VOLCANS DE L'ISLANDE
avec une formidable violence; pendant l'époque historique il n'a pas vomi
de laves; mais d'anciennes cheires, fort nombreuses, se voient autour de
sa base. De toutes les révolutions volcaniques, la plus considérable et
celle qui eut les conséquences les plus graves pour le peuple islandais, est la grande éruption de 1783. Une fissure ouverte de l'est à l'ouest ,
à la base du Skaptär-Jükull, c'est-à-dire des escarpements orientaux du
N° 901, —— CHEIRES DU SKAPTÉR JÜRULL ET SABLES TREMBLANTS,
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Crave par Erhavd
plateau de Vatna, fut injectée de laves dans toute sa longueur et des
sources de matières incandescentes jaillirent çà et là de la fente du sol.
Un immense lac de feu se forma d’abord dans la plaine qui s'étend à l'ouest RS
du Skaptär, puis, cherchant une issue vers la mer, il s'échappa par deux
brèches entre les collines qui s’opposaient à son passage et s’étala sur le fl versant maritime en deux coulées de forme ovale, qui ne cessèrent de | EN
erandir pendant plusieurs mois, sans pouvoir atteindre le Tiltoral de FAt-
lantique. La principale coulée, celle de l'occident, n'avait pas moins de
80 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne de 2# kilomètres :
JU8 NOUVELLE GÉOGRAPIHE ENIVERSELLE,
l'autre avait de moindres dimensions, mais la profondeur de la masse était, en certains endroits, de 150 mètres!, On a évalué toute la lave rejetée par le Skaptär dans cette éruption à 500 milliards de mètres cubes, quantité suffisante pour recouvrir la planète d'une pellicule de lave de près d'un millimètre, Les plus beaux pâturages de File furent recouverts de cendres; les brebis périrent par milliers, puis vinrent la famine et les épidémies, Nulle époque ne fut plus désastreuse pour lislande : en deux années, l'ile avait perdu 9556 hommes, 28 000 chevaux, TT 900 têtes de gros bétail, plus de 190 000 brebis *?,
Des voleans inconnus s'agitent sous l'immense champ de névé du Vatna ou Klofa, d'où se répand quelquefois sur l'ile entière une atmosphère sullureuse, empestée, En 1861, des éruptions sous-glaciaires, peut-être aussi des coulées de lave superficielles, fondirent une telle quantité de neige, que toute la plaine méridionale fut entièrement inondée par une mer en mouvement et qu'à plus de 150 kilomètres du rivage, des navires anglais eurent à traverser en plein océan un courant d’eau boueuse de 50 kilomètres de largeur, Depuis cette époque, l'hydrographie de la région se trouva complètement changée, La rivière Skeidara, qui sortait de la partie orientale du glacier du même nom, à été remplacée par des ruisseaux insignifiants, tandis que la vraie Skeidara, en certaines saisons presque infranchissable et large de plusieurs centaines de mètres, coule maintenant à 15 kilomètres à l'ouest de son ancien cours et déjà ses nouvelles alluvions ont changé le profil du rivage marin”. Les explosions du Vatna doivent avoir aussi expulsé de l'intérieur de la terre d'énormes quantités de cendres, car non-seulement les névés sont en maints endroits recouverts de débris noirâtres, mais certaines parties du glacier de Skeidara sont entièrement noires : nulle part M. Holland n'a pu y trouver de cristal transparent; le glacier ressemblait à un immense gisement d'anthracite.
Pendant les dernières années, les éruptions ont été fréquentes dans la partie septentrionale du Vatna-Jükull et se sont produites suivant une direction transversale à eelle de F'Hékla au Skaptär. L'explosion du 29 mars 1879, la plus forte de toutes, répandit sur les neiges de l'Islande orientale au moins 900 millions de mètres cubes de pierre ponce réduite en poussière et en imperceptibles filaments. A l'est du foyer d'expulsion, le ciel
était complètement obscurci par les cendres : en plein midi, on ne pouvait
! Mackenzie, Travels in Iceland.
