‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 50 sur 552 · BRUGES, — LA HALLE EF LE BEFFHROI · texte numérisé non relu

BRUGES, — LA HALLE EF LE BEFFHROI

Dessin de Parelav, d'après une photographie de M, Braun,

celui de Louvain, ressemble à un immense écrin d'orfévrerie; tel autre, comme celui de Bruxelles, se fait admirer surtout par l'élégance de sa flèche percée à jour ; d’autres encore se distinguent par leur aspect pittoresque ou par la noble simplicité de leur façade : dans presque lous ces palais de ville la plate-forme d'où les magistrats parlaient au peuple diffère par l'emplacement et la forme : ici c'est une « bretèche » placée en encorbellement sur la façade, ailleurs un balcon, ou bien un perron de marbre. Le beffroi, témoignage de l'indépendance de la cité, est isolé à Gand, ou dressé audessus des halles comme à Bruges, ou dominant l’hôtel de ville comme à Alost, et placé soit à un angle, soit au milieu de la façade. Il en est qui ressemblent à un donjon, d’autres à un clocher d'église : le caractère original de la cité se montre surtout dans ce monument, dont le « secret » renfermait les chartes du droit local et où résonnait la grande cloche pour célébrer les victoires décisives ou conjurer le péril commun.

Ces monuments et les places qu’ils dominent étaient le théâtre principal des fêtes populaires que de tout temps les Belges aimèrent tant à célébrer. là se faisaient les grandes processions que nous représentent encore de curieux tableaux conservés dans les musées; là se juraient les « serments » et se distribuaient les prix remportés par les tireurs à l’arbalète, par les chanteurs ou les poètes, car les communes flamandes, de même que jadis les cités grecques, avaient leurs fêtes de poésie : les députations de chaque ville arrivaient montées sur des chariots ou des bateaux de triomphe et des processions de citoyens allaient au-devant d'eux. Toutefois les fêtes de poésie finirent par dégénérer en joutes de « rhétoriciens » et de rimailleurs. Aux temps de la décadence, quand les villes n’eurent plus qu’une apparence de liberté, la splendeur des fêtes, l'abondance des discours, la vanité retenüissante des paroles eurent précisément pour but de faire oublier aux habitants que jadis ils avaient été leurs propres maitres.

La ruine suivit de près les jours de prospérité des cités flamandes, et cela en grande partie par la faute des communes elle -mêmes. L'extrême danger leur faisait comprendre l'importance de la fédération, mais la paix extérieure les ramenait à leurs dissensions intestines. Bruges et Gand, trop voisines l’une de l'autre, étaient toujours prêtes à en venir aux armes : une rivalité jalouse divisait les deux villes et les portait à se faire tout le mal possible par la bree ou la ruse, C'est ainsi qu’en 1579 les Gantois détruisirent à main irmée le canal de navigation maritime que les gens de Bruges creusaient dans la direction de Deynze‘. D'après les règlements des confréries bour-

‘Annales des travaux publics de la Belgique, 1843.

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geoises, les marchands d'une ville qui se rendaient en corps à une cité voisine devaient toujours y aller bien armés, pour défendre au besoin l’honneur de leur ville et de leur corporation, et celui qui négligeait les précautions voulues avait à payer une amende. À la moindre alerte, on se mettait en défense, on se livrait des combats. Les-enfants de dix à quatorze ans se groupaient eux-mêmes en compagnies de guerre : en 1488, deux de ces bandes se livrèrent bataille dans les rues de Bruges, et cinq enfants restèrent morts sur le pavé. La rigueur des règlements qui assuraient le monopole aux divers corps de métiers et les rendaient ennemis les uns des autres contribua aussi pour une forte part aux malheurs des cités et à la perte de leur énergie patriotique. À Tournay, il y avait des corporations de « porteurs de beurre », de « porteurs de charbons », de « porteurs de marchandises fabriquées », et malheur à celui que l'on trouvait portant un objet qui n'était pas fait pour ses épaules *. ILen était à peu près de même dans toutes les communes flamandes. Encore au commencement du siècle, il existait à Bruges une corporation de Araanenkinders où « Enfants du robinet », qui seuls avaient le droit de tirer le vin : lors des grands jours, ils portaient encore leur uniforme traditionnel *.

Les dues de Bourgogne, que tentait la richesse des villes flamandes profitérent de leurs dissensions intestines et devinrent les maîtres du pays. L'industrie des cités leur servit à augmenter la splendeur de leur cour: mais les citoyens furent assouplis au joug, le régime des forts impôts, des droits protecteurs, des ordonnances, remplaça la libre initiative des communes, et la décadence commença. Les révoltes furent cruellement châtiées, et les ducs ne perdirent aucune oceasion d'humilier les villes dans leur fierté. En 1468, Liège fut presque détruite, quarante mille personnes y furent massacrées, et le « perron ». symbole des libertés municipales, fut enlevé; l’année précédente, Charles le Téméraire avait arraché leurs bannières aux ouvriers de Gand et les avait fait suspendre aux voûtes des églises de villes éloignées, comme des trophées de sa victoire sur le peuple. Charles-Quint, Gantois lui-même, supprima les libertés de Gand, condamna les citoyens les plus énergiques à l'échafaud ou à l'exil, dicta les règlements d’obéissance aux habitants et fit descendre du beffroi la grande cloche appelée Roland, la voix même de la cité. Lorsque léerivain Jacques Mayer publia son Histoire de Flandre en 1558. Charles-Quint ne l'y autorisa qu'à la condition « d’obmettre l'insertion

‘ L. Cellier. Une commune flamande.

