‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 411 sur 471 · ANNAMITES, CHINOIS, MALAIS · texte numérisé non relu

ANNAMITES, CHINOIS, MALAIS

noise. Les Moplah sont représentés par quelques familles de marchands!,

Pour la langue aussi bien que pour l'origine, les Annamites sont apparentés aux Chinois, Le dialecte savant que l'on parle encore à la cour de Ilué est le pur mandarin, et pour tous les documents officiels on se sert de caractères chinois ; à la résidence de Saïgon, on emploie aussi bien les caractères chinois que les signes annamites qui en sont dérivés. Le langage vulgaire cochinchinois, comme le cantonnais et le parler du Fo’kien, est composé de monosyllabes que l’on apprend à différencier par un ton chantant parliculier; variant avec le sens de chaque mot : six de ces intonations, l'égale, la grave, l’aiguë, la sourde, la légère et la pesante, existent dans la langue de l'Annam*. Cet idiome diffère si peu des autres dialectes chinois, que les colons de l'Empire du Milieu immigrés dans la Cochinchine française abandonnent leurs patois respectifs pour converser dans le langage de Saïgon. Toutefois il existe dans l’annamite un certain nombre de mots qui ne se retrouvent pas dans le vocabulaire sinique et que l’on croit appartenir à la langue des aborigènes conquis par les Giacchi. Un « sabir » monstrueux, composé de mots chinois et annamites, français et provençaux, espagnols et portugais, anglais, latins, malais, juxtaposés sans aucune flexion, s’est formé dans la Cochinchine française et se répand de proche en proche dans les ports du littoral. L'alphabet adopté dans les écoles françaises ne diffère des lettres latines que par les accents et quelques signes diacritiques indiquant les tons. La littérature annamite se compose surtout de chants populaires et de proverbes.

Les institutions sociales et politiques de l’Annam se sont établies sur le modèle chinois : simple province de l'empire pendant plus de mille années et maintenant royaume vassal, la Cochinchine n’a cessé de regarder vers l'État du nord comme vers un idéal auquel il était glorieux de ressembler. De la Chine elle a reçu son éducation, sa littérature, son théâtre, ses rites religieux, ses lois, ses arts et ses sciences : le droit de bourgeoisie appartient d'avance aux Chinois qui viennent, en nombre limité par la volonté du souverain, s'établir dans le pays d’Annam; on voit en eux des aînés qui viennent s'asseoir à la table de frères plus jeunes” ; le nom qu'on leur donne est celui de « maîtres », et c’est bign en maîtres qu'ils se comportent : le moindre marchand chinois passe fièrement devant le plus haut mandarin*.

! Gaultier de Claubry, Bulletin de la Société d'Anthropologie, 5° fascicule, 1882,

2 Marutte, Annales de la Propagation de la Foi, 1852; — Lemire, Cochinchine française el royaume du Cambodge; — Le Grand de la Liraye,

5 Le Grand de la Lirave, Notes historiques sur la nation annanite.

4 Dutreuil de Rhins, Le royaume d'Annam el les Annamites.

EN TRÈS se

rt Eole Peel

Le chef de famille annamite a le même rôle que le père chinois : chef politique et religieux de tous les siens, il est l'arbitre souverain des conlestations qui surgissent entre parents, et le magistrat n'intervient que pour lui prêter main-lorte!. Les Annamites essayent aussi d'imiter les Chinois dans les rites du mariage, quoique les mœurs assurent à la femme une bien plus grande liberté que dans l'Empire du Milieu : elle n'a point les pieds mutilés et nulle part on ne la retient prisonnière dans le gynéeée”, Tous les habitants du € Sud Pacifié » sont tenus pour égaux devant les lois comme ceux du € Royaume Fleuri » et l'accès aux fonetions leur est ouvert : c'est par le mérite seul, sous la garantie des examens publies, qu'est censé se recruter le corps des mandarins, Les épreuves littéraires sont inslituées sur le même modèle : dans un pays comme dans l'autre, les candidats sont ais en loge pour Ka rédaction du mémoire qui doit assurer aux vainqueurs, avec le titre de bachelier, certaines exemplions, des privilèges et l'entrée des bureaux. Des épreuves analogues valent aux heureux concurrents le titre de licencié, puis celui de docteur. Le dernier examen se fait à la cour même et confère aux élus les places importantes dans l'administration du royaume; mais quoique la « règle des études supérieures » en vertu de laquelle sont nommés les mandarins, soit de « renouveler les hommes et de les amener à la perfection », le corps des fonctionnaires annamites n'est pas moins corrompu que celui de la Chine. Sans responsibilité vis à vis du peuple et n'ayant à rechereher que le bon plaisir du maitre, les mandarins n'ont qu'à s'assurer la faveur du « père et mère de dix mille peuples », de l'empereur «auguste et saint», « Fils du Giel », et tous les droits d’us et d'abus leur sont par cela même assurés, Sauf quelques modifications de détail, le gouvernement et l'administration reproduisent le modèle offert par le € Grand et Pur Empire ». Les ministères se répartissent les travaux de la même manière ; les mandarins ont des fonctions analogues ; le code annamite reproduit presque loutes les disvosilions du code chinois. Les communes ou lang, dont l'origine ressemble à celle de la commune chinoise, sont également autonomes; elles s’administrent par un conseil de notables, libres de toute tutelle du pouvoir central, s'occupent, de leur propre police et lèvent les impôts, dont toutes les familles sont collectivement responsables. Dans les pays de colonisition, les nouveaux groupes naissent de l'initiative privée ; les associés qui en ont obtenu la concession, moyennant promesse d'impôt,

4 Villard, Excursions et Reconnaissances, XI, 1889, 2 Tran-Nuang Ilanh, Annales de l'Extrême Orient, juin 1889,

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