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y voir qu'à la elarté des lampes. Portées par un vent d'ouest très-rapide, les cendres se répandirent en longues trainées inégales sur les neiges de la Norvège, et l'on en trouva même aux environs de Stockholm, à 1900 kilomètres du foyer de l'éruption : c'est la distance la plus considérable qui ait jamais été mesurée pour le voyage des cendres volcaniques *, Pendant l'été de l'année suivante, M, Johnsträp et d'autres savants allèrent à la découverte du cratère d'où les débris de pierre ponce avaient été lancés et le trouvèrent au milieu des montagnes de Dyngju, dans la plaine d'Askya. Autour de la bouche du volcan, la pierre ponce reposait en une couche épaisse sur un lit de neige d'une puissance de plusieurs mètres qui ne s'était pas fondue et qui subsiste probablement encore, la pierre ponce étant un très-mauvais conducteur de la chaleur : pourtant un lac d'eau chaude, emplissant une cavité d'effondrement, se trouve dans le voisinage immédiat de ces neiges, D'ailleurs, cette alternance des couches de lave et de neige est un phénomène ordinaire autour des volcans de l'Islande : dans les explosions, les bombes de matières fondues et les blocs de glace sont entremélés,
Si l'Islande est riche en voleans sous-glaciaires, elle a aussi des voleans sous-marins, Environ un mois avant l'éruption de 1785, un volcan sousmarin fit explosion à 100 kilomètres environ au sud-ouest du Reykjanes et vomil une si grande quantité de pierre ponce que la surface de l'Océan en fut couverte jusqu’à la distance de 290 kilomètres et que les navires furent arrêtés dans leur course. Une montagne à trois pointes, Nyüe ou l'Ile Nouvelle, surgit au-dessus des flots ; mais, composée de cendres et de laves incohérentes, elle s'effondra peu à peu et disparut comme devaient disparaître plus tard les îles Sabrina près des Açores, et Ferdinandea dans la Méditerranée sicilienne. À la place de Nyôe, il ne resta que des basfonds; mais encore en 1854 de la fumée s’éleva des mers qui baignent le Reykjanes et de la pierre ponce, rejetée par un cratère caché, vint se mèler à l'écume sur les rivages, Les Fuglasker ou « Écueils des Oiseaux », dont les roches bizarres, semblables à des tours penchées, annoncent aux navigateurs d'Europe lé voisinage de la grande terre, que sont-ils également, sinon les restes de voleans détruits par les flots, et dans l’intérieur de l’île ne voit-on pas d'anciennes laves et des tufs d'origine sous-marine, puisqu'ils sont encore parsemés de coquilles océaniques? Au nord-ouest de l’île, la baie de Breidi-Fjôrèr semble aussi recouvrir une région volcanique, surdans les environs de Flatey où « Ile Plate ». Dans ces parages, des
1 Gumbel, Ausland, n° 24. 18h.
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sources d'eau chaude jaillissent du fond de la mer : les marins et les pêcheurs des îlots voisins utilisent celle de fontaines bouillantes qui sont
accessibles à marée basse; il en est une qui recouvre d’incrustations les galets de ses bords".
Les couches de laves qui se sont échappées des volcans de l'Islande pendant les dix siècles de son histoire sont bien peu de chose en comparaison des énormes coulées ou hrauns qui constituent, avec les tufs, une si grade
N° 902. — NYÜE ET HEYKIANES.
de100 à 200 de 200 m. au-delé.
10 20 kil.
partie des roches de l’île, C'est ainsi qu'en parcourant les laves qui s’étendent du Skjaldebreid occidental, entre les Geysirs et bingvalla, jusqu'au Reykjanes, sur une longueur de plus de 100 kilomètres et une largeur de 50 à 40, on se trouve toujours sur un même fleuve de scories*, Et le champ de laves d'Odäda Hraun, ou la « Cheire des Crimes », dont la surface rugueuse, presque inaccessible au voyageur, recouvre dans la partie centrale de l’île, au nord du Vatna-Jükull, plusieurs milliers de kilomètres
! Ülafsson et Pälsson, Reise igjennem Island. + Eugène Robert, Voyage en Islande et au Groenland sur la corvette la Recherche,
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