SIHANNON, LITTORAL DE L'IRLANDE
pour chercher une issue sur leur versant méridional? Évidemment, cette
« percée » du Shannon n'est pas une œuvre récemment accomplie par le fleuve ; elle date de l’époque où la plaine centrale, aujourd’hui déblayée par les érosions de toutes ses couches superficielles, était beaucoup plus élevée. Alors le courant, plus haut de quelques centaines de mètres, descendait sans peine vers la brèche des montagnes du sud, où depuis il a pu se maintenir par un travail constant d'érosion'. Dans ce défilé, le fleuve, qui roule au moins 200 mètres eubes d'eau par seconde, s'échappe d’un flot rapide en rongeant le grès et les ardoises de son lit; puis, avant d'entrer dans la plaine inférieure, il lui faut descendre une déclivité rocheuse, que la navigation contourne à l’ouest par un canal. Sur la rive gauche du Shannon, les ruines d’un manoir fortifié, Castle-Connell, donunent une butte gazonnée, en face d’un château moderne dont les pelouses et les parterres descendent jusqu'au bord de l’eau. C’est là que commencent les rapides. Le courant écumeux descend de degré en degré par nappes inégales ; des écueils, que le flot n’a pu démolir encore, se dressent audessus de l'onde tourbillonnante ; çà et là des îlots inclinés portent des bouquets de saules incessamment arrosés par la poussière des vagues entrechoquées. En suivant les flots du regard on se sent entraîné comme par un vertige ; un bruit assourdissant emplit l’espace; mais au bas des rapides l’eau profonde, assombrie par le reflet des grands arbres qui croissent sur les berges, semble s'endormir : à peine voit-on le courant se mouvoir ; le fleuve est un lac que paraît limiter une muraille drapée de lierre contournant le méandre.
En aval de Limerick, le Shannon cesse d’être un fleuve pour se changer en un estuaire de forme irrégulière, lac dans sa partie supérieure, firth dans le voisinage de l'Océan. Le firth du Shannon, qui garde le nom de « rivière » comme plusieurs autres baies du littoral, est une des nombreuses indentations qui découpent la côte atlantique. De même que l'Écosse, et pour la mème raison, l'Irlande à son rivage océanique beaucoup plus dentelé que son littoral tourné vers l'est. Les baies que forme la mer d'frlande dans ies côtes de Leinster ne méritent point le nom de firths. Sur le rivage qui regarde vers le sud-est, l'estuaire de Cork est le seul qui par ses ramifications nombreuses, ses détours et ses iles, ressemble aux golfes de la haute Écosse ou des Hébrides. Au nord-est de l'ile, dans le voisinage des péninsules. écossaises de Galloway et de Cantyre, la côte irlandaise est plus découpée et les loughs de Carlingford, de Strangford,
Edward Hull, Physical Geology and Geography of lreland. LA
Tü2 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE,
de Belfast, de Larne, s'avancent au loin dans les terres; mais de Malin- Head, dans le comté de Donegal, au cap Clear, dans le comté de Cork, toute la côte tournée vers les flots de l'Atlantique est dentelée à l'infini de baies, de criques, de détroits, En outre, des îles et des îlots, soit épars, soit groupés en archipels, mais tous fragments détachés de l'ancien littoral, parsèment les baies et continuent les promontoires, formant un lédale qui contraste singulièrement avec la régularité du rivage oriental, dé la baie de Wexford à celle de Dundalk : de ce côté on ne voit que des lots, Lambay-Island et lreland's Eye, près de la baie de Dublin, et les banes sous-marins d'un littoral disparu, que termine au sud l'écueil de Toskar-Rock, éclairé par un phare.
La cause de ee contraste, on le sait, est que les mers de glace ont recouvert les côtes occidentales, lournées vers les vents humides, beaucoup plus longtemps que les côtes orientales, exposées aux vents secs du continent. Toutefois d'autres causes peuvent avoir contribué çà et là au creusement des firths occidentaux. Ainsi les longues baies de Kerry, si remarquables par leur parallélisme, semblent avoir été évidées peu à peu par l'action chimique des vagues : l'acide carbonique, contenu dans les eaux marines, attaque les roches calcaires des vallées, tandis qu'il respecte le grès rouge des promontoires, et c’est ainsi que la baie se prolonge peu à peu dans linlérieur, par un phénomène analogue à celui de l'agrandissement des lacs dans la plaine ealeaire!: d’ailleurs, comme sur les côtes de l'Écosse occidentale et de ses archipels, maint firth d'Érin se termine en lac intérieur : tel est le lough Curriane, près du promontoire extrême, au sud-ouest de l'île. En Irlande aussi, et dans le même comté de Kerry,
au sud de l'entrée du Shannon, on voit des roches se caleiner sous Fac- Lion du flot, Les falaises de Ballybunian, qui se dressent en tours et en aiguilles de trente À quarante mètres de hauteur, et que de profondes cavernes percent à la base, renferment des strates bitumineuses et des amas de pyrites, qu'un écroulement soudain expose quelquelois à l'in-
1: fluence de l'air. Alors les pyrites s'oxydent rapidement et développent s une chaleur telle, que les roches bitumineuses s’allument et brûlent À: en un lent incendie; en bas les vagues jettent leur embrun, en haut tourh 4 billonne la fumée ?.
à L: Le climat de l'Irlande, essentiellement maritime, est encore plus humide 4 à que celui de la Grande-Bretagne. La quantité moyenne de pluie qui tombe F è jh sur le sol irlandais est évaluée à 916 millimètres pour toute la contrée, | * 1 Edward Hull, Physical Geology and Geography of treland. di. al 2 William Ainswor.h. Caves of Ballybunan, 1834. Lans Mitil
ERGEUEE
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