VOLCANS DE L'ISLANDE. CLR
carrés, ne se compose-t-il pas de coulées dont chacune pourrait emplir un aste bassin comme le lac de Genève? La source de ces laves est peut-être le Skjaldbreid oriental ou Trôlladyngjä (Gouffre des Sorciers), qui s'élève au sud du champ de scories et dont la dernière éruption connue date de l'année 1505",
De même que les Färôer, l'Irlande septentrionale et les Hébrides, l’Islande a de nombreuses colonnades naturelles, dont l'aspect est celui de palais construits pour les géants. La montagne de Baula, volcan d'une forme admirable qui se dresse à une centaine de kilomètres au nord de Reykjavik, a élé souvent visitée par les minéralogistes, à cause de ses colonnes régulières de trachyte, parmi lesquelles les anciens Islandais allaient chercher des pierres tombales : -on en retrouve encore çà et là, couvertes d'inscriptions runiques, en diverses parties de l'Islande*. Maint promontoire attaqué par les vagues a révélé la structure intérieure de ses basaltes, et c’est ainsi que de la haute mer on aperçoit au cap Dyrhélaey ou Portland, aux ilots Vestmann et en cent autres endroits, la côte bordée de piliers, se succédant régulièrement comme les troncs d’une forêt ébranchée. Ailleurs, ce sont les eaux des cascades qui ont entamé les coulées de lave et, des deux côtés du flot qui s’élance, la roche se dresse en d’innombrables fûts. Ailleurs encore, les agents atmosphériques ont dénudé le sommet des rochers, sur lesquels on voit se dresser comme un temple à colonnes. Telle montagne, où les saillies du basalte succèdent aux pentes de neige, semble rayée comme une étoffe blanche et noire; les masses colonnaires apparaissent sous les formes les plus bizarres au milieu des neiges qui les entourent et qui en font valoir toutes les arètes géométriques”. Les pentes méridionales du Snaefells-Jôkull, où l'on a compté cinquante couches de laves superposées, sont des plus curieuses par leurs massifs de colonnes basaltiques, diversement dégradés par le temps et présentant un aspect étrange, même celui de gigantesques polypes : à la base de cet ancien volcan, des falaises, des îles sont percées de grottes pareilles à celles de Staffa et ne seraient pas moins fameuses si elles ne se trouvaient dans les mers polaires. De même la conformation des montagnes de la péninsule du nord-ouest est des plus remarquables : cette région tout entière semble le produit de quelque prodigieuse cristallisation, si géométriques sont les contours de ses montagnes, qui affectent les formes
1 Watts, Across the Valna Jükull.
# W, Preyer et F, Zirkel, Reise nach Island.
# Eugène Robert, Voyage en Islande et an Groenland; — Savtorius von-Waltersh ausen, Physisch Geographische Skizse von [sland:
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de cubes, de prismes, plus souvent encore celle de pyramides s'élevant de la base à la cime en assises régulières de trapp!.
Ces roches de l'Islande renferment diverses substances rares dans les autres pays voleaniques et très-recherchées par les collectionneurs ; mais de tous ces minéraux nul n'est plus apprécié que le spath d'Islande, d’ailleurs indispensable aux physiciens pour sa propriété de double réfraction. Les chercheurs le rencontrent çà et là en petits cristaux ; mais on ne l'obtient en quantité considérable qu'aux bords du ruisseau Silfra-lækr ou « Ruisseau d'Argent », à une centaine de mètres de hauteur au-dessus du rivage septentrional de l'Eski-Fjôrdr, presque exactement vers le milieu de la côte orientale de l’île : en cet endroit, il emplit une espèce de géode, ayant un peu plus de 500 mètres cubes, soit 16 mètres de long sur 8 mètres de large et # mètres de haut*?, Quant au soufre, dont la valeur économique est devenue si grande dans ce siècle d'industrie, il se trouve surtout près de Krisuvik, dans la péninsule sud-occidentale de l'Islande, et dans la région du nord qui s'étend du lie Myvatn à la Jokülsä. Dans celte partie de l'île, des milliers de solfatares subliment incessamment les matières sulfureuses et produisent d'immenses quantités de soufre, que l'on exploite avee plus ou moins de méthode et de succès depuis le milieu du seizième siècle ; des bancs que l’on pourrait abattre en carrière et où l'activité volcanique à cessé, occupent aussi une partie de cette région et tiennent en réserve pour l'industrie une quantité de soufre plus ou moins pur, que les voyageurs disent être inépuisable *, Le havre d'exportation pour ces mines est le port de Husavik, un des meilleurs de la côte septentrionale de l’Islande. Le soufre se rencontre aussi sous diverses formes en plusieurs autres districts de lislande, Un grand nombre de cours d’eau doivent le nom de Füli-lækr ou de « Rivière Puante » aux pyrites décomposées de leur lit, dont le soufre s’unit à l'hydrogène,
Les volcans de boue, semblables aux maccalube de la Sicile, et les sources thermales ne sont pas moins nombreux en Islande que les solfatares et les « mines vivantes » (vende Namer)° de toute espèce, c’est-à-dire les gisements de terres ou de minerais chauffés par le feu souterrain. En maints endroits, les sources thermales sont assez abondantes pour for, er des ruisseaux tièdes en plein hiver, où les truites séjournent en multitudes,
1 Duffenn, Lellers from High Latiludes.
# Sartorius von Waltershausen, Physisch-Geographische Skisse von Island; — Descloizeaux. 5 Dufferin; — Pisrce; — Jobnstrüp; — Richard Burlon, etc,
4 Richard Burton, Ultima Thuie.
5 Ülafsson et Pälsson, Reise igjennem Island.
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oizcaux.
SOURCES THERMALES, GEYSIRS, 913
s'engraissant tellement que leur chair finit par n'être presque plus mangeable !, Gà et là, les champs de neige sont interrompus par des espaces de lave noire, d'où l'on voit s'élever en nuages la vapeur des sources. La ville de Reykjavik et le Reykjanes doivent leurs noms « Baie de la Fumée » et de « Cap de la Fumée » à des sources thermales dont les vapeurs obseurcissent l'atmosphère.
Parmi tant de milliers de sources thermales dont l'eau se perd obscurément dans les lacs, les ruisseaux, la mer ou les tourbières, il en est qui sont devenues fameuses et que l'on a cru pendant longtemps des exemples uniques de la puissance des volcans : ces sources sont les geysirs, jets d’eau naturels que lancent soudain hors de la terre les vapeurs emprisonnées, Le grand Geysir, qui jaillit, dans la partie sud-occidentale de l'ile, au milieu de la plaine inégale que traverse le fleuve Hvitä et que domine au nord la montagne allongée de Blafell, est mentionné pour à première fois par les annalistes à la fin du treizieme siècle; c’est probablement alors qu'il fit sa première apparition, et depuis cette époque il n'a cessé d'agir, déposant à chaque éruption une mince pellicule siliceuse autour de son orifice : c'est ainsi que s'est formée peu à peu une margelle de dépôts, qui de nos jours n'a pas moins de 12 mètres de haubur, et d'où l’on voit parfaitement l’ensemble de la vasque, pleine d'eau bouillonnante lors des éruptions, et l'entonnoir dans lequel monte et descend tour à tour le cristal transparent. Quand le jet se prépare, on aperçoit dans l’eau du puits les vapeurs qui s'élèvent en nuages, puis se dissolvent et se reforment de nouveau. Tout à coup la résistance de l’eau supéricure est vaineue, «a colonne des vapeurs profondes, dont la température dépasse de 32 degrés le point d'ébullition*, s’élance d’un jet dans l'air en soulevant avec elle, jusqu'à 30 mètres de hauteur, une masse d’eau que l’on évalue à plus de 160 tonnes. Depuis le voyage d'Olafsson et de Pälsson, les observateurs varient singulièrement dans leurs descriptions : les premiers ont vu la source jaillir à 108 mètres de hauteur, tandis que depuis cette époque des voyageurs ont assisté à des éruptions dont le jet ne dépassait pas 18 mètres. Du reste, il semble que le grand Geysir soit maintenant dans une période de décadence. Les visiteurs, campés sur ses bords, attendent parfois le jaillissement de la grande eau pendant des journées et même pendant plus d'une semaine ; à mesure que s'élève la margelle et que la profondeur relative de l’entonnoir s'accroît, la pression de l’eau supérieure augmente et les vapeurs comprimées du fond cher-
! Borrow, Ein Besuch auf der Insel Island.
* Bunsen el Descloizeaux ; — Buff, Physics of the Earth.
iv. (LE)
chent à se trouver d'autres issues. Le Geysir voisin, que les paysans des environs ont appelé Strokkr ou la € Baratte », à cause de l'eau qui monte et s’abaisse incessamment dans le puits, lançait autrefois ses jets aussi haut que ceux de la source principale; maintenant il exhale ses vapeurs assez régulièrement, mais sans les expulser d'un coup par une violente éruption ; ce n'est que par artifice, en le remplissant de grandes masses de tourbe, qu'on parvient encore à l’exaspérer. Le « petit Geysir » que décrivent les voyageurs du siècle dernier, a complètement disparu en en 4789, à la suite d'un tremblement de terre‘. D'ailleurs, un grand nombre d’autres « barattes » de moindres dimensions bouillonnent dans la plaine, emplies d'eaux diversement nuancées, rouges, vertes, bleues, grises, et lancent leurs jets à diverses hauteurs, soit librement, soit sollicitées par les expédients des voyageurs. Un grand lac souterrain s'étend sous toute la contrée : il suffit de percer la couche d'argile qui recouvre les pentes du coteau voisin, Laugafjell ou le « Mont des Sources chaudes », pour voir aussitôt jaillir la vapeur brûlante”, Parfois il arrive que le voyageur passe au-dessus d'une couche de concrétions trop faible pour le porter et se trouve lout à coup dans une source thermale’, Une île située dans un lac voisin du Geysir est formée en entier d’incrusations siliceuses déposées par des sources profondes,
A peu près à moilié chemin entre la plaine des Geysirs et Reykjavik est l’une des curiosités géologiques de l'Islande et en même temps le site historique le plus remarquable de l'ile. C'est la plaine de Pingvalla (Thingvalla) ou de l'Assemblée, qui se termine au sud par un lac, le plus vaste de l'Islande. Cette plaine, de plusieurs kilomètres de largeur, fut autrefois le chemin d’une puissante coulée de laves dont on voit encore les restes. De chaque côté, les parois qui bordèrent le courant se dressent abruptement à 90 mètres de hauteur, offrant çà et là des arcades et des piliers de basalle qui ressemblent àdes constructions régulières? Entre ces parois et les restes du courant de lave s'ouvrent de véritables fossés, formés par la séparation de la masse centrale d'avec ses rives, lorsque la lave liquide intérmédiaire se fut écoulée sous la carapace refroidie de la roche. C’est par une sorte d’arrachement que se produisirent ainsi la grande fissure
latérale d’Almannagjä, longue de 8 kilomètres, celle de Hrafnagjä, qui lui
est parallèle à l'est, et les diverses crevasses qui s'ouvrent çà et là dans les
# W. Preycr et F. Zirkel, Reise nach Island.
* Robert Chambers, Tracings'in Iceland and in the Faroe Islands.
5 Watts, Across the Valna Jükull.
4 Eugène Robert, Voyage en Islande et au Groenland, sur la corvette la Recherche.
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