VALLÉE
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tours rondes apparaissent aux patriotes irlandais comme le monument national par excellence, et pour honorer là mémoire de leur grand défenseur 0” Connell, ils ont élevé un de ces minarets sur sa tombe, dans le cimetière de Dublin.
A maints égards, le moyen âge el même jes âges préhistoriques se sont continués plus longtemps en Irlande que dans la Grande-Bretagne‘. Les villages lacustres, dont on recueille les restes avec tant de curiosité dans les lacs des Alpes, ont existé jusqu’à une date récente dans les régions basses de lIrlande : la nature du sol s’y prètait ; dès que les grandes forêts eurent été coupées, le moyen de défense le plus naturel était en eftet de s'établir dans un ilot défendu par une cau profonde. Des crannoges, espèces de forteresses de bois bâties dans les baies des lacs sur des pieux et des iles artificielles, étaient encore habitées au commencement du dix-septième siècle. D'ailleurs, les anciennes mœurs devaient se conserver d'autant plus longtemps que le district était plus écarté et que la population se trouvait moins fréquemment en contact avec des étrangers. Aran, où se voient encore de nombreux restes mégalithiques, dolmens et tombelles, ainsi que des restes d'anciens forts, était l'ile Sainte par excellence, comme les îles de Sein, Mona, lona, pour les Bretons d’Armorique et de la Grande-Bretagne, précisément parce qu'elle était en dehors du monde, défendue par les vagues et les vents, Encore bien plus isolés que les habitants d’'Aran, ceux des Inishkea, iles situées au nordouest du Connaught, en plein Atlantique, loin de tout commerce, 1gnorés par Lous les conquérants, sont restés païens jusqu’en 172 et probablement jusqu’à nos jours. Quand les vents soufilent en tempête et rendent la pêche impossible, les insulaires vont chercher en grande pompe l'idole d'un dieu, vêtue de laine, et la promènent le long de la plage, dans l'espérance qu’elle voudra bien ca.mer les flots; elle Sy reruse souvent, et ils la rapportent avec respect dans son sanctuaire. Les phoques sont nombreux sur les rivages des Inishkea ; mais les habitants se gardent bien de les tuer : ils voient en eux les âmes de leurs ancêtres”. Innish- Torragh, ou Torry Island, n’a point ses dieux particuliers, mais elle à son roi, un pécheur élu par ses trois où quatre cents compatriotes, et ce polentat peut exiler sur la terre d'Irlande ceux des insulaires qui n'observent pas les anciennes mœurs*. Dans le comté de Clare, une montagne presque isolée, Slieve-Callan, qui domine au sud la baie de Lis-
# O'Curry, On Manners and customs of the ancrent Irish, * Journal of the London Anthropological Institute, W, p. #47. 5 A.-M, Sullivan, New Jreland.
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canor, portait encore en 1844 un autel consacré au soleil; seulement à la fin du siècle dernier on cessa d’y sacrifier des pores et de parsemer de fleurs le gazon des alentours",
Dans quelques districts reculés, les habitants ont un aspect que l'on peut qualifier de sauvage : de petits yeux, une figure aplatie, un front bas, une chevelure hérissée leur donnent une physionomie presque tartare. Mais en général la race est belle, malgré le nez petit et légèrement relevé, qui est le trait caractéristique de la figure irlandaise et qui permet le mieux de reconnaître les fils d'Erin au milieu des Anglais. Les Irlandais de Joyec’s Country, dans le district de Connemara, sont de taille presque gigantesque et se distinguent en même temps par la beauté du corps et la solidité des muscles; dans le comté de Tipperary, les hommes, moins grands, mais non moins forts, ressemblent à des Méridionaux par la preslesse et la grâce des mouvements. Les observations comparées faites dans les universités du Royaume-Uni ont prouvé que les jeunes gens de Trinity-College, à Dublin, ne le cèdent point en stature et en force à leurs rivaux d'Oxford, de Cambridge, de Glasgow, d'Édimbourg, et qu'ils leur sont même légèrement supérieurs, De l’aveu des Anglais*, la plupart des lelandaises auxquelles le bien-être permet de soigner leur beauté se font remarquer à côté de leurs voisines de la grande île par une figure plus noble ; elles lemportent aussi par la grâce, la gaieté franche, l'élégance, le goût dans la toilette. En peu de contrées d'Europe les femmes ont autant de dignité vraie et de respect pour leur personne. Les régions de l'Irlande sont nombreuses où les paysannes mêmes, malgré leur misère et le travail forcé auquel le sort les à condamnées, doivent cependant à leur race des traits purs el une fière attitude qui les ferait distinguer partout.
