KACHMIR, PLATEAUX DU KOUENLUN
nombre des pics alpins d'Europe dépasseraient cette hauteur de leurs pointes. Toute la partie nord-orientale du pays forme même un vaste plateau d'environ 5090 mètres, que l’on peut considérer comme appartenant encore géographiquement au Tibet, car les montagnes ne s’y élèvent qu’en saillies relativement faibles au-dessus des hautes terres et celles-ci sont parfaitement unies sur des espaces considérables. Dans cette région du faîte continental, les voyages d’Adolphe Schlagintweit et de Mohammed Amin, de Johnson, Hayward, Shaw, Cayley, Stol'ezka, Drew, Lydekker et autres explorateurs anglais ont iait connaître des plaines qui n’ont pas même la pente nécessaire pour écouler leurs eaux de neige fondue, soit au sud vers le Chayok, soit au nord vers le Kara-kach. Ces plaines sans écoulement sont celles du Lingtzhithang, dites aussi de Tchangichenmo, et le plateau que Drew appelle « Kuenlun Plains », du rempart de montagnes qui en forme le rebord septentrional; ensemble, elles occupent une surface d'au moins 18 000 kilomètres carrés. ;
Ces plateaux intermédiaires erire le Karakoroum et le Kouenlun sont le prolongement occidental du Kaatchi tibétain. ne arête peu élevée de roches fossilifères, le Lokzhoung, qui sépare ces plateaux en deux plaines bien distinctes, aligne ses pointes dans la direction de l’est à l'ouest, puis dans celle du nord-ouest. Les rares voyageurs qui ont traversé cette région la décrivent de la même manière que Naïn-singh, Huc, Prjevalskiy ont décrit les plateaux du Bod-youl oriental. Au cœur de l'été, seule saison pendant laquelle on ait jusqu’à maintenant osé aborder ce € pays de la mort », les neiges sont fondues, il est vrai, si ce n’est en certains endroits où elles se sont accumulées pour former des névés où même des masses cristallines sans mouvement, ressemblant de loin à des amas ou à des nappes de sel. La terre, blanche ou grisâtre, s'étend à perte de vue sans présenter d'obstacles à la marche, mais la rareté de l'air, l’intensité de la chaleur pendant le joar, la violence du vent qui afflue chaque après-midi vers le plateau, puis le refroidissement rapide des soirs sous l'influence du rayonnement, rendent chaque effort singulièrement pésble : les mirages, qui se renouvellent sans cesse dans l'air vibrant, montrant partout des lacs fantastiques, sont une grande cause de fatigue. Les animaux de la caravane, ponies, yaks ou brebis de somme, ont à porter leur propre nourriture, aussi bien que les objets de campement, car la végétation est presque nulle sur ces plateaux où même manque tout à fait; c'est à 15 ou 20 kilomètres de distance que se présentent les touffes d’eurotia ou les plaques de lichens qui servent à allumer le feu, et des intervalles d’une centaine de kilomètres séparent les lieux de pâturage pour
vit, 13
RE
ÿ RE
les bestiaux. Cependant quelques animaux, yaks, ânes sauvages, antilopes, errent encore dans ces déserts, moins nombreux que ne pourraient le faire supposer les traces de leurs sabots, visibles pendant des années".
N° 94, — PLATEAUX DE LINGTZHITANG ET DU KOUENLUN.
D'après Montgemerie,
méeronnndne
0 50 kil.
Il est certain que les étendues du Lingtzhitang et les « plaines du
Kouenlun » furent autrefois recouvertes par les eaux. Le sol est évidemment une terre d’alluvions, régulièrement stratifiée, et l'on peut y discerner
‘ Frederic Drew, The Jummoo and Kashmir territories ; — Menderson, From Lahore to Yarhand, ete.
aines du emment liscerner
hore to Yar-
PLATEAUX DU KOUENLUN, ROUPCHOU. 99
des lamelles légères, d'origine végétale, qui se déposèrent sur les fonds avec la vase. Les érosions formées sur les bords du plateau, et çà et là dans l'intérieur des bassins, permettent de reconnaitre comment s'est accompli le comblement graduel des bassins lacustres. Jadis ils devaient constituer une double mer, car des grèves se voient jusque sur le seuil des monts Lokzhoung, entre les deux plaines; puis la nappe se divisa et les deux lacs se desséchèrent peu à peu : il en reste encore quelques flaques, les unes permanentes, les autres temporaires, entourées d’efflorescences salines, et laissant des fonds d’argile sablonneuse qui se durcit en « biscuit » au vent et au soleil. Drew pense que l'écoulement des lacs se faisait, au nord par la rivière Kara-kach, au sud par le Tehangtehenmo. Suivant la hauteur des barrages que formaient les avalanches et les glaciers, les eaux ont même pu s’épancher tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ou même des deux côtés à la fois. Sur ce vaste faîte, la ligne de séparation entre les deux versants de l'Asie pouvait être changée par la chute d'un rocher ou l’écroulement d'un talus de sable. Il est bien certain qu’en cet endroit de leur développement le Karakoroum et le Kouenlun n’ont rien d’une chaîne de montagnes. Le nom tibétain de la saillie, le même que celui d’autres monts du Bod-youl, est Nindjni-tanglé ou « Col des steppes du Grand Désert » !. Le Roupchou, qui forme l’angle sud-oriental du royaume de Kachmir, sur les confins du Tibet, ressemble par quelques traits de son relief aux plateaux du nord-est. Moins élevé, puisque l’altitude moyenne des fonds est d'environ 4500 mètres, il est traversé de crêtes plus nombreuses, les unes parallèles, les autres perpendiculaires ou obliques à l’axe de l'Himalaya, et dressant partout leurs pointes en massifs irréguliers. Néanmoins le Roupchou peut être considéré comme une sorte de plateau : c’est un soele, portant des montagnes de diverses hauteurs et découpé sur ses bords par le haut Indus, son affluent le Zanskar, et des affluents du Satledj : c’est là que se trouve le faite de partage entre le fleuve et la rivière maitresse du ’andjab. De mème que le Lingtzhithang et les plaines du Kouenlun, le Roupchou était jadis en grande partie couvert de lacs, dont il reste encore quelques bassins devenus salins ou du moins saumâtres. Tels sont les deux lacs dits « d'Eau douce » et « Salé », qui occupent une dépression au nord-ouest du Roupchou, et le vaste Tso Moriri, emplissant au sud une cavité du plateau. À 100 mètres au-dessus du lac de Sel, on distingue d'anciennes plages que baignaient les eaux du bassin, alors tributaire du Zanskar. De mème le Tso Moriri, plus élevé d'au moins 16 mètres, s'épanchait par la
{! Shaw; — Verchère ; -— Emil von Schlagintweit,
= … : : r TÉL TER de Gr .. à tal En À nt ds à rss din " 6 RAS A > PRE om DOUTE PORC TD ER TS LE LE EE ee ONE DRE 9 Due MT "
+R en n4
So mg ne mure cn
rivière Para dans le Satledj : le barrage qui en retient le flot est un simple delta de cailloux charriés par la rivière P'irsa, qui tantôt se jette dans le lac, tantôt coule directement dans la Para ou lui envoie ses eaux souterrainement à travers les graviers‘; le lac, retenu par cette digue de débris, à seulement 75 mètres de profondeur dans la partie la plus ereuse de son bassin; un ilot, autour duquel tourbillonnent les mouettes, s'élève près de la rive occidentale. Des lacs ou marécages salins occupent aussi les autres