+ Friedrich Octker, Belgische Studien.

* Enute Tandel. Notes manuscrites.

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Sous la domination de Philippe Il, les guerres religieuses amenèrent les grands désastres, et le silence de la terreur se fit dans les cités. Les « chambres de rhétorique » elles-mêmes devinrent suspectes ; le due d’Albe fit pendre un grand nombre de ceux qui avaient pris part à ces joutes littéraires, et le bourgmestre Van Stralen, principal organisateur de la fête célébrée en 1561 à Anvers, mouiut sur l’échafaud*?. L'industrie tomba, les villes s'appauvrirent et se dépeuplèrent; même des campagnes florissantes furent abandonnées ; le désert se fit çà et là. Un grand mouvement d’émigration se porta vers les provinces du nord, et l’on évalue même à cent mille le nombre des Belges qui se rendirent en Hollande” : ces expatriés étaient précisément les hommes les plus énergiques, ceux auxquels la nation devait sa vie intellectuelle et son initiative; sans eux, la Belgique se trouvait exsangue pour ainsi dire. Cette émigration, plus encore que les massacres et les guerres, explique l’affaiblissement moral de la contrée dans les siècles qui suivirent. M. Vanderkindere émet même l'hypothèse, mais sans y insister outre mesure, que la diminution de la taille moyenne chez les Flamands a peutêtre été un effet indirect de l’émigration : ce seraient principalement les habitants de race saxonne qui auraient quitté le pays *.

Mais si grande qu’ait été l’infortune politique de la contrée, le vieil esprit municipal s’est maintenu avec une énergie singulière et se manifeste surtout à l’occasion des fêtes patronales et des kermesses. Alors les processions religieuses, les cortèges militaires, les représentations théâtrales, les danses et les joyeusetés populaires se mêlent diversement comme au moyen âge, de sorte que l’ensemble des cérémonies garde dans chaque ville un aspect original. À Courtrai, à Furnes, des processions symboliques rappellent les mystères chrétiens; à Châtelet et en d’autres villes du Hainaut, les « marches » ont un caractère à la fois religieux et militaire : à Thiméon, près de Gosselies, dans le Hainaut, il existerait même encore une « procession dansante ». Enfin, d'anciennes communes, Mons, Ath, Tournay,

! Ch. Potvin, Patria Belgica, MI.

# Stecher, Histoire de la littérature flamande, Patria Belgica, WW. 5 De Smet, Histoire de la Belgique, 1, 15 ; — Gaillard, De l'influence exercée par la Belyique sur les Provinces-Unies, Mémoires publiés par l’Académie de Belgique, tome VI, 1853. 4 Recherches sur l'ethnologie de la Belgique. 5Reinsberg-Düringsfeld, Calendrier belge ; — Nan Bemmel, Patria Belgica, UM.

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Malines, Anvers, Gand, de même que celles de la Flandre française, Douai par exemple, tiennent à honneur d'avoir des « cavalcades » où les scènes historiques s'unissent aux allégories pour raconter l’histoire de la cité.

Il n'y a point de ville belge dans les deux lambeaux des bassins de l'Oise et de la Sure ou Sauer rhénane qui appartiennent au territoire belge; mais il en est plusieurs dans les bassins de la tortueuse Semoy et de la Chiers, qui vont rejoindre la Meuse dans le département français des Ardennes. Une seule a plus de 5000 habitants, Arlon, qui fut le vicus romain d'Orolaunum et qui est maintenant la capitale de la province de Luxembourg ; elle est bâtie en amphithéâtre, à plus de 400 mètres d'altitude, sur un plateau que parcourent librement les vents du nord, et n’a d’autres curiosités que les débris romains renfermés dans son musée ; mais elle se distingue par le nombre et l'excellence de ses établissements d'instruction publique : on y voit un remarquable musée scolaire ". Près de la frontière française est la petite Virton, bien abritée des vents froids : c’est la Nice de la Belgique. Bouillon, autre bourgade ayant le nom de ville, est dans la vallée de la Semoy, non loin de l'endroit où, de méandre en méandre, la rivière va pénétrer sur le territoire français : les maisons se groupent modestement au pied d'un promontoire qui porte l’ancienne forteresse illustrée par Godefroi et d’autres grands hommes de guerre.

En sortant de la France, au nord de Givet, la Meuse arrive bientôt à la ville de Dinant, bâtie à l’étroit entre la rive droite du fleuve et des rochers à pic hérissés de murailles désormais abandonnées comme forteresse. Ville déchue, Dinant n'a pu se relever qu’à demi depuis que Philippe de Bourgogne, si improprement surnommé « le Bon », la fit dévaster de fond en comble. Elle n’est plus céièbre par ses ouvrages de cuivre, connus dès le douzième siècle sous le non de « dinanderies »: les produits les plus appréciés de son industrie sont maintenant ses « couques », gâteaux de pain d'épices préparés d’une façon particulière et représentant des personnages, des processions, des paysages même, et jusqu'à des scènes de mœurs. Dinant, l'une des villes les plus pittoresques de la Belgique, est aussi le principal centre d’excursions pour les promeneurs dans la haute vallée de

la Meuse et dans celle de la Lesse, qui remonte au sud-est dans le cœur de l'Ardenne, Les bourgs de Ciney, « capitale » du Condroz, de Marche, « capitale » de la Famenne, de Bastogne l’Ardennaise, sont bâtis sur les pla-

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