FAUNE DE L'ISLANDE
le feu se seri des plumes huileuses du pétrel des tempêtes. L'archipel de Vestmann est le principal siège de cette exploitation de combustible animal. Au jour fixé pour la tuerie, les habitants tombent à coups de bâtons sur les pingouins, les goëlands, les macareux, qui dorment en foules sur les corniches des promontoires et ils en font d’affreux massacres, :1.
Les ciders sont considérés comme l’un des trésors les plus précieux de l'ile, ct l’on ne peut s’en élonner, puisque des rochers, qui ne pourraient donner à leurs propriétaires aucune récolte, rapportent chaque année, et sans frais, de trente à quarante mille frar 5 de duvet. Aussi a-t-on pris les plus grandes précautions pour assurer la conservation de l'espèce. 11 est non-seulement défendu de chasser les eiders, mais encore de tirer des coups de fusil dans le voisinage, de peur de les effrayer ; ils deviennent si familiers, qu’ils se laissent fréquemment approcher et même careseer
par l’homme". Dans l’île de Vigr, près d’Isa-Fjôrdr, la maison du proprié-
taire est garnie de nids; les eiders occupent tout l'espace libre des portes el des fenêtres. D'ailleurs les couveuses se laissent enlever tranