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POPULATIONS DU KACIIMIR. 129
que parcourt le Djhilam, uni à la Kichan ganga, est habitée principalement par des Tehibhali, c'est-à-dire par des immigrants radjpoutes devenus mahométans. La religion et les divers changements qui en ont été la conséquence, telles sont les raisons qui permettent de distinguer les Tchibhali de leurs voisins orientaux les Dogra, de culte brahmanique, vivant au pied des montagnes, sur les deux bords du Tehinab, dans la contrée qui, de leur nom, est appelée le Dougar. Les idiomes tehibhali et dogra, hindous l’un et l’autre, diffèrent légèrement, mais se fondent, de district en district, par des transitions graduelles. Malgré l'égalité proclamée par l'Islam, les Tehibhaji ont même maintenu les castes, provenant soit d'inimitiés ethniques, soit de la diversité des professions. La masse des cullivateurs se compose encore de Djat asservis, descendants des anciens possesseurs de la contrée, tandis que d’autres tribus immigrées dans le pays sont toujours considérées comme ayant une certaine prééminence. Les maîtres radjpoutes, fiers de leurs habitudes guerrières, dédaignent pour la plupart une vie de travail manuel ou de commerce; ils préfèrent servir, soit comme soldats, soit comme employés de l'État, et généralement ils se font craindre par leur violence ou détester pour leur morgue; ce sont eux qui constituent en grande partie l’armée du maha radjah de Kachmir, appartenant à leur race. D'ailleurs ils ont changé à maints égards depuis leur émigration du Radjpoutana et depuis longtemps on ne les accuse plus de pratiquer l’infanticide des filles. Quant aux radjpoutes mahométans, ils ont peu de zèle religieux ; il n’était pas rare autrefois de les voir se marier à des femmes hindoues, en leur permettant d'apporter avec elles les idoles domestiques ; tel lieu de pèlerinage est également fréquenté par musulmans et hindous. Naguère, dit-on, l'Islam empiétait peu à peu sur les populations du Daman-i-koh; maintenant ce serait plutôt le contraire : les influences brahmaniques reprennent le dessus".
A l'est et au sud-est de la plaine du Kachmir, les diverses vallées qui s'inclinent vers le Tchinab et les rives de ce fleuve sont habitées également par des tribus chez lesquelles on trouve plusieurs éléments ethniques superposés en castes; ces tribus sont désignées par leurs voisins sous le nom général de Pahari ou « Montagnards ». Par les traits du visage et la stature, les Pahari ressemblent aux Hindous du Pandjab, mais leur genre de vie les a rendus plus forts, plus résistants à la fatigue ; les dialectes qu'ils parlent, d'ailleurs incompréhensibles aux Dogra et aux autres habitants de la plaine voisine, indiquent la transition entre le kachmiri et les idiomes du Pandjab.
! Frederic Drew, ouvrage cité.
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Dans chaque vallée, le parler diffère; à 30 kilomètres de distance, des « Montagnards » ne se comprennent plus.
Outre les peuplades sédentaires du Pahar, qui vivent de l'agriculture et du produit de leurs vergers, il en est aussi qui changent régulièrement de lieu de séjour suivant les saisons. Tels sont les Gaddi, pasteurs de brebis et de chèvres, qui ont leurs villages dans la montagne, mais qui descendent en été sur les collines extérieures, aux confins de la plaine. Les Goudjar, au contraire, qui résident dans les régions basses, poussent leurs troupeaux de buftles vers les pâtis des montagnes pendant quelques mois de la belle saison. Les bûcherons, qui coupent les billes de deodar dans les forêts et les livrent au courant du Tchinab, mènent aussi une vie nomade, descendant des hautes régions froides aux plaines du Pandjab. Quelques groupes de € Montagnards » appartiennent à l'Islam; au nord-est, un petit nombre de familles sont restées bouddhistes comme leurs voisins du Lahoul, mais la grande majorité des tribus se rattachent aux cultes hindous, non sans avoir gardé mainte cérémonie des religions antiques. Dans le Padar, sur haut le Tchinab, des temples sont encore élevés aux nag-dectas où « dieux serpents », égaux des autres divinités du panthéon indien. Dans les montagnes de Dragar, qui s'élèvent à l’ouest du Tchinab, les fondeurs de fer n'essayent jamais un fourneau sans élever sur une butte voisine un autel au dieu Dragar pour brûler en son honneur du beurre épuré; ils laissent sur l'autel les cuillers du sacrifice et l'entourent de tridents de fer et de pierres aux formes bizarres",
Il n'y a point de villes dans le pays de Ladak, à l'exception de Leh, capitale de l’ancien royaume, annexé maintenant à l’empire indien, sous le gouvernement « médiatisé » du maha radjah de Kachmir. Leh est situé à 5900 mètres d'altitude, non sur la rive de l’Indus, mais à 3 ou 4 kilomètres au nord du fleuve, à l'issue d’une vallée d’où s'échappe un talus de débris s'étalant largement en éventail et recouvert de cultures. Un palais, qui est en même temps une citadelle, dresse au-dessus de la cité, sur un dernier contrefort des montagnes, ses hautes murailles blanches, appuyées sur un socle concave, suivant le mode d'architecture tibétaine. Les vieux quartiers, aux ruelles sinueuses, se blotissent au pied du chàteau, tandis que le bazar, de construction moderne, occupe la partie inférieure de la ville, à l'endroit où vient aboutir la route de Srinagar:
1 Frederic Drew, ouvrage cité.
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