FLAMANDS ET LEUR LANGUE
donne à la physionomie quelque chose de prudent et d'avisé. Quant à la stature des Flamands, l'opinion commune se trouve en désaccord avec la statistique. L'expression populaire de « grands Flandrins » n'est pas justifiée, puisque les deux Flandres sont précisément celles des provinces belges où l'on rencontre le plus de petits hommes. 11 est vrai que la moyenne de la taille est abaissée par les hommes du type brun qui représentent l'ancienne population. Les Flamands du type blond germanique sont les plus élevés de taille parmi les habitants du pays bas : principalement sur les côtes, là où prédomine l'élément saxon, les hommes de haute stature sont fort nombreux.
La langue flamande, l'ancien dietsch, connu jadis par les Wallons sous le nom de « thiois », est un dialecte du platt-deutsci. de mème que le hollandais et le frison. D'après Müllenhof", elle a conservé !e caractère primitif de la langue franque, et par conséquent elle se rapproche plus des origines aryennes que le haut-allemand, accepté maintenant par les Franks euxmêmes dans la Germanie proprement dite. Les Flamands de la Campine, et surtout des environs de Turnhout, où l'immigration franque a plus longtemps duré que dans les autres régions de la Belgique, sont ceux qui, tout en gardant le mieux leurs coutumes, leurs mœurs, leurs antiques superstitions, parlent aussi la langue la plus pure. D'ailleurs, on le comprend, la diversité des dialectes est fort grande, car, suivant les cantons, on y rencontre les origines franques, saxonnes, frisonnes même, et de nombreux éléments empruntés au wallon et au français.
Dès le douzième siècle, le thiois était une langue écrite, et des fabliaux, des chansons de geste commençaient à en fixer l'orthographe. Pendant la période des libertés communales, la littérature flamande eut aussi sa part de grandeur, mais pour se changer en une vaine rhétorique aux temps de la domination bourguignonne. Lors des guerres de l'indépendance contre l'Espagne, elle eut son grand écrivain, Marnix de Sainte-Aldegonde; puis, redevenue langue de vaineus, sous le régime des Espagnols et celui des Autrichiens, elle fut de plus en plus considérée comme un patois et dédaignée des écrivains, En 1805, un décret de Napoléon ordonnait que tous les actes publiés dans les départements des ei-devant Pays-Bas autrichiens, où se serait maintenue la langue du pays, fussent désormais rédigés en français, et même en 1812 l’empereur ordonna, pour faciliter la besogne de la censure, que tout journal flamand eût à s'accompagner d’une traduction française. Lorsque la Belgique eut été donnée à la Hollande, le neerlandais jouit
‘ Einleilung su den Denkmälern deutscher Prosa und Poesie.
RTE MER Sox
x4 NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE,
à son tour de privilèges considérables comme langue des nouveaux maitres, et ceux des Flamands dont le patois différait notablement du pur hollandais, se trouvèrent lésés comme les Wallons eux-mêmes ; dans les Flandres, aussi bien que dans les provinces de l'est, des pétitions, inspirées d'ailleurs en grande partie par la haine religieuse, furent signées contre l'emploi de la langue neerlandaise, La révolution de 1830 amena de nouveaux changements, et le français devint l'idiome officiel dans toute l'étendue de la Belgique. Du reste, on ignorait que les Flamands eussent une si grande importance numérique, et le recensement, qui révéla la véritable proportion des langues dans le pays, surprit les Flamands eux-mêmes : il se trouva que sur sept Belges, quatre parlaient le thiois ou dietsch.
Depuis cette époque, la proportion des langues a changé. Sur la frontière des idiomes, quelques hameaux ou villages se sont peut-être francisés, par le fait de déplacements partiels de la population, et l'on cite en effet, dans la province de Limbourg, le village d'Heure-le-Tiesche (c'est-à-dire le Thiois), qui depuis le dernier siècle a cessé d'être flamand*. Mais ce n’est point par la conquête directe du territoire que le français gagne sur l’idiome F germanique”, c’est bien plutôt par une lente pénétration, surtout dans les
; villes. L'usage du français, général dans les grands corps délibérants, dans toutes les administrations de même que dans l’armée, contribue peut-être pour une certaine part aux empiètements de la langue française, mais ses progrès sont dus surtout à l'usage qui en est fait librement dans les groupes scientifiques, littéraires, industriels, commerciaux. Le français est, bien
plus que le flamand, la langue de la civilisation dans la Belgique actuelle. Environ les deux tiers des journaux sont rédigés en français et ce sont à LA eux qui ont la plus grande publicité, Pour les livres, l'influence du français 4 est, grâce au voisinage de Paris, bien autrement prépondérante : à cet égard, il n'est point de ville belge qui ne soit francisée*. Littérairement, Bruxelles
Û 1830... . Flamands : 1 860 000 Wallons : 1 360 000 De BAG, ; . » 2471 9250 » 1 827 140 5 Li 1866... , 9 406 500 y 9 041 800 “4
À: 0 SRE ' 2 659 900 Û 2 256 850 Ù Bilingues et trilingnes en 1876 : 370,750; Allemands, 38,050; etc. Proportions des Belyes en 1876 :
Flamands : 49.84 p. 100. Wallons : 42,29 p. 100. Allemands : 0,71 p. 400. Bilingues et trilingues, Flamands pour la plupart : 6.95 p. 100. ? Ch. Grandgagnage, Bulletin de l'Institut archéologique liégeois. # Raoux, Mémoires sur l'origine des langues flamandes et wallones, mémoires de l'Académie, VY, 1826. — Scheler, Patria Belgica, Nil. î
Eh L Ouvrages publiés dans les villes de Belgique... . , . , . , 1009 É È » déposés en 1868 (formalité supprimée depuis)... . . , . 1639 i :
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LANGUE FLAMANDE K5 est une cité presque entièrement française, quoique, à la fin du dernier siècle, les actes ÿ fussent encore rédigés en flamand. Elle se trouve pourtant en plein territoire germanique : seulement, dans le quartier de Marolles les ouvriers allons avaient été assez nombreux au dernier siècle pour faire
naître un patois spécial appartenant à la fois aux deux idiomes par les mots et par la charpente grammaticale.
Quoique le français fasse d'année en année des progrès comme langue