ÉCONOMIE RURALE DE LA NÉERLANDE
accrue certainement, car sur les 100 millions d'épargne que font chaque année les agriculteurs du pays par la vente de leurs produits à l'étranger, une très-forte part est consacrée à l'extension des champs et à l’amélioration des cultures".
Il reste en Hollande beaucoup de traces de l’ancienne forme communautaire de la propriété. Au moyen âge, out le territoire de la Drenthe était le domaine indivis des habitants, et nulle parcelle ne pouvait s’en vendre ou s’en donner. Les riches sociétaires ont fait cesser l’indivision des terrains à leur profit, et maintenant les anciennes « marches » disparaissent rapidement. En 1828, elles s’étendaient encore dans la Drenthe sur un espace de 126 400 hectares, tandis qu’en 1868 ce régime ne s’appliquait plus qu’à 99 000 hectares ; cependant, même après la division, presque tout ce territoire reste soumis au pâturage commun. La partie cultivée de la marche, connue sous le nom de esch, c’est-à-dire de « terre nourricière », ne forme qu'un vaste champ, sans chemin qui le traverse; de sorte que les propriétaires doivent tous labourer, semer, moissonner en même temps, afin de ne pas endommager le terrain ou les récoltes les uns des autres. Quoique formé de propriétaires ayant des intérêts distincts, le corps collectif des exploitants s'appelle de boer, « le paysan », comme s’il n’était qu’un seul individu. Îl constitue d’ailleurs une commune dans la commune, gérant ses propres affaires, élisant librement ses délégués. Naguère, au signal du cor, ceux-ci se réunissaient en plein air, à l'ombre des chènes ou sur une aire gazonnée *,
Aux portes mêmes d'Amsterdam, les bruyères du Gooiland sont la propriété collective des chefs de famille du pays, et chacun des associés peut y entretenir sept têtes de bétail. En d’autres endroits, notamment autour de plusieurs villes de l'Overijssel, le territoire est commun, mais seulement à un certain nombre de privilégiés héréditaires, Il est aussi des domaines divisés en autant de parts égales qu'il ya de membres de la commune, et ceux-ci la possèdent chacun à son tour, de sorte qu'à la fin d’un certain nombre d'années, tous ont joui successivement de toutes les parties de la propriété commune. Tandis que ces diverses formes de la possession du sol tendent à disparaitre, il en est une qui prend au contraire une importance de plus en plus grande : c’est le beklem-regt. Dans la province de Groningue, la plupart des terres ont deux propriétaires, l'ancien maître, qui les donna jadis à ferme, mais qui ne peut plus les reprendre, et le fermier, qui, moyennant une redevance fixe, peut trans-
1 Von Gorinchem, Aus allen Welttheilen, oct. 1877. ? E, de Laveleye, La Néerlande, Études d'économie rurale,
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mettre le domaine, non-seulement par héritage, mais aussi par acte de vente collective ou partielle : c’est exactement la condition des terres emphytéotiques de l’ancien droit romain '. Tel est l’usage de beklemming, qui du reste varie singulièrement dans les détails, de district à district, suivant les traditions locales et les commentaires des juristes. Autrefois les propriélaires pouvaient renvoyer le tenancier après chaque laps de dix années, mais non sans le dédommager : cette clause rendit le fermage peu à peu héréditaire et la coutume prit force de loi. Il en est résulté que l'agriculture de la province de Groningue est parmi les plus prospères de la Hollande et du monde. Bien avant les Anglais, le beklemde meijer pratiquait le semis en ligne et battait ses grains à la machine; il n'attend pas que les améliorations lui viennent du dehors, il les applique spontanément. Toutefois les revenus des fermiers ont été si considérables, surtout depuis que les denrées agricoles sont expédiées en quantité sur le marché de Londres, que nombre de tenanciers se sont retirés pour vivre de leurs rentes, et louent leur terre à des sous-fermiers qu'ils peuvent renvoyer à volonté. Ceux qui eultivent le sol ont à payer doublement l’intermédiaire, afin que celui-ci acquitte la rente demandée par le propriétaire nominal”.
La Hollande est loin d'occuper comme pays industriel un rang analogue à celui qu'elle possède comme pays agricole. Les mines de houille du Limburg ne sont pas suffisantes pour lui permettre d'alimenter de combustible des usines nombreuses. Les gisements de métal lui manquent aussi : les principales richesses minérales que lui donne le sol sont les blocs crratiques de ses landes, les sables de ses dunes, et les diverses espèces d'argile dont elle fabrique les poteries et les briques dures et sonores (klinkers) qui pavent ses routes. Néanmoins, le travail industriel nécessaire à l'entretien de la riche population hollandaise est considérable, et l'on peut juger de son importance par les nombreux moulins à vent qui sont parsemés dans les campagnes et que l’on emploie à d'autres travaux qu’à l'épuisement des polders. La grande indusie est représentée en Hollande surtout par les filatures de coton de la Twenthe, près de la frontière allemande, par les manufactures de draps de Tilburg et d’autres villes du Noord-Brabant. Depuis une cinquantaine d'années, la Nécrlande, qui recevait d'Angleterre presque toutes ses
* Ernest Desjardins, Notes manuscrites.
* E, de Laveleye, La Néerlande; — Havard, La Hollande pittoresque, Les frontières menacées.
écs.