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Hodgson ne compte pas moins de douze langues tibétaines dans le Nepal, parlées chacune par une tribu bien nettement séparée des autres. Il y à très peu d'artisans parmi ces Népalais orientaux; les corps de métiers sont représentés par des groupes d’ilotes qui ne diffèrent point de leurs maitres par l'apparence, mais qui sont tenus par eux en un profond mépris : potiers, vanniers, charpentiers, maçons, forgerons, bijoutiers, tailleurs, blanchisseurs, barbiers, musiciens, tous ces ouvriers, indispensables à la communauté, vivent néanmoins en dehors d'elle, ce qui semble impliquer une différence originaire de race. L'esclavage proprement dit existe aussi au Nepal : le père peut y vendre ses enfants et leur faire perdre ainsi rang et nationalité.
Parmi les tribus népalaises d’origine tibétaine, la plus civilisée est celle des Newar, qui vivent dans la plaine de Katmandou, sur les bords de la Baghmati, entre les bassins de la Trisoul ganga et de la Kosi. Leur idiome, le newari, est le seul dialecte bod du Nepal qui ait une écriture spéciale et qui possède une littérature, d’ailleurs très fortement influencée par les modèles sanserits. Ce sont les Newar, bien mit 1x que les Khas ou Gourkha, qui représentent l'élément national, entre les deux forces opposées qui, de part et d'autre, agissent sur le pays. D'un côté, les mœurs et la politique hindoues, de l’autre celles du Tibet, cherchent également à s'emparer du Nepal. Au sud et à l’ouest, les Hindous l'ont emporté; au nord et à l’est, l'Empire Chinois s’est agrandi aux dépens de l'Inde, et les tribus himalayennes du Nepal se rattachent à celles du Bod-youl par des transitions insensibles. Mais les Newar, qui occupent le centre du pays et sur le territoire desquels se trouve la capitale, ont conservé une certaine originalité qui ne permet de les confondre ni avec les Hindous, ni avec les Tibétains. Quelques restes de l'antique matriareat se seraient même maintenus parmi eux; d'après Kirkpatrick', les femmes de Newar ont le droit de prendre autant d’époux qu'il leur convient et de les répudier sous le moindre prétexte. Dès le deuxième siècle de l'ère vulgaire, de zélés bouddhistes, fuyant la persécution des brahmanes, vinrent demander asile aux Newar, et en échange de l'hospitalité reçue ils leur apportèrent leurs livres et la connaissance des arts et des sciences de l’Hindoustan; de précieux ouvrages de cette époque, dont on ne connaissait que les noms, ont été retrouvés par Hodgson dans les bibliothèques du Nepal. Grâce aux instituteurs venus de l'Inde, la civilisation des Newar se développa peu à peu; mais ils n’oublièrent point leur langue et se bornèrent à y introduire les termes « aryens »
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POPULATIONS DU NEPAL. 179
epal, répondant à des idées ou à des choses nouvelles pour eux. De même la 16 [L y à | religion qui leur fut enseignée se modifia peu à peu. Environ les deux tiers 4 | sont des Newar sont encore bouddhistes, du moins de nom; mais, tandis que les A) tres tribus voisines, au nord et à l’est, ont des lamas comme les Tibétains et | : po- pratiquent une sorte de chamanisme, les Népalais proprement dits n'ont fe | blan- point de monastères et leurs cérémonies se rapprochent de celles des F4 | | vom: cultes hindous ; les divinités et les symboles brahmaniques sont entrés dans 1% 11 “Uno leurs temples. Les anciens couvents existent, mais ils ont été utilisés par le ! ét aû les corporations ouvrières. Les bouddhistes Newar ont même accepté k: % ng el le régime des castes : leurs prêtres, devenus héréditaires, appartiennent à ï HE la classe des banhra, qui correspondent aux brahmanes ; ils ont aussi la ; j: 1 | lle caste des marchands et celle des artisans ; mais, appartenant à une religion fl Ê à NE de la | essentiellement pacifique, ils n’ont point de kchatryas. Lorsqu'une dispute i f \ iome, relative aux castes s'élève entre bouddhistes, c'est au radj gourou, grand- ii Au ! dlbret prètre des brahmanes, qu’ils s'adressent comme à leur chef ; ils n’ont au- 1 À fa iles cune relation de dépendance à l'égard du dalaï lama du Tibet. Le boud- à v L î rkha, dhisme se meurt au