‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 47 sur 471 · FAUNE DE L'INDE, ÉLÉPHANTS ET TIGRES · texte numérisé non relu

FAUNE DE L'INDE, ÉLÉPHANTS ET TIGRES

sieurs districts de l'Inde, c'est au félin qu'appartenait encore récemment la victoire. Une seule tigresse du pays de Tehanda, dans les Provinces Centrales, dévora 132 personnes en 1867 et en 1868‘. On raconte d'un autre « mangeur d'hommes » que sa ration annuelle était de 80 individus : les habitants du pays voyaient en lui une sorte de dieu ayant réuni dans ses membres la force de toutes ses victimes. Le voisinage de ces tigres suffit pour faire abandonner complètement des routes publiques; l’une de ces bêtes inspirait une si grande frayeur, que treize villages se dépeuplèrent et qu’un espace évalué à 650 kilomètres carrés cessa d'être mis en culture, Le léopard, connu d'ordinaire sous le nom de « panthère », est encore plus redoutable au chasseur que le tigre lui-même : il est plus courageux, plus leste, plus adroit, ce qui compense, et au delà, sa moindre vigueur de muscles. Quand il a goûté de l’homme, il devient le fléau du pays; il lui faut sans cesse de nouvelles victimes humaines, dont il se contente de sucer le sang”. Une autre espèce de léopard, la tchita, originaire du Dekkan, est devenue l’alliée de l’homme comme le faucon; elle aceompagne le chasseur à la poursuite de la gazelle et bondit sur le gibier, si rapide que le regard la suit à peine.

Plusieurs autres espèces de félins parcourent les jongles de l’Hindoustan, mais le plus grand de tous, celui que l'imagination populaire célébrait comme plus puissant que le tigre lui-même, le lion, a cessé d'exister depuis le commencement du siècle dans la région continentale de l'Inde; encore en 1810, on chassait cet animal dans le Pandjab; actuellement les seuls représentants du lion hindou, dépourvu de crinière, vivent dans les rochers du Gir, vers l'extrémité méridionale de la presqu’ile de Kathiawar : les indigènes lui donnent le nom de « chameau-tigre ». C’est aussi près de cette région, dans le voisinage du Rann, que s’est réfugié l’âne sauvage; le nilghau (portax pictus), que l'on rencontre d’ailleurs en d’autres parties de l'Hindoustan, jusqu'à l'Himalaya, cherche également à éviter les chasseurs en parcourant les confins de ce pays désert. Quant aux loups, ils se sont maintenus dans toutes les régions ouvertes de la Péninsule et, quoique moins redoutés, ils font cependant plus de ravages que les tigres ; quelques tribus sauvages les révèrent comme des dieux et s’attendent aux plus grands malheurs quand le sang de ces animaux a été versé sur leur territoire par des chasseurs étrangers. Les hyènes sont aussi fort dangereuses pour les troupeaux, et, en temps de famine, pour les enfants des

1 Grant, Central Provinces.

3 Forsyth, The Highlands of Central India.

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villageois. Les chacals, très communs, emplissent la nuit de leurs hurlements, el non moins adroits rôdeurs que les renards d'Europe, ont mérité de prendre dans les fables de l'Inde le rôle de fins conseillers et d’ourdisseurs de complots. Les dhole ou chiens sauvages se rencontrent aussi fréquemment dans les régions forestières; ils chassent par bandes, sans donner de la voix, et ne craignent pas même de s'attaquer au tigre; quel que soit le gibier poursuivi, il ne manque pas de succomber; la chasse peut durer des journées entières, à la fin les chiens forcent leur proie et la déchirent, Les pteromys ou « renards volants » des Anglais, ces écureuils dont la peau des flancs, largement étalée, forme parachute, se suspendent en multitudes aux branches des arbres. Quant aux singes, les espèces en sont nombreuses, et dans quelques districts ils sont devenus les véritables maitres du pays, grâce à la vénération que l'on éprouve pour la famille du dieu Hanouman; ils pénètrent dans les maisons, font main basse sur tout ce qui leur plait. Pour conserver leurs approvisionnements, les indigènes sont obligés de les couvrir d'épines.

Des relevés statistiques publiés dans les diverses provinces de l'Inde donnent la liste, toujours incomplète, des grands carnassiers tués et des hommes dévorés dans l’année. Grâce aux primes offertes par le gouvernement et au procédé facile d'empoisonnement que donne la strychnine, le nombre des bêtes féroces dont les Hindous se débarrassent augmente, tandis que le nombre des victimes humaines diminue’. Mais il est plus difficile de se défendre contre les serpents, qui se glissent dans les trous des masures et s'enroulent aux branches. En aucun pays du monde, les serpents venimeux ne sont plus redoutables que dans les Indes. Chaque année, les statistiques officielles parlent de milliers de morts causées par ces animaux : d’après Fayrer*, c’est à plus de 20 000 par an qu'il faut évaluer le nombre des victimes‘. Le zoologiste Gunther compte dans l'Inde entière 79 espèces d'ophidiens venimeux, dont plus de la moitié, il est vrai, sont des serpents d’eau salée : toutes les espèces qui vivent dans la mer ou les marigots des côtes ont des glandes à venin, tandis que les serpents d'eau douce sont inoffensifs*. Parmi les reptiles à crochets, il

1 Animaux carnassiers tuës dans le Bengale de 1870 à 1875 :

18196, dont 7278 tigres, 5668 léopards, 1671 onces, 1388 loups. Hommes tués pendant la même période de six années : 15416, dont 4218 par les tigres, 4287 par les loups, etc. 2 Thanatophidia of India.

3 Morts d'homme causées par des serpents en 1877 : 46 777. Serpents tués pour lesquels des primes ont été payées : 127 295. Victimes humaines des serpents et des bètes féroces en 1880 : 24 990. 4 Onthe Reptiles of British India.

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