‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 93 sur 471 · FORETS DU SIKKIM · texte numérisé non relu

FORETS DU SIKKIM

rent de toutes les éclaircies de la forêt ou les disputent aux touffes de la redoutable « orlie gigantesque »; à peine un arbre est-il tombé, qu'aussitôt sur son tronc se dresseni les hampes gracieuses de la fougère. Audessus de la lisière ou se mêlent les deux zones, s'étend la grande forêt des arbres feuillus, parmi lesquels dominent le chène, le magnolia, le châtaignier, le noyer; mais dans cette région c’est à peine si les forêts peuvent fournir un fruit mangeable, à l'exception de la noix : la pomme mûrit à peine; la poire et la pêche se nouent seulement. Les pluies trop abondantes font couler tous les fruits. La phosphorescence des bois est un phénomène très commun dans cette humide région : pendant la saison pluvieuse, une lueur pâle rayonne des forêts".

Des pins occupent presque exclusivement les pentes supérieures à la zone qui correspond aux régions tempérées de l’Europe; mais ce ne sont pas ces arbres qui montent le plus haut, quelques saules se voient encore à l’altitude du Mont-Blanc d'Europe. Le rhododendron, l’une des plantes arborescentes que l’on rencontre le plus fréquemment au Sikkim; et qui ne se montre nulle part en variétés plus belles, borde de ses fourrés presque tous les torrents, mais il ne se rapproche pas autant que le saule de la limite des neiges persistantes. Jusque sur les cols élevés qui font communiquer le Sikkim et le Tibet, on trouve d’épais gazons de plantes phanérogames, remplaçant les mousses et les lichens des monts européens ; Hooker en recueillit plus de 200 espèces sur le col de Kangra lama (4791 mètres), à l'ouest du Kintchindjhaou; à 5500 mètres, sur le Bhomtso, il en trouva encore dix-huit, et chose curieuse, ces plantes, insensibles au froid, dirait-on, ne sont point protégées par un duvet laineux, comme celles des Alpes d’Europe*. Au delà des crêtes de partage commencent les déserts salins du plateau : tandis que sur le versant méridional les forêts s'étendent immédiatement au-dessus des neiges, au nord on ne voit que rochers nus, bleus ou rougeâtres, d'aspect sinistre. Il n’est pas de région plus désolée sur la Terre; cependant les animaux ruminants y vivent en foule, attirés par les plages salines.

La population du Sikkim est presque entièrement tibétaine. Les Leptcha, qui sont les plus nombreux dans le pays, mais qui se perdent peu à peu comme race pure”, ne diffèrent point de leurs frères les Bod des hauts plateaux, si ce n’est que, sous l'influence du climat pluvieux, les habilants du Sikkim ont une peau singulièrement unie et lustrée; leurs mus-

* Hooker, Himalayan Journals.

# Hooker, ouvrage cité ; — Mittheilungen von Petermann, 1861, n° 2 5 Bengal Government Sections, Bengal Census, 1872,

vut. 25

ét RE EP ame EUR un. “ge

Page 1