‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 533 sur 552 · FLORE DE L'ISLANDE · texte numérisé non relu

FLORE DE L'ISLANDE

un voyageur, elle possède encore des forêts, mais elle n’a plus d'arbres, ce nom ne pouvant convenir aux plantes ligneuses qui eroissent dans ses vallées. Toutefois c’est là une exagéralion, et dans quelques sites abrilés il existe des saules, des bouleaux, des sorbiers. Dans un des jardins de Reykjavik, on montre avec orgueil un sorbier des oiseaux dont le tron: a près d'un décimètre de largeur et qui developpe son branchage à 4 où o mètres d'élévation. Près de la « ville » d’Akreyri, les Islandais viennent admirer deux arbres, deux frènes, qui s'élèvent à la hauteur de près de S mètres : ils sont parmi les géants du monde végétal de l'Islande ! Dans la vallée de la Sula, sur le versant méridional du Vatna-Jükull, un bouleau les égale en élévation et près de là se voit une véritable forèt?. Il existe aussi des forêts (skogar) dans les régions seplentrionales de l'ile, au bord des sinuosités fluviales bien abritées du vent. En longeant Ja rive de la Fnjôska, qui se jetté dans l'Eyja-Fjürèr, Zirkel a eu le plaisir de chevaucher pendant trois quarts d'heure sous les branchages de bouleaux qui s'élèvent jusqu'à 5 et G mètres; il pouvait se croire transporté dans les bois de l'Europe centrale, d'autant plus qu'il y entendait aussi le chant d'oiseaux venus du continent. La température moyenne des parties basses de l'Islande est certainement assez élevée pour suffire à la végétation arborescente, et si les arbres sont rares dans l'ile, la cause en est à la violence des tempêtes et des pluies, à la stérilité des laves et partiellement à l'insouciance des habitants, qui ne veulent point se donner la peine d’élever des arbres. Au moyen âge, les régions du sud-ouest étaient parsemées de bois, et les anciennes sagas racontent, sans le signaler comme un fait extraordinaire, que les constructeurs de maisons et même de navires allaient couper les billes nécessaires dans les forèts voisines *. Olafsson et Pälsson, qui virent eux-mêmes un arbre de 12 mètres de hauteur, entendirent aussi parler d’un navire construit en bois de chêne, qui fut lancé dans le Hval-Fjôrôr, au nord de Reykjavik, et de là cingla vers la Norvège. Dans leurs voyages nombreux, ces explorateurs ont reconnu les restes de forges considérables : d'après eux, c’est aux fondeurs de fer et aux charbonniers qu'il faudrait attribuer la destruction des anciennes forêts, dont il ne reste maintenant d'autres débris que le bois pourrissant dans les tourbières.

L'Islande n’a dans sa flore aucune espèce qui lui soit particulière ; toutes lui viennent des continents d'Europe, d'Asie ou d'Amérique, mais de l'Eu-

* Shepherd, The Northwest peninsula of Island. 2 Watts, Across the Vatna Jükull.

5 Svarfdvola Saga; — À, Geoffroy; — Revue des Deux-Mondes, 4°° nov. 1875.

rope surtout : par ses végétaux, l’île fait partie du monde scandinave ct britannique‘. Il en est de même pour sa faune, qui est essentiellement européenne et beaucoup moins riche que celle des îles et des péninsules les plus rapprochées. Des classes d'animaux manquent complètement. Ainsi l'on n’y trouve point un seul papillon de jour, quoiqu'on y ait découvert douze espèces de phalènes”. De même les reptiles, serpents, lézards, grenouilles, ont été vainement cherchés dans l'ile”, Mais si les espèces diverses sont beaucoup moins nombreuses que sur le continent d'Europe, il en est qui pullulent singulièrement : tels sont les moucherons et les cousins, qui rendent certaines parties de l'Islande presque inhabitables. Le Myvatn, c'est-à-dire le « Lac des Cousins », est situé dans une de ces régions redoulées. Un ancien chef du pays, voulant se venger d’un ennemi, lui lia les pieds et les mains et le porta nu dans un ilot du lac : bientôt les cousins en eurent fait un cadavre”.

Les oiscaux d'Islande, presque tous de nuance uniforme, blancs, gris, bruns, comprennent, à côté de 25 espèces importées d'Europe, 84 espèces indigènes, dont plus de la moitié appartiennent à la classe des nageurs ; ils semblent avoir beaucoup diminué en nombre pendant le courant du siècle. Le grand pingouin a cessé d'exister, et les naturalistes qui ont parcouru l'ile à sa recherche n’ont pu trouver que ses ossements. D’autres espèces sont devenues rares, surlout dans l'intérieur de l'ile, où d’ailleurs, paraît-il, le peuple ailé n’a jamais été bien nombreux. Jadis très-habiles à dresser les gerfauts, puisque les rapaces de cette espèce offerts chaque année par le roi de Danemark à la fauconnerie de France venaient d'Islande, les insulaires ont exterminé par la chasse une multitude d'oiseaux; mais c’est principalement par le vol méthodique des œufs qu’ils ont réduit les espèces à un petit nombre d'individus. Pourlant, en mainte partie du littoral, les oiseaux sont la principale richesse et sans eux ces régions deviendraient presque inhabitables. Ils donnent leurs plumes, leur duvet, leurs œufs, leur chair, leur huile, et si tout à coup ces trésors venaient à manquer au chasseur, il ne pourrait plus soutenir dans son âpre patrie le rude combat pour l'existence, car les volailles domestiques sont rares dans le pays. Au lieu de tourbe ou de bois flotté, il utilise comme combustible des oiseaux marins desséchés, et pour allumer

! Lindsay, Flora of Iceland.

# Alfred Newton, Nalure, 31 janv. 1878.

5 Sarlorius von Wallershausen, Physisch-Geographische Skizze von Island. 4 0.8. Edinburgh Review; — Revue Britannique, 1876,

5 W. Preyer, Reise nach Island.

6 Goffroy, Revue des Deux-Mondes, 1° nov. 1875.

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