POPULATIONS ET VILLES DU ROYAUME DE KACHMIR
des jardins, des champs de céréales et quelques bouquets de saules et de peupliers se montrent autour de la ville, sur les pentes du talus. Leh est le centre du commerce du Kachmir avec les territoires chinois du Tibet et du Thian-chan Nanlou : c’est là que se forme la caravane annuelle qui va porter à Lassa des soicries, des châles, du safran, des objets de manufacture anglaise, et qui prend en échange du thé de Chine, des laines, des turquoises', Au printemps, lors du départ des caravanes, au commencement de l'hiver, lors du retour, les Yarkandi, les Kachmiri, les porteurs de toute race campent en grand nombre autour de Leh. Des enclos de prairies se succèdent dans tous les endroits favorables le long des sentiers que suivent les marchands. Çà et là des restes de forteresses, où les agents du souverain de Ladak percevaient les droits de transit, dominent les passages obligés des caravanes. C'est ainsi qu’en aval de Leh le fort de Khalsi commande un pont de bois jeté sur une cluse de l’Indus, large en cet endroit de 20 mètres seulement. À 30 kilomètres au sud de Leh, dans une vallée des montagnes qui s'élèvent en face, huit cents lamas et religicuses habitent le plus grand monastère de la contrée ; partout se voient des monuments bouddhiques, et des figures gigantesques de Chakya Mouni sont taillées en maints endroits sur les parois des rochers*.
Au nord-ouest de Leh, Skardou (Iskardo), la capitale du Baltistan, que les habitants des contrées voisines connaissent sous le nom de Palor ou Balor*, n'est pas même une ville : c’est un groupe de hameaux situé à l'altitude moyenne de 2267 mètres, dans une plaine pierreuse que traversent des canaux d'irrigation dérivés de l'Indus et bordés de jardins et de vergers. Deux rochers, hauts d'environ 500 mètres et polis par d'anciens courants de glace, s'élèvent face à face, de chaque côté du fleuve, portant, l’un des fortifications récentes, l’autre les ruines d’une citadelle. Presque toutes les maisons sont à toits plats, ayant sur la terrasse une petite construction en torchis qui sert d'habitation d'été; les abricots, qui font la richesse du pays et lui ont fait donner le nom de Souri-Bhoutan, «Tibet des abricots »*, sèchent au soleil sur ces toitures. La position commercale de Skardou est des plus heureuses et, sous un climat moins froid, elle assurerait à la ville une importance considérable. Les deux vallées de l'Indus et du Chayok, le Tsou-fo ou « rivière mâle » et le Tsou-mo ou « ri-
! Commerce extérieur Cu Ladak en 1873, d’après Drew : Importations : 2 580 000 francs; Exportations : 2060 000 francs, Ensemble : 4 440 000 francs. * Bellew, Kashmir and Kashgar : — A. Cunningham, Ladak. 3 Biddulph, Tribes of the Hindoo-Koosh.
Vigne, Travels in Kashmir, Ladak, Iskardo.
vière femelle », se réunissent en amont de la contrée, tandis qu'en face même de Skardou s'ouvre la fertile vallée de Chigar, embellie par les eaux courantes, l'ombrage touffu des platanes et la vue des glaciers. De nombreuses caravanes de marchands passent à Skardou et des tisserands du Kachmir s'y sont établis pour y tisser des étoffes de la précieuse laine où pachn apportée des plateaux tibétains. Quelques orpailleurs recueil lent aussi dans les environs des pépites de métal, surtout dans les sables des torrents glaciaires : d'après les indigènes, Por serait dû au frottement des glaciers contre les roches", Au sud-est de Skardou, dans les vallées tributaires de l'Indus que suit le chemin de Srinagar à Leh, des groupes pittoresques de villages, Kargil et Dras, ont aussi une certaine importance comme lieux d'étape et de marché, Le sentier qui descend des hauts pays du Baltistan, dans la @ prairie d'or » qu'arrose le Kind kachmirien et dans la plaine de Srinagar, est celui qui passe au col de Zodji, où siège Siva sur son trône de neiges,
La ville d'Islamabad, la € Demeure de l'islam », était pour les Kachmiri la cité d'Anat nag où Anant nag, le « Lac du Serpent de Vichnou », —nom qui rappelle l'ancien culte des serpents — : c’est le chef-lieu du Kachmir oriental. Les bateaux qui remontent le Djhilam s'arrêtent à une petite distance en aval, là où commence l'éventail des hautes vallées, emplies chacune du bruit d'un torrent; de toutes parts en amont, d'abondantes sources, ombragées de platanes, reflétant des temples ou des pavillons de plaisance, jaillissent des fissures du calcaire; lune d'elles est celle de Ver nag, qui forme un petit lac, chanté par les poètes ; une autre s'élance de la € grotte de l'Immortalité ». Point de départ naturel des marchands qui se rendent dans le bassin du haut Tehinab, Islamabad a quelque impor- Lance comme ville de commerce et d'industrie, surtout pour la fabrica- Lion du safran, Sur lune des terrasses avancées qui dominaient l'ancien lac de Kachmir, on aperçoit de loin les ruines du temple de Martand, consaeré au soleil, et bâti, dit la lé
gende, par les fils de Pandes Le héros de
l'épopée du Maha Bharata : cet édifice, entour de colonnade élégante, orné de frises et de bas-reliefs, date évidem e l'époque où art gree, apporté par les Kéleucides, était imité par architectes hindous?; c’est
le monument le plus beau du Kachmir, l'un des plus remarquables de l'Orient, et sa majesté S'aceroit, aux yeux des voyageurs, de la position
isolée qu'il occupe sur un promontoire, au-dessus de la plaine du Kach-
‘ Biddulph, ouvrage cité, # A Cunningham; — Vigne; — Burgess; — Fergusson; — Lejean, ete.
1 face w les ,. De rancds laine cucil= sables ment allées oupes ‘lance s pays dans a sur
hmiri 110) mir petite
nplies lantes ns de le Ver ice de ls qui nporhricaen lac ONSA= OS de rante, oree, c'est les de sition Kach-
SKARDOU, COL DE Z0DJ!, ISMALABAD, 133
mir, en face des monts neigeux du Pandjal; la fontaine qui jaillit près du temple n'a d'autre nom que celui de & Bawan » où source +? c'est l'eau di-
IT TERPT PET TNT T AY