ÉCOLES DES ILES BRITANNIQUES
antique liberté, occupe, au point de vue de l'instruction, la place d'honneur parmi les comtés anglais.
Le nombre des enfants qui profitent de l’enseignement secondaire dans les Iles Britanniques est proportionnellement beaucoup moindre qu’en France. Tandis que 157 000 jeunes Français reçoivent l'instruction dans les lycées, les collèges et les écoles libres correspondantes, on ne compte que 20000 Anglais dans les écoles de grammaire ou autres, qui donnent une instruction analogue à celle des établissements secondaires français. Ces écoles sont considérées en Angleterre comme destinées seulement aux riches et aux nobles, tandis qu’en France elles sont ouvertes à tous les enfants de la classe moyenne et servent à la recruter ‘.
L'intervention de l'État, désormais prépondérante dans l’enseignement primaire, est beaucoup moins efficace pour l’enseignement secondaire. 1] ne surveille même que très-indirectement les écoles supérieures destinées aux enfants des nobles et de la bourgeoisie. Le seul rôle de l’État dans les écoles publiques fondées en vertu de donations ou de legs est d’en reconnaître l'existence légale et de les constituer personnes civiles par l’octroi d'une charte de corporation. Il existe mème certaines écoles, dotées el reconnues par l'État, qui n'ont point d'élèves ; il en est aussi qui envorent leurs quelques pensionnaires à d’autres écoles. Les colleges anglais ne sont pas des institutions analogues aux collèges français. Ce sont des compagnies d'hommes studieux, qui se recrutent eux-mêmes par l'élection et jouissent en commun des propriétés et des privilèges appartenant à l'établissement. Des écoles ne sont pas toujours attachées au collège et là où ces écoles existent, les professeurs (assistant masters) sont des hommes du dehors, ne faisant pas partie du corps officiel, tandis que celui-ci à parmi ses membres un certain nombre d'élèves, ceux qu'on nommerait en France les « boursiers ». Les dignitaires de l'institution sont le « prévôt » (provorst) ct les agrégés (/ellows), au nombre de six ou sept, et tous ecclésiastiques *. Dans ces écoles, que leur antiquité même entoure d’un grand prestige et auxquelles leur richesse assure une cohorte de défenseurs intéressés, les vieux abus se maintiennent avec une singulière persistance. Il est des écoles, notamment celle de Dunfermline en Écosse, dont tous les professeurs sont à la nomination d’un marquis. La division des castes s’est maintenue dans certains collèges avec une rigidité digne de l'Inde : aussi dans la plus ancienne école de l'Angleterre, le fameux collège de Winchester, les élèves sont partagés en trois classes : les « élèves de
{ Mathew Arnold, Fortnightly Review, novembre 1878. * Deinogeot ct Montucci, De l'Enseignement secondaire en Angleterre et en Écosse.
fondation », qui sont entretenus aux frais de l’établissement ; les commoners, qui payent leur pension et leurs études, et los pauvres, qui reçoivent une éducation élémentaire, et sont obligés de servir les autres comme domestiques ! La tradition des écoles est telle, que la principale préoceupation des élèves est de dépenser beaucoup d'argent, afin de prouver leur richesse ou d'y fare croire. Pour l'Anglais riche qui n’est pas de grande famille, Eton ou telle autre école aristocratique est le lieu où son fils a le plus de chances de nouer des relations avec de futurs personnages, à la condition de dépenser avec prodigalité : c’est là un moyen indirect, mais presque sûr, de se procurer les places et les honneurs. Pendant quatorze années, de l’école à l’université, l'éducation, ou ce qui en prend le nom, coûle de 65 000 à 100 000 francs'. Dans certains établissements, le droit de punition corporelle est délégué par les professeurs à la classe des élèves les plus âgés. L'ancienne discipline du fagging, à la fois injuste ct cruelle, s’est partiellement maintenue dans les écoles aristocratiques, et, comme Île faste, elle contribue à dépraver les caractères : le fagging fait des « petits » les esclaves des « grands », et ceux-ci sont d’autant plus despotes dans leurs exigences qu’ils sont plus riches; soutenus par la puissance de la tradition, ils tiennent à la fois leurs inférieurs par la force brutale st par le mépris superbe, Pareil régime n’est fait que pour façonner les mœurs à la servitude. Ainsi que le remarque Herbert Spencer *, ces écoles exercent la plus funeste influence sur la nation ; elles tendent à accoutumer les enfants à une forme de gouvernement despotique, à la domination de la force, et leurs idées s'adaptent à un état social encore inférieur à celui qui existe : c’est parmi les anciens élèves de ces établissements que se recrutent surtout les membres des corps politiques de l'Angleterre.
Les deux grandes universités du royaume, qui possèdent, dans les diverses parties de l'Angleterre, plus de 100000 hectares rapportant plus de 10 millions de francs, Oxford et Cambridge, n'étaient, pendant la première moitié du siècle, que des « séminaires ecclésiastiques” » : à l'exception des mathématiques, surtout à Cambridge, et de l’étude des classiques grecs et latins, tout dans ces grandes écoles avait été sacrifié à la théologie ; l'étude de la médecine même fut supprimée. Mais depuis le milieu du siècle des changeraents considérables se sont accomplis dans ces forteresses du moyen âge. Les différences de costume qui existaient entre les étudiants, nobles et
1 Grant Duff, Fortnightly Review, Il, Aug. 1877. * Essay on Education 5 Demogeot et Montucci, De l'Enseignement secondaire en Anglelerre et en Écosse
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