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à l'aise des communautés de brahmanes, mais il n’y a guère dans le pays de population civile groupée en bourgs considérables. La seule ville digne de ce nom, appelée Srinagar ou « Cité du Soleil », comme la capitale du Kachmir, se trouve non loin de l'issue de la vallée de l'Alaknanda; elle n'a pas le titre de chef-lieu du Garhwal, attribué au village de Paori, situé au sud dans une région plus aérée.
Un temple fréquenté ne pouvait manquer de s'élever au confluent de la Bhagirati et de l'Alaknanda, là où les deux rivières unies prennent le nom de Ganga : c’est le « Confluent divin» ou le Deoprayag. Cependant c'est plus bas que se trouve le groupe le plus fréquenté des sanetuaires, celui qui a reçu le nom de Hardwar ou Hari-dwara, c'est-à-dire la « Porte de Vichnou », ou bien Hara-dwara, la « Porte de Siva », car les sectateurs de chaque culte réclament pour leur dieu principal l'honneur d’avoir ouvert la « porte du Gange ». Il est probable toutefois que des temples s’élevaient déjà dans le défilé bien avant que fussent invoqués les noms de Vichnou et de Siva; maintes sculptures découvertes dans les débris de Mayapour, la cité qui précéda Hardwar, etque visita le pèlerin bouddhiste Hiouen-thsang, sont évidemment antérieures aux formes actuelles des religions hindoues. À cet endroit de son cours, la « divine Ganga » est déjà un fleuve tout formé. Sortie de la région des montagnes à une petite distance en aval du confluent de la Bhagirati et de l’Alaknanda, elle a traversé la région des doun et reçu de part et d'autre les ruisseaux que lui envoient ces vallées latérales ; pour entrer dans la plaine de l’Hindoustan, il ne lui reste plus qu'à s'engager dans une brèche des monts, qui d’ailleurs a plusieurs kilomètres de large et où le fleuve peut se diviser en bras tortueux autour des îles boisées. A l'endroit où la vallée s'évase en forme d’entonnoir du côté de la plaine, la ville dresse ses temples le long de la rive droite du Gange, en face d'un autre édifice sacré couronnant une colline de la rive opposée. Au sud se prolonge le beau quartier de Kounkoul, appartenant à de riches brahmanes et à des négociants de toutes les parties de l'Inde. Des singes gambadent en multitudes sur les arbres des jardins.
Les visites des pèlerins commencent au milieu de mars et continuent pendant près d'un mois. Les premiers voyageurs anglais, Hardwicke, Raper, d’autres encore, évaluaient la foule qui sesuccédait dans les temples de Hardwar à plus de 2 millions d'hommes, nombre que Johnson, en 1827, trouvait encore inférieur à la réalité ; en 1867, le camp des pèlerins occupait une surface de 57 kilomètres carrés. C’est que la multitude ne se compose pas seulement de fidèles qui viennent baiser la trace du pied de Vichnou, se baigner dans l'étang sacré où dans les eaux du Gange; elle comprend
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HARDWAR, ALMORA, RANIKHET, 165
aussi les marchands de toute race et de toute caste accourus pour trafiquer aux abords des temples. À moins que les anciennes évaluations n'aient manqué de tout fondement sérieux, le nombre de pèlerins de religion et de commerce à singulièrement diminué, tandis que s'aceroissait la population de l'Inde. L'établissement des routes et des chemins de fer a concentré le mouvement des échanges dans les grandes cités, et la ferveur religieuse
s’est amoindrie : il est rare maintenant que le nombre des visiteurs de Hardwar dépasse 70 000, si ce n’est chaque douzième année, lors de la fête du Verseau. L'intervention de la police anglaise pour isoler les malades en temps d'épidémie, pour régler la distribution des camps, surveiller la foule aux abords des temples, ne pouvait manquer non plus de diminuer l’affluence des fidèles, En 1819, la poussée de la multitude qui se précipitait ,ers le bain fut si grande, que 450 personnes s'y noyèrent, foulées
aux pieds des autres baigneurs. Parfois des combats éclataient entre les sectes rivales : on dit qu’en 1760 dix-huit mille cadavres couvrirent le sol autour des sanctuaires. Mais, en perdant de son importance comme ville religieuse, Hardwar a pris un rôle de premier ordre dans l'aménagement agricole de l'Hindoustan : c'est là que commence le grand canal d'irrig”tion du Doab, dérivé, malgré l'opposition des brahmanes, des eaux saintes de la Ganga.
Une autre ganga naît dans les montagnes du Koumaon situées au sud de l'Alaknanda : c’est la Ram ganga, qui rejoint le Gange dans la plaine après un cours de 660 kilomètres de longueur. La capitale du Koumaon, Almora, est située dans le bassin de ce cours d’eau, sur une arête de montagne commandant un vaste horizon. Antique forteresse, souvent prise et reprise pendant les guerres locales, Almora est devenue l’une des villes préférées des Anglais, grâce à l'élévation du sol (1650 mètres) et à la fraicheur de l'air qu’on y respire. Elle a pour rivale comme « ville de santé » la moderne Ranikhet, située à 165 mètres plus haut, sur un plateau offrant aux constructeurs ce qui manque dans presque toutes les autres villes de l'Himalaya, de l’eau en abondance, un sol uni et d'excellents matériaux, pierres et bois. On a proposé de remplacer Simla, comme centre de casernement des soldats en convalescence, par Ranikhet, où l'air est plus salubre; déjà plusieurs établissements militaires font de cette ville une place d'armes surveillant la frontière du Nepal. Mais la plupart des hommes de loisir qui visitent la contrée pendant les chaleurs de l'été, suivent le gouverneur d’Allahabad, qui a fait choix pour résidence de la ville plus élevée de Naïni-tal (1945 mètres), ainsi nommée d’un lac consacré à la déesse Naïni, la même que Parvatti, la Vénus hin-
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