TOURBIÈRES ET COURS D'EAU DE L'IRLANDE
Les tourbières de la montagne, de même que celles de la plaine et que les innombrables lacs épars, sont autant de réservoirs qui retiennent l'excédant d’eau de pluie. Cependant la précipitation d'humidité est st considérable, que tourbières et lacs alimentent encore de nombreux cours d'eau,
N9 175, — LOUGIL ERNE SUPÉRIEUR,
9° 50 O.de P.
presque tous teintés de noir par l'humus des bruyères : plusieurs rivières, entre autres celle qui se jette dans là baie de Youghal, vers le milieu de la côte méridionale de l'Irlande, portent le nom de Blackwater (Eau Noire); de mème que dans le bassin des Amazones, toutes les eaux courantes de lirlande pourraient être elassées en « rivières Blanches 3 et en € rivières
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Noires », suivant la contrée qu'elles traversent et la proportion de tannin qui se mêle à leur cristal. Toutes celles qui s’attardent longtemps dans les tourbières ont des eaux noirâtres; mais plusieurs se purifient ensuite dans les vastes réservoirs des lacs, où elles se mélent à l'eau du ciel.
Tous les fleuves irlandais qui parcourent la grande plaine calcaire sont par leur régime plutôt des enchainements de lacs que des courants. Les rivières normales, qui de leur source à leur embouchure ont comblé d'alluvions les bassins lacustres de leurs vallées, sont les cours d’eau qui naissent à une assez grande altitude et qui descendent vers la mer d’une pente égale : telle est, au sud de l'Irlande, la rivière Barrow, qui s'unit à la Nore et à la Suir pour se jeter dans l'estuaire de Waterford ; telles sont aussi, sur le même versant méridional de l’île, la Lee et le Blackwater, et du côté de la mer d'Irlande, la Slaney, la Liffey. Mème la Boyne, quoique naissant dans une région marécageuse, a vidé les anciens lacs de son bassin. Au nord de l'ile, la Foyle est aussi une rivière dont le régime s’est régularisé, et le Bann ne traverse qu'un seul le, le vaste lough Neagh, emplissant une région d’effondrement. Mais combien grand est le contraste de ces rivières à déclivité normale avec les cours d’eau de la plaine, qui, presque dépourvus de pente, errent paresseusement de lac en lac! Telles sont les diverses rivières qui s'épanchent par les lacs du Connaught ; telle est l’Erne, lac et non rivière dans la plus grande partie de sa vallée ; tel est aussi le Shannon, le cours d’eau le plus considérable de l'Irlande.
Sous le nom d'Owenmore, le Shannon nait sur les pentes de la montagne de Cuilcagh, dans le comté de Cavan; mais la tradition populaire a donné le nom de source du Shannon (Shannon-Pot) à une fontaine abondante qui s'élance d’une grotte calcaire et qui provient souterrainement d'un petit lough situé à 2 kilomètres environ, À peine formé, le ruisseau du Shannon se perd déjà dans le lac d’Allen, dont la hauteur au-dessus du niveau de la mer est de #9 mètres seulement, et où commence déjà la navigation fluviale, quoique le cours du Shannon en aval ait un développement total de 599 kilomètres. Au sud du lac d’Allen, le fleuve traverse successivement plusieurs bassins, ici épanouis en forme de lacs, ailleurs rétrécis en rivières, puis, au sortir du grand lac Derg, s'engage, à Killaloe, dans un défilé de montagnes, entre le massif du Slieve-Bernagh à l’ouest et les contres-forts des Silver-Mine à l’est, Comment se fait-il que le Shannon, au lieu de s'écouler directement dans la baie de Galway, dont ne le sépare aucun obstacle, aille précisément se heurter contre des montagnes
1 Wilkinson; — Edward Hull, Physical Geology and Geography of Ireland.
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