FAUNE, POPULATION DE LA NÉERLANDE
pays de Herve, à la « petite Provence » luxembourgeoise; mais comme la Belgique elle a sa Campine, et de plus les vastes landes de la Drenthe et de l'Overijssel; ses terres argileuses sont une autre Hesbaye, et ses polders, ses lacs desséchés continuent la Flandre occidentale, sur de plus vastes dimensions. Aucune de ces régions naturelles n’a gardé les forêts dont elle était jadis recouverte ; il est des régions de la Hollande où l’on ne voit plus même de bosquets épars. Les espèces d'animaux sauvages ont péri en mème temps que les grands arbres. En vidant le lac de Haarlem on y a trouvé le squelette d’un élan‘. Le dernier loup et le dernier sanglier ont été tués il y a un siècle; à cette époque le daim avait disparu déjà depuis longtemps; en 1825, lors d’une inondation exceptionnelle, se montra le dernier castor, empaillé maintenant dans le musée de Zwolle*. Jusque dans les eaux marines qui baignent la Hollande le nombre des animaux à diminué. Autrefois l’esturgeon et le saumon faisaient la richesse des pêcheurs du Zuiderzee; mais ces deux poissons, poursuivis à outrance, ont été complètement chassés du golfe.
La population actuelle de la Néerlande offre encore des traces évidentes d’une race antérieure aux invasions germaniques. Dans la Drenthe, de même que dans la province de Gueldre et dans l'Overijssel, il existe un type d'hommes bruns, dont la peau est d’un blanc mat, bien différent de la blancheur éblouissante du teint frison; la tête de ces hommes est plus large, leur taille moins haute et plus carrée. Les corps ensevelis dans le cimetière de Saaftingen, que submergea l’inondation de 1542, sont remarquables par leurs crânes extraordinairement larges en comparaison de la longueur : le contraste est complet entre ces têtes brachycéphales et celles des Frisons, les plus dolichocéphales que présente la race germanique. Les races préhistoriques ont laissé des traces nombreuses dans la région méridionale des Pays-Bas. Les silex taillés et polis se rencontrent en quantités prodigieuses aux environs de Maastricht et de Roermonde *.
Des monuments primitifs, semblables à ceux qui existaient en si grand nombre en Scandinavie et dans le nord-ouest de l'Allemagne, se trouvent aussi en Néerlande, surtout dans la province de Drenthe, où ils sont connus sous le nom de hunnebedden, c'est-à-dire « lits des Huns », ou peut-être « lits des morts ». Ce sont en effet d'anciens tombeaux : des armes, des ou-
1 Staring, Voormaals en Thans.
# Alph. Esquiros, La Néerlande et la vie hollandaise.
5 À. Kenna, Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1. XIL, 1878. * Bauduin, Notes manuscriles.
tils, des ornements, des objets de poterie recueillis sous les dolmens et les allées couvertes des hunnebedden ont été placés dans les musées ; mais les ossements qu'on y trouva ne furent pas appréciés comme ils le seraient par les explorateurs de nos jours : il n’en reste aucun débris que puissent étudier les anthropologistes. On ignore donc quelle fut l’ancienne race aborigène, quoique, en raisonnant par analogie, on puisse supposer qu'elle était composée d'hommes bruns, brachycéphales, de taille moyenne, semblables à ceux que l'on a trouvés sous les Riesengräber du nord-ouest de l'Allemagne et les Steenhamne de la Scandinavie! : les gens à type brun de la Drenthe seraient leurs descendants. Le plus beau des hunnebedden de la Hollande est une allée couverte, dont les blocs amoncelés, ressemblant à la carapace d'une énorme tortue, se dressent au milieu de la lande rase, non loin du village de Tijnarloo, au nord-est d’Assen. Dans la ville même d'Oldencaal, l'antique cité des Franks saliens, on voit aussi un « lit des morts », qu’ombragent de grands arbres et la tour d’une église du moyen âge. On rencontre aussi dans les landes de larges excavations cireulaires, d’une régularité parfaite et de plus de 300 mètres de tour, que l'on croit avoir été des campements où toute une bande pouvait giter à l'abri des regards ennemis *.
Dans le voisinage de la mer, surtout dans la Frise proprement dite et dans la province de Groningue, se voient d’autres œuvres de l'homme datant d'une époque inconnue : ce sont les terpen ou wierden, monticules qu'avaient élevés les habitants pour se maintenir, eux et leurs animaux, au-dessus du niveau des inondations. Quelles que fussent la race et j'origine des premiers indigènes de la contrée, la construction de ces buttes artificielles était pour eux une question de vie ou de mort, et certainement tous les possesseurs de la contrée se sont succédé sur ces îles de refuge : avant qu'on eût endigué le territoire entier par des levées continues, les ilots des terpen, souvent battus des vagues de tempête, étaient les seuls lieux habitables du pays. Parmi les débris qu’on y trouve et qui appartiennent à bien des époques différentes, depuis les temps du commerce avec Carthage, on à recueilli de petites pipes en os taillé antérieures à l’âge du tabac : peut-être servaient-elles aux Frisons ou à leurs prédécesseurs à fumer du chanvre ou quelque feuille à odeur enivrante”. Naguère, les terpen étaient beaucoup plus nombreux; mais les cultivateurs frisons ont su apprécier la valeur des amendements que leur offrait l'argile des monticules, mêlée
‘ Lubach, De Anthropologie van Nederland.
H. Havard, La Hollande pittoresque, Les Frontières menacées Musée de Leeuwarden; — H. Havard, Les Frontières menacées.
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