FLORE DE L'HINDOUSTAN
l'on rencontre dans la péninsule Transgangétique ct dans les îles de la Sonde. C'est la zone qui produit, du moins dans ses parties les plus chaudes, le poivrier, le cannellicer, les cardamomes, les arbres à gomme, el d’où sont venues aux Européens quelques-unes de leurs plus précieuses acquisitions dans le monde végétal, le coton, l'indigo, le sucre, et de nombreuses plantes médicinales; ses forêts fournissent le sal et le tek, les plus estimés des bois de construction. Les diverses espèces de palmiers, droits et fermes « comme des javelots lancés du ciel », qui subviennent à tous les besoins de la population en leur donnant la nourriture, la boisson, le vêtement, les meubles et les outils, croissent principalement le long des côtes; dans l’intérieur des terres, notamment dans les vallées tributaires du Gange, le mhowa (bassa latifolia) laisse tomber sur le sol des myriades de fleurs qui servent à la nourriture des hommes et des animaux, et qui pendant mainte période de disette ont sauvé la vie à des populations entières'. Là grandissent aussi les diverses variétés de l'arbre sacré, le figuier des banians, qui peut ombrager toutes les foules, accourues pour fête, marché ou cérémonies religieuses, et qui devient à lui seul une forêt, les appendices des branches prenant racine autour du tronc primitif et s’enroulant parfois autour de palmiers ou d'autres arbres. Par une transition graduelle, le type de la flore tropicale s’entremêle à celui que présente la végétation plus sobre de l'intérieur, et celle des pentes de montagnes, caractérisée par les arbres à croissance lente, maisà fibre dure ou odarante, comme le bois de fer ou le sandal. Des bambous hérissent le sol là où les pluies annuelles ne sont pas suffisantes pour le développement des arbres forestiers, et les remplacent tous pour l’économie domestique. L'étonnement des indigènes est qu’il puisse y avoir des populations civilisées dans les pays déshérités où ne croît pas le bambou*.
Mais le labourage, l'irrigation, tous les soins c'onnés par l'homme à la culture modifient d'année en année les limites naturelles des zones de vévélation. Les cultivateurs "nt même réussi à obtenir des récoltes de grains jusqu'à des hauteurs que cépasse à peine la limite des neiges persistantes. Ainsi dans le pays de Ladak on mnissonne de l'orge, dans quelques endroits abrilés, à l'altitude de plus de 4500 mètres ; à 400€ et 4200 mètres se trouvent des villages dont la population dépend entièrement de la réussite de ces cultures *. Presque tous les groupes d'habitation de la haute vallée du Satledj, jusqu’à l'altitude de 5400 ct en certains endroits de 4000 mètres,
! Ball, Jungle Life in India.
# Yule, The Book of ser Marco Polo.
5 Frederic Drew, Jummoo and Kashmir.
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sont entourés de saules et d'abricotiers, auxquels se mêle çà et là le juniperus excelsa, arbre sacré des bouddhistes”. Dans l'Himalaya, la limite supérieure des champs et des plantes spontanées s'élève graduellement des pentes extérieures qui regardent la plaine vers celles qui dominent les valles dans le cœur des montagnes. Tel arbre qui s'arrête à 2000 mètres au sud de Dardjiling, s'élève à 2200, puis à 2500 mètres au nord de cette
N° 23, — ÉTAGES DE VÉGÉTATION ET ZONES DE CULTURES SUR LES PENTES DE L'HIMALAYA MÉRIDIONAL DANS LE SIKKIM,
Tibet
Mousses (LS)
De/phinium fleciole —Ahodawandräne. =
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Plentes tropiceles [LS = Conitires (eh) 7 Terer
L.S. = Limite supérieure. L. 1 = Limite inférieure 1: 4500000
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même ville, dans l'espèce de serre humide et chaude que forme la vallée du
Sikkim, de toutes parts entourée de hautes montagnes*.
De même que la flore, la faune de l'Hindoustan ne se distingue pas de celle des contrées limitrophes; elle se rattache, suivant les frontières, à l'aire du Tibet et de la Chine, à celle de l'Asie antérieure, de l'Indo-Chine et de la Malaisie”.
Naturellement, le versant méridional de l'Himalaya est habité par les
# Stoliczka, Miltheilungen von Petermann, 1870, n° 1.
3 Forbes Royle, Botany and Natural History of the Himalaya mountains ; — Mooker, Himalayan Journals.
5 Blanford, Quarterly Journal of the Geological Society, nov. 1875.
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FAUNE DE L'IHINDOUSTAN. 87
mêmes espèces que les vallées du Trans-Ilimalaya et les plateaux du Tibet; les limites de chaque animal, dans la direction des vallées basses, sont eclles que lui opposent les conditions du climat, aux diverses altitudes. Ainsi toute la riche faune du Tibet, yaks sauvages et domestiques, antilopes, gazelles, chamois, porte-muse, chevreuils, brebis, ânes, hémiones, ours, loups blancs, noirs et rouges, chacals, renards, chiens sauvages, se rencontre, soit dans les régions neigeuses, soit dans les forêts des pentes himalayennes; mais elle ne dépasse guère les limites de la région sèche : là où commencent les forêts. alimentées par l'air humide du Sikkim, là s'arrètent les bêtes de la montagne‘. À la base des grandes montagnes, la région forestière du teraï est, avec les fourrés de l’Assam et de la contrée montueuse qui sépare le Bengale de la Barmanie, le principal refuge des animaux sauvages de l'Inde; certaines espèces, exterminées dans le reste de la Péninsule, ne se trouvent même que là : tel est le sanglier nain (porculia salviania), qui ne pèse pas plus de 5 kilogrammes et n'atteint que 25 centimètres de hauteur.
L'éléphant est une des bêtes qui ont pu se maintenir en grand nombre dans le teraï et dans les montagnes de l'Assam, protégées par les fourrés et les marécages. Il a été chassé de presque toutes les autres régions de l'Hindoustan; ailleurs, on ne le trouve plus que dans le pays des Kond, dans les forèts vierges de Courg, de Maïssour, de Travancore et dans l'ile de Ceylan. L'éléphant de l'Inde n’habite pas les plaines comme celui de l'Afrique ; il a ses retraites dans les pays de collines, et même dans les régions montueuses il préfère les crêtes escarpées* : c’est là peut-être un changement récent dans les conditions d'existence imposé par le voisinage de l’homme. Dans le Sikkim, il parcourt les forêts jusqu’à 1200 mètres d'altitude; des chasseurs capturèrent même un de ces animaux à plus de 5000 mètres de hauteur, puis, après l'avoir apprivoisé, le menèrent à Lassa par les cols de l'Himalaya et du Trans-Himalaya. Il est probable que l'éléphant aurait bientôt disparu des forêts de l’Inde si la chasse n’en élait pas rigoureusement limitée et si la capture dans les fosses cachées par les branchages n’était pas interdite. Le gouvernement de l'Inde s’est réservé la propriété de tous les éléphants de la Péninsule, maknas sans défenses ou gandas armés de leurs longues dents d'ivoire. Quoique choisis pour animaux domestiques de Ganesa, le dieu de la sagesse, les pauvres éléphants ont l’imprudence de se laisser diriger par les chasseurs
1 Hooker, ouvrage cité.
2 Ilunter, Gazetteer of India.
$ Hermann von Schlugintweit, Reisen in Indien und Hochasien, voi. il.
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vers Îles réduits, entourés de fortes palissades, qui doivent leur servir de prisons : là ils sont peu à peu domptés par la faim, puis apprivoisés par des compagnons déjà faits à l'état domestique. On en prend ainsi chaque année plusieurs centaines, qui sont employés presque tous à la construction des routes ou au transport du bois dans les chantiers et des affûts dans les arsenaux. Les princes et les hauts personnages de l’Inde ne sauraient non plus célébrer de fêtes ni se livrer à leurs chasses sans ajouter à leur cortège quelques éléphants somptueusement caparaçonnés et portant des haoudas ornés de métaux précieux, de velours et de soie,
Le rhinocéros, autre représentant de la faune ancienne, est aussi devenu rare dans l'Hindoustan, quoiqu'il en existe encore quatre variétés, à une ou à deux cornes. Cet animal vit surtout dans les forêts de Djittatong, à l'orient des embouchures de la Meghna, et dans les terres boueuses des Sanderband, où il aime à se vautrer. De redoutables ruminants, tels que le gayal, le gaour (bos gaurus), appelé généralement « bison » par les chasseurs, et le buffle sauvage, parcourent aussi les forêts et les jongles de l'Inde centrale, de l’Assam et des frontières de la Barmanie. La chasse de ces animaux n’est pas moins périlleuse que ceile du tigre ou de l'éléphant. Le buffle surtout est dangereux; seul de toutes les bêtes sauvages de l'Hindoustan, à l’exception du tigre accoutumé à la chair humaine, il fond sur l'homme, principalement sur l’Européen; même les buffles apprivoisés ont une singulière aversion pour les étrangers blanes. Quant au sanglier, il attaque rarement l’homme, mais c’est l'animal le plus détesté des cultivateurs, à cause des dégâts qu'il fait dans les champs; on voit en lui l’ennemi par excellence, et dans mainte région de l'Inde le tigre est considéré comme une sorte de protecteur de l’agriculture, parce qu'il délivre le paysan des sangliers et des autres ravageurs des sillons.
Le tigre dit « royal »,en vertu de sa force et de sa férocité, est la bête sanguinaire qui à le mieux conservé son empire dans toutes les parties de l'Inde, à la fois dans les plaines et dans les vallées des montagnes, jusqu’à une assez grande hauteur sur les pentes de l'Himalaya. Il attaque surtout les gazelles, les antilopes, les chevreuils, les sangliers et tous les petits animaux de la forêt; quand il trouve de ce gibier en suffisance, il est rare qu'il s'attaque aux bêtes domestiques. Mais que les forêts commencent à se dépeupler, ou que les tigres, devenus vieux ou infirmes, ne puissent plus poursuivre le cerf ou la gazelle, ils s’en prennent aux troupeaux des cultivateurs et aux villageois eux-mêmes ; dès qu’ils ont goûté la chair humaine, ils n'en cherchent plus d'autre. Comme dans les âges préhistoriques, la lutte continue entre les bêtes fauves et l’homme, et dans plu-
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