaine environ, s'élève la grande maison commune où se célèbrent les fêtes et les cérémonies religieuses et qui pourrait au besoin servir de forteresse, grâce à sa solidité de construction. C'est aussi la « garçonnière » où jeunes gens et célibataires passent la nuit. Les enfants, séparés de leur mère dès l’époque du sevrage, sont élevés dans ces « palais », plus vastes et plus élégants que la plupart de ceux qu’on voit chez les autres sauvages des Indes. Les jeunes gens ne sont tenus pour hommes qu'après avoir conclu avec un compagnon le pacte d'amitié, en vidant une coupe pleine de leur sang mélangé. Pour la ratification des traités de paix, on observe des cérémonies analogues; mais dans ce cas les plénipotenliaires qui mélent leur sang sont un homme, d’un côté, une femme, de l’autre : la paix est un mariage. L'esprit de solidarité communale est très puissant chez les Banar : jamais une famille ne boira son vin de palmier, ne mangera de venaison sans inviter les voisins et leur donner une part aussi forte que la sienne; même lorsqu'un enfant attrape un lézard, une souris, il attendra ses camarades pour cuire et manger l'animal avec eux*.

! Combes, mémoire cité; — Dourisboure, Les sauvages Ba-hnars. ? Mouhot, Travels in the Central parts of Indo-China.

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