Nepal, et « dans cent ans, dit Oldfield, il aura disparu ë f À ui, de de la vallée de Katmandou, comme il a disparu de l’Hindoustan. » L’archi- ; fl À itique tecture des deux mille temples ou sanctuaires qui s'élèvent dans la vallée LA 1 er du b témoigne de la lutte entre les influences du nord et du midi et le croise- 1 l'est, ment des deux styles s’y est fait avec une certaine originalité : les ornements, 4 biina- | que des artistes hindous seulptèrent les premiers, rappellent bien ceux Litéons qu'on voit sur les temples des bords du Gange, mais l'emploi du bois dans tüits ia construction, la saillie des étages supérieurs, la superposition des toinalité tures sont des traits d'architecture chinoise. tains. | S'il est des tribus du Nepal qui ont progressé en civilisation, il en >armi | est d’autres qui, repoussées dans les forêts et dans les hautes vallées par endre les invasions étrangères, sont retombées dans la barbarie. D’après Hodgson, pré- ‘ les Tchepang et les Kousounda, qui vivent dans les régions montueuses et uyant | boisées situées à l'occident de Katmandou, sont au nombre de ces tribus, et en | jadis policées, que dégrada la conquête. Du moins ont-elles gardé leur ; core indépendance; elles ne cultivent point le sol d’un maître, ne servent À os de point dans les armées, ne payent aucun impôt. Les Tchepang, les Madjhi, À s par les Koumbar se nourrissent de baies sauvages et du produit de leurs flè- | | ss: de ches, mais leur ventre ballonné et leurs membres grêles témoignent de l’in- À n’otte suffisance et de la grossiè”eté de leur nourriture: ils n’ont pour demeures ens » que des huttes de branchages entrelacés. D’autres peuplades, moins sau-
ages, vivent aussi complètement en dehors des autres Népalais, grâce à la ceinture de marais qui les défend contre les empiètements de leurs
voisins; ce sont les habitants des basses vallées chaudes et du teraï. Cette région, mortelle pour tous autres, Hindous ou Tibétains, est sans danger pour eux; aussi leur donne-t-on souvent le nom d’Aoulia, parce qu'ils bravent l'aoual ou malaria. Depuis un nombre inconnu de générations, ils séjournent sur ces terres humides dont ils cultivent les elairières et où ils exercent leurs diverses industries, entre autres la chasse à l'éléphant ; mais cet animal se fait rare!; naguère la cour de Katmandou en demandait cinq cents chaque année, mais cet impôt ne peut plus être acquitlé.
Jadis les tribus du bas Nepal parlaient des langages différents; actuellement elles ont le khas pour idiome commun et se disent Hindous, bien qu'elles ne se conforment point aux rites brahmaniques. Chez les Denwar, ceux qui font office de prêtres dans chaque famille sont les gendres el les fils de la sœur. À maints égards, ces peuplades du teraï népalais semblent former une transition ethnologique entre les populations kohlariennes de l'Inde centrale et les Tibétains de l'Himalaya”. Dans la zone du teraï la plus rapprochée des possessions anglaises, les colonies prédominantes sont celles des Tharou et des Metch : ceux-ci se donnent le nom de Bodo ou Boro et se rattachent certainement à cette nation des Bodo ou Katchari nomades, épars dans toute l'Inde nord-orientale, jusqu'aux confins de la Barmanie. Ils s’indianisent rapidement, partout où ils se trouvent en contact avec les Hindous et se conforment au culte de Siva, tout en y in- Lroduisant leurs propres superstitions. Ils vendent leurs filles en mariage à leurs voisins et s'enrichissent de cette manière, car les femmes metch ont la réputation d'être belles.
Katmandou, le chef-lieu de la vallée qui a donné son nom à tout le Nepal et la capitale du royaume, est située à 1527 mètres d'altitude, au confluent des deux rivières Vichnoumati et Baghmati, dont les eaux réunies descendent directement au sud vers les plaines hindoues; très irrégulièrement bâtie le long des berges, la ville à la forme du « glaive de Dieu », disent les indigènes. Des amas de décombres obstruent çà et là les rues Lortueuses, et la plupart des maisons, construites en briques rouges, sont de véritables sentines ; plusieurs s'élèvent à deux ou trois élages, mais elles n'ont pas d'escalier, seulement des échelles communiquant par des trappes.
# Oldfield, ouvrage cité.
2 Brian I, Hogdson, ouvrage cité.
5 Dalton, Ethnology of Bengal.
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TRIBUS DU TERAÏ, KATMANDOU, 181
Le palais royal ou darbar se compose d'édifices bas, groupés en désordre, précédés de porehes que recouvrent des seulptures bizarres. Des pagodes élèvent partout leurs coupoles, clochetons, pyramides ou toits, recouverts de Luiles éelatantes ou de bronze doré, et portant aux angles, comme les temples chinois, des clochettes qu'agite le vent. Vus de loin, plusieurs
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» CHCIUTZYIELEN
KATMANDOU. =— PORTE DE HANOUMAN, AU PALAIS DU ROI. Dessin de Goutzwiller, d'après une photographie de MM. Bourne et Shepherd.
quartiers de la ville semblent n’être qu’une vaste pagode; partout s'ouvrent de petits sanctuaires, barbouillés du sang des victimes qu'on vient y offrir en sacrifice, coqs ou canards, chèvres ou buffles ; çà et là se dressent des monolithes portant des statues de princes ou de dieux, que protège un serpent d’airain à la tête menaçante. À 9 kilomètres à l'est s'élève le Baddhnath, le plus vaste temple bouddhique du Nepal, énorme coupole en forme de stoupa, surmontée d’une tour sur laquelle est peinte la figure du dieu, et d’une pyramide à degrés terminée par une sorte de Liare. C’est la
pagode des lamas tibétains qui visitent le Nepal en hiver chaque année; ils la réparent avec soin.
Le bel ovale de la plaine, long d'une vingtaine de kilomètres du nord au sud, et dominé de tous les côtés par des montagnes qui s'élèvent de 500 à 2000 mètres au-dessus de l'ancien fond lacustre, est parsemé de villes, de villages et de temples à demi cachés par la verdure, La villa du résident anglais, située sur un monticule, au nord de Katmandou, oceupe l'un des sites les plus gracieux de ce charmant pays'; surtout les pentes septentrionales des collines et des monts sont richement boisées. Pour contempler la mer de verdure et le tableau pittoresque de la ville couronnée de pagodes, on monte aussi sur la Darera, colonne creuse, de fort élégantes proportions, qui s'élève à 79 mètres de hauteur, Les marchés de Katmandou sont parmi les plus beaux de l'Asie par la richesse et la variété des fleurs, des fruits et des légumes qu'y apportent les campagnards. D'après Kivkpatrick, La population de toute la vallée de Katmandou était de ISG 000 habitants au commencement du siècle; Olafield pense qu'elle dépasse maintenant un quart de million.
À © kilomètres au sud-est de Katmandou, la ville de Patn ou Patan, — c'est-à-dire, comme la Patna du Gange, la « Cité » par excellence, — et à 15 kilomètres à l'orient, Bhatgaoun ou Bhatgong, sont encore plus riches que la capitale en temples de toutes les époques postérieures à l'introduction des religions hindoues, mais la plupart de ces édifices sont très délabrés et plusieurs d'entre eux ajoutent à leur décoration de sculptures celle de touffes d'herbes et d’arbustes jaillissant des lézardes du monument. Au huitième siècle de l'ère vulgaire, lors de la fondation de Katmandou, Patan était déjà une ville considérable; elle est encore la deuxième cité du royaume et celle où les Newar bouddhistes se trouvent en plus grand nombre. Katmandou est naturellement, comme résidence du vadjah, le lieu de rendez-vous pour les Gourkha et autres gens de race guerrière; cependant la majorité y est également formée de Newar; les brahmanes séjournent principalement à Bhatgaoun. À l’ouest de la vallée, sur une pelite colline dominant d’une centaine de mètres les campagnes environnantes, est une autre ville, maintenant presque ruinée, Kirtipour : elle fut, il y a plus d’un siècle, le boulevard de l'indépendance nationale des Newar, et les Gourkha ne réussirent à s’en emparer que par trahison. Pour se venger de la longue résistance des assiégés, les Gourkha coupèrent le nez et les lèvres de tous les habitants, n’épargnant que les enfants à la
# Wright, History of Nepaul; — Oldfield, Sketches from Nipal.
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KATMANDOU, NAYAKOT, 185
mamelle, et Kirtipour fut connue longtemps sous le nom de Naseatpour ou « Ville des nez coupés »',
Au nord-ouest de Katmandou, Nayakot ou Naokot est bâtie dans une dépression en forme de cratère qui s'ouvre au sommet d'une montagne dominant le confluent de la Trisoul ganga et d'un petit tributaire. Cette ville était jadis la résidence d'hiver des radjahs du Nepal, mais le palais est maintenant abandonné et Nayakot à perdu de son
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