LIMBOURG, VERVIERS, SPA
à la base. Elle peut retenir plus de 12 milliards de mètres cubes d'eau, soit la quantité totale que la Gileppe fournit pendant six mois, et le mince ruisseau, dont le débit normal est d'environ 730 litres d'eau par seconde, se trouve alors changé en un lac de plusieurs kilomètres carrés de superficie. Le lac artificiel a pour but d'arrêter les crues de l'hiver et du printemps, et de fournir aux usines de la Vesdre l'eau d'alimentation qui leur est nécessaire pendant les sécheresses de l'été, Ces usines, qui ont donné tant d'importance à Verviers, à Dison, à Ensival, sont pour la plupart des manufactures de draps. Dès le douzième siècle, l'industrie du tissage était connue dans le pays, mais elle ne fit de Verviers l’une des grandes fabriques du monde qu'après la décadence industrielle des Flandres : c’est vers le milieu du dix-huitième siècle que le travail des draps émigra définitivement de la Belgique occidentale à la Belgique orientale : l'organisation par corps de métiers, qui jadis avait fait la force politique des Flandres, avait : ni par les appauvrir, par y empêcher tout progrès, tout renouvellement, en enfermant les ouvriers dans un cercle infranchissable de pratiques routinières. Les produits de l’industrie verviétoise sont les draps, les flanelles, les casimirs, les articles de fantaisie, et les filés de laine, dont la plus grande partie’est exportée en Angleterre’. Les étoffes employées pour l’armée, et dites « draps militaires », s’expédient surtout en Italie et en Orient. Les laines peignées sont pour la plupart introduites à Verviers du nord de la France. Depuis 1872, le mouvement des affaires a diminué de moitié dans le district de la Vesdre.
Une petite vallée, dont le ruisseau va se mêler à la Vesdre à Pepinster, en aval de Verviers, est moins importante par ses manufactures que par ses eaux thermales. C’est là que se trouve la ville de Spa, qui fut au dix-huitième siècle le lieu de bains le plus à la mode en Europe, et qui, après avoir été longtemps délaissée, attire de nouveau les malades par milliers. Quant aux simples oisifs, ils sont beaucoup moins nombreux depuis que les jeux ont été supprimés à Spa et que la ville n’a plus à exercer que des industries légitimes, telles que l'exploitation des eaux minérales, la seulpture et la peinture des petits objets en bois*. Des sources d’eaux ferrugineuses jaillissent « à l'infini », pour ainsi dire, dans cette contrée, dont le sol renferme du minerai de fer en très-notables proportions. Les avenues d'arbres, les bosquets, les gracieux vallons qui entourent Spa en font un
1 Broches de Verviers et du district, en 1871. ................ A80000 Fabrication des filés en 1873 : 7558 tonnes. Valeur . . . . . . . 52906 000 fr. » n 4876 : 4634 » À EEE AE AR UE En 32434000 »
® Visiteurs à Spa en 4877 : 11 073.
séjour agréable; jamais les épidémies de choléra n’ont pénétré dans cette vallée, bien que dans toutes les villes environnantes le fléau ait exercé ses ravages. Une autre ville de bains, Chaudfontaine située au bord de la Vesdre, à 10 kilomètres de Liège, offre également aux promeneurs de charmants paysages. Pendant la belle saison, les Liégeois se rendent en foule à ces thermes.
Au sortir de Liège, la Meuse continue de serpenter entre des usines et des villages peuplés d'ouvriers. La région est aussi l’une des plus intéressantes du nord de l'Europe par les souvenirs historiques. Sur la rive droite du fleuve est le bourg de Jupille, où Pépin d'Héristal mourut en 714, où résida souvent Charlemagne. Sur l’autre rive s'élève Herstal (Héristal), devenu l’un des faubourgs industriels de Liège : c’est à que naquit Pépin le Bref, et que Charles le Chauve et Louis le Germanique conclurent en 870 le traité pour le partage de la Lorraine. Au delà, le fleuve passe sur le territoire hollandais, dans l’enclave de Maastricht (Maestricht), puis baigne de nouveau par sa rive gauche le territoire de la Belgique : là se trouve la vieille ville de Maeseyck, patrie des frères Van Evyck.
Au nord-ouest, dans une vallée latérale de la Meuse, est une ville célèbre depuis plus longtemps encore dans les annales de la Belgique. En effet, Tongres est l'antique castellum des Aduatuques', peuplade que les Cimbres avaient laissée en arrière pendant leur invasion des Gaules et que César fit massacrer ou vendre en esclavage cent cinquante ans après; dans le voisinage s'élèvent deux hautes buttes funéraires, d’une époque inconnue. Î] reste une partie du colossal rempart de la ville, construit en silex et en ciment : c’est le plus ancien mur de défense de la Belgique ; on lui donne vulgairement le nom de Zeedijk ou de Digue*. C’est à la vieille cité de Tongres que semblait devoir revenir l'honneur d’être le chef-lieu de la province belge de Limbourg, après que cette région eut été séparée de la Hollande ; toutefois on fit choix de Hasselt, alors simple bourg, voisin de la Campine, mais beaucoup mieux situé que Tongres relativement à l'ensemble du district. Hasselt, quoique à peu de distance du cours de la Meuse, est déjà dans le bassin de l'Escaut, sur la petite rivière de Demer. Ses rivales en importance, Saint-Trond (Sint-Truyden en flamand) et Tirlemont (Thienen). sont arrosées par des ruisseaux du même bassin. La première de ces villes a, comme les grandes communes de la Flandre, son beffroi, symbole de son ancienne indépendance, et non loin de là, vers l’ouest, le bourg de Léau, l’une des « villes mortes » de la Belgique, a con-
! Ernest Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. N, 2 Bauduin, Notes manuscriles.
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