Ce serait faire tort aux rlandais que de vouloir les juger par ceux d'entre eux qu'ont dépravés une longue oppression et la misère héréditaire ; il serait injuste de leur reprocher, comme l'ont fait tant de voyageurs, Je Jangage obséquieux dont ils se servent, les flatteries qu'ils prodiguent à leurs supérieurs et de répéter le cruel mot des maitres : « Mettez un Irlandais à la broche, et vous trouverez toujours un autre Irlandais pour la tourner. » Les plus misérables des Irlandais eux-mèmes, malgré leur abjection, ont gardé d'excellentes quahtés. Ils s’anment les uns les autres, s'entr'aideat avec empressement dans Pinfortune, et tiennent la porte de leur cabane toyjours largement ouverte. Peu de chose
Ferguson, Evdences of Sun-Worship at Mount-Callan, Proceedings R, Irish Academy, Dec. 1875. Roget de Relloguet, Ethnsgénie gauloise, 1 Thackeray, risk Sketch-book.
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2 Dec. 1875.
suffit pour les satisfaire : ils sont gais, quoique privés des aises de la vie. Le moindre bienfait ne s'efface jamais de leur mémoire, S'ils manquent souvent à la vérité par forfanterie ou par excès d'imagination, ils sont néanmoins sincères et naïfs au fond de leur âme et gardent fidèlement la parole donnée. Ils aiment à se battre, mais sans se haïr, et plutôt par amour du bruit que par colère. Par bien des côtés ils sont restés enfants malgré la dure expérience de la vie : ils ont la gaieté naturelle, l'élan, les emportements soudains. Ils se laissent facilement entrainer par leur fantaisie, et, ne jouissant pas de la réalité, se repaissent volontiers de chimères ; ils manquent d'ordre et n’ont pas dans leurs entreprises la persévérance nécessaire, Un vice non moins général en Irlande qu’en Angleterre est celui de l’ivrognerie. De 18539 à 1845, on put espérer que tous les Irlandais feraient vœu de tempérance et que l’usquebaugh ou whisky, c’est-à-dire l’eau par excellence, deviendrait à peu près inconnu en Irlande. Aux temps de la grande ferveur suscitée par la prédication du « Père » Mathew, environ la moitié des Irlandais jurèrent de s'abstenir de liqueurs fortes ; un seul jour jusqu’à treize mille personnes firent vœu de teetotalism ou de tempérance absolue, et les tavernes disparurent complètement de plusieurs districts. Mais la tentation de l'ivresse est forte dans un pays de misère, et les serments furent oubliés. C'est à la suite de la famine surtout que le vice de l'ivrognerie se répandit de nouveau; en maints endroits, les distributeurs de fonds étaient en même temps des vendeurs d’eaude-vie : ils reprenaient d’une main ce qu’on les chargeait de donner de l’autre.
Les Anglais aiment à se moquer des /rish bulls, balourdises qui peuvent échapper à quelque innocent Paddyÿ; mais, quoi qu’en disent les moqueurs, il est certain que les Irlandais sont en général très-fins sous leurs dehors naïfs : ils savent lutter de ruse contre la violence, de même qu’à la bonté ils savent répondre par la franchise. Très-ouverts d'intelligence, curieux, désireux d'apprendre, ils fréquentent les écoles avec empressement, et récemment encore on voyait en Irlande, comme en Grèce, des « écoles buissonnières » (hedge-schools) : les instituteurs, assis au bord dc« lossés, groupaient autour d'eux de studieux élèves". Cette habitude s’était propagée aux temps, antérieurs à 1850, où l'instruction primaire autre que celle de l’église officielle était interdite sous des peines sévères : il fallait se cacher pour apprendre à lire ailleurs que dans le catéchisme anglican*. Les Irlandais sont pleins d’esprit naturel, véhéments en paroles, ardents à
‘ Laharpe, Globe, 1871.
? Sullivan, New lreland.