‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 532 sur 552 · CLIMAT DE L'ISLANDE · texte numérisé non relu

CLIMAT DE L'ISLANDE

habitée. Le courant des eaux tropicales y jette sur les grèves des troncs d'acajous et de palmiers‘,

Toutefois le contraste des climats est considérable entre les deux moitiés de l’île, car si des eaux tièdes viennent déferler sur les plages occidentales, ce sont des flots du froid courant polaire qui viennent se heurter aux promontoires tournés vers le Spitzberg. Cette opposition des courants influe nécessairement sur les climats locaux; tandis que les eaux relativement chaudes, qui contournent l'Islande par l'ouest, élèvent la température des côtes septentrionales, le courant froid qui longe le littoral de l’est refroidit l'air et flétrit la végétation : par un bizarre renversement des phénomènes, le froid devient plus vif dans la direction du sud. Dans les années très-froides, le courant polaire amène avec lui des glaçons et des fragments de banquises qui viennent échouer sur les côtes d’Islande*. Les ours blancs étaient transportés fréquemment par les glaçons sur les côtes d'Islande ; mais ils ne passaient jamais l'été dans l'ile : après avoir ravagé dans les troupeaux de moutons, ils se rembarquaient sur les glaçons détachés de la rive et parfois nageaient à de très-grandes distances pour aller les rejoindre : on en à tué treize dans une seule année”, Les glaces déposent aussi d’étranges alluvions sur les côtes du nord et de l’est : ce sont des dalles de schiste, des blocs de granit et de serpentine arrachés aux montagnes du Spitzberg; le courant polaire les transporte à des centaines de lieues des roches natales pour en former sur une autre terre des assises nouvelles*, C’est de la même manière que l'Écosse s’est recouverte des blocs erratiques de la Scandinavie,

Les oscillations du courant polaire ct l'échouement des glaces sur les côtes de l'Islande ont pour conséquence de rendre le climat très-variable. Peut-être n'est-il pas une contrée sur la Terre où la moyenne de la température annuelle varie davantage : quelquefois l'écart est de 5 à G degrés sur la côte occidentale, et probablement il est bien plus considérable

1 W. Preyer et F. Zirkel, Reise nach Is/and.

# Températures de la mer en juillet, d'après frminger ct Duffenin : Côte du Nord-Ouest... . , . , , . . . . . . . , , de 70,29 à 90,61. » do l'Est, , , 4, 4, 4, , , ,,, , ,.. de 40,44 à 69,80,

5 W. Preyer et F. Zirkel, Reise nach Island.

4# Sartorius von Waltershausen, Physisch-Geographische Skizze von Island.

5 Observations de Thorlacius à Stykkishôlm, sur la rive méridionale du Breidi-Fjôrèr, do 184 à 1871:

Température moyenne de l'année, , . , . , . . . , ., , , , . 2,3 » » » la plus froide. , . . . , , , , . 10,3 » » » » chaude, ,,,,,.,, 43

encore sur les côtes du nord et du nord-est, suivant la présence ou l'éloignement des glaces : il est arrivé souvent que le golfe d’Akreyri, au nord de l'Islande, reste encombré de glaçons jusqu’en juillet. Cette inconstance des climats annuels se retrouve aussi dans les saisons : tandis que la moyenne de mars en 1846 a été de 4,5 à Stykkisholm, elle a été de — 10°,9 en 1866 ; c'est pour le même mois un écart de plus de 15 degrés. Le printemps est la saison la plus désagréable de l’année, surtout pendant la deuxième moitié du mois de mai, à cause des violentes tempêtes de neige qui soufflent du nord-est; mais on peut dire que les giboulées de printemps continuent pendant tout l'été. Cette extrême variabilité du climat islandais est le grand désavantage de la « Terre des Glaces » : il faut y voir la cause principale des famines qui ont arrêté le mouvement de la population et qui n’ont pas permis à l'Islande de prendre l'importance qui semblerait devoir lui appartenir". L'hiver est long et rendu plus pénible par la longue durée des nuits que par le froid : cependant les aurores polaires illuminent souvent le ciel dans la direction du Groenland”, En été le crépuscule rejoint l'aurore, et les neiges, éclairées par-dessus l'horizon, grâce au reflet du ciel, resplendissent d’une lumière écarlate : tout semble flamboyer, les montagnes, les plateaux et la plaine elle-même.

Naguère, les Islandais ne se servaient d'autre bois que des arbres flottés apportés par les courants du sud et qu'ils se figuraient pousser sur des banes de sable éloignés*. Ils trouvaient en quantité sur les plages le bois d'une espèce de sapin qu’ils employaient à la fabrication de meubles et d'instruments, et les autres bois ne leur manquaient ni pour la construction, ni pour le chauffage de leurs maisons et de leurs églises. Mais actuellement le combustible de leurs tourbières et le sapin de Norvège remplacent les bois flottés dans l’économie domestique de la contrée. L'Islande, riche en prairies qui donnent d'excellents foins aux paysans, esl presque entièrement privée de végétation arborescente, ou plutôt, ainsi que le dit

! Température moyenne au sud-ouest et au nord de l'Islande :

REYAJAVIK AKREYRI Températ, de l'année . . . , , . , 4,5 Température de l'année. . . . G°,5S » dumois le plus chaud (juillet) 13°,5 » de l'été . . , , : , 13,9 » du mois le plus froid (févr.) — 92,1 ».. delhiver ., , , , , -- 6,2 Extrême de chaud . , . , . . . . 21°,95 | Extrême de chaud , , , , , , . 24° » de froid , » defroid, . . . . . . . —34°

(Schell, Humbolt, Sartorius, Preyer et Zirkel.)

* En 1750'et 1751, 151 aurores boréales en 606 jours, d’après Horrebow. 3 W. Preyer et F. Zirkel, Reise nach Island.

4 Ulufsson.et Palsson, Reise igjennem Island.

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