LANGUE ANGLAISE, MŒURS DES ANGLAIS
confus, embarrassé de sifflantes et de sons que l'on peut qualifier d'explosifs : il n'a rien de la belle sonorité des langues méridionales, ni de la claire et nette prononciation du français. Entre tous les idiomes, l'anglais se fait remarquer par l’absurdité de son orthographe, que le respect de la tradition à fait maintenir et qui, depuis des siècles, ne correspond plus au langage parlé : le désaccord est si grand entre l'écriture et le son, qu'il faut étudier spécialement chaque mot pour connaître le groupement de lettres qui le représente, Le remède viendra-t-il de l'excès du mal, ainsi que l'espèrent plusieurs hommes instruits, en demandant la réforme de l'orthographe anglaise"? Cette amélioration contribuerait certainement pour une forte part à répandre l'étude de l'anglais parmi les nations étrangères ; elle accroitrait les chances qu'a déjà cette langue d'être un jour comprise de tous, du moins dans son vocabulaire commercial et industriel. Qu'y a-t-il de chimérique dans une pareille idée? En plusieurs contrées où se parlent deux idiomes différents, tous les enfants les apprennent à l'école afin de pouvoir converser avec leurs compatriotes sans exception. Serait-il impossible que l'instruction devint générale dans tous les pays du monde et qu'à l’étude de la langue maternelle, représentant le génie propre, le trésor des pensées et des aspirations nationales, s'ajoutât partout celle d’un autre langage servant aux relations entre les peuples ?
Quoi qu'il en soit, la forme spécialement anglaise de la civilisation est celle qui se répand le plus rapidement dans le monde entier, et cela en grande partie par l'intermédiaire de la langue. Mais quel est done le type idéal de cette nation puissante, qui par ses fils, émigrés dans tous les pays du monde, essaye partout de refaire l'humanité sur le modèle de l'Angleterre ? Quelle est déjà son influence morale sur les autres hommes, et que faut-il espérer ou craindre d'elle dans l'avenir ?
L'Anglais, chez lequel se sont unis, en une vigoureuse individualité, le Celte, le Germain, le Danois, se distingue surtout par la force de volonté, l'énergie, l'endurance. Il à quelque chose de ces dogues, dressés par lui, qui ne desserrent plus les dents une fois qu'ils ont mordu, et qui se laisseraient couper en morceaux plutôt que de lâcher prise. L'histoire des guerres est remplie de hauts exemples qu'ont donnés les soldats anglais par leur solidité en rase campagne, leur persévérance dans le combat, leur inébraniable fortitude dans la défaite. Il n’est pas jusqu'aux grossiers combats de la boxe, défendus maintenant, mais naguère encore admirés de la foule, qui ne témoignent d'une vigueur singulière. Mais si l'Anglais aime la
* Max Müller, On Spelling, Fortnightly Review, vol. XIX, new series,
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