‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 5 sur 552 · COURANT DES EAUX TIÈDES · texte numérisé non relu

COURANT DES EAUX TIÈDES

résistent à la mer pendant des siècles, mais ils cèdent à leur tour et leur masse noire s’engloutit dans les vagues.

De même que les marées, les courants généraux qui parcourent l'Atlantique européen viennent du sud et du sud-ouest. Dans leur ensemble, les eaux superficielles, sur une épaisseur de plusieurs centaines et même de plus d'un millier de mètres, se meuvent certainement du sud-ouest au nord-est et du sud au nord , des Bermudes et des Açores aux îles Britanniques et à l'Islande, à la Scandinavie et à l'archipel de Spitzberg. On ne peul avoir aucun doute à cet égard en voyant des plantes et des graines d'origine tropicale transportées sur les plages du nord de l'Europe et des îles polaires, ainsi que divers objets de l'industrie humaine portant encore leur marque de provenance; mais il est difficile de dire dans quelle proportion le vaste courant, occupant toute la largeur de l'Atlantique boréal, prolonge ce Gulfstream qui s'échappe du golfe du Mexique par le canal de Babama. 11 faut y voir surtout, avec Carpenter !, Findlay et d'autres physiciens, l'effet d'un déplacement général des eaux tivdes de la zone Worride allant à la rencontre des eaux froides du pôle. Cette vérité S’inpose absolument à l'esprit, car le détroit de le Floride est un défilé de trop étroites dimensions pour donner passage à un courant qui s'étale de bord à bord entre Ja Scandinavie, l'Islande, le bane de Terre-Neuve, SUE un espace d'au moins #4 millions de kilomètres carrés, el que la sonde reconnait encore à plus de 1500 mètres au-dessous de la surface, Suivant leurs théories, les auteurs évaluent diversement, à 5 milliards* ou seulement à 900 000 mètres cubes”, Ja portée du Gulfstream de Bahama dans chaque seconde; mais les mesures approximatives faites par les marins quin'avaient point d'hypothèses à soutenir indiquent pour le débit normal une masse | liquide d'environ 40 millions de mètres cubes : il ne faudrait pas moins de | dix années à ce fleuve salé pour remplir tout l'espace où se meuvent actuelle. ment les eaux tièdes. D'ailleurs, les hydrographes qui ont exploré la mer des Bermudes ont distinetement reconnu que le courant du Golfe se divise, au large des États-Unis, en de nombreux courants partiels, séparés les uns desautres par des bancs d’ean plus froide et finissant par se perdre dans le grand courant général de l'Atlantique. C'est donc à tort que, dans le langage usuel, on emploie le terme de Gulfstream pour désigner l'immense nappe d'eau tiède qui parcourt l'Atlantique boréal,

On n'a point encore pu mesurer avec certitude la vitesse de ce courant,

" Lecture at the Royal Institution, Nature : 10 march 1870, James Croll, Philosophical Magazine, february 1870.

Findlay, Journal of the Geographica! Society, 1855.

car il se meut avec trop de lenteur pour qu’on puisse le reconnaitre au milieu des mouvements divers que les vents produisent à la surface. L'amiral lrminger lui donna une vitesse moyenne de 5 kilomètres par jour, tandis que le capitaine Otto à cru pouvoir indiquer, pour le même espace de temps, du moins sur les côtes de Norvège, une rapidité beaucoup plus grande, celle de près de 20 kilomètres'. D'après Findlay, il lui faudrait d'un an à deux ans pour aller de la Floride en Europe, tandis que, d'après Petermann, quelques mois suffiraient. En 1825, pendant le séjour du général Sabine à Hammerfest, on y recueillit en effet des barils d'huile de palme provenant d’un navire qui s'était perdu l’année précédente au cap Lopez, sur la côte d'Afrique, dans le voisinage de l'équateur : ces barils avaient dù cheminer, en moins d’une année, deux fois à travers l'Atlantique. Des bouteilles flottantes renfermant des lettres de navigateurs eu détresse et ramassées en divers parages permettent de fixer approximativement à six mois le temps nécessaire au déplacement des eaux, de lune à l’autre rive de l'Océan du nord.

Mais si le courant général de l'Atlantique européen n'est pas rendu visible aux navigateurs par la vitesse de ses eaux, il se révèle nettement par sa température élevée : les observations que l’on à faites par centaines de mille et qui ont rendu célèbres, parmi les hydrographes, les noms de Maury, d'Andrau, de Wallich, de Buchan, d’Irminger, d'Inglefield, de Mohn, ont même permis de dresser avec précision la carte de ce courant, mois par mois, et d’en tracer les limites flottantes. En été, lorsque sa lutte avec le courant polaire lui donne ses contours les plus irréguliers, 11 doit s’infléchir fortement par la pression des eaux froides serties de la baie de Baffin; mais aussitôt après avoir dépassé ce fleuve polaire, qui continue dans Îles profondeurs sa course vers le sud, le courant méridional reprend sa marche au nord-ouest, sans que les lignes isothermales qui le révèlent aient à se détourner de leur voie régulière. 1! vient frapper les côtes occidentales de l'Islande et en longe le rivage tourné vers le nord; mais là il rencontre un deuxième courant polaire qui se heurte aux promontoires orientaux de l'Islande et se recourbe mème le long de la côte méridionale. Dans ces parages les eaux tièdes, soumises à une énorme pression, doivent s’infléchir de nouveau, se détourner de la direction qu’elles avaient vers le nord-ouest, Le courant polaire d'eau froide ne plonge pas aussitôt audessous des couches superficielles pour former aux eaux méridionales un lit se mouvant en sens inverse; il lutte longtemps pour la prépondérance

* Milthoilungen von Petermann, 1873, 1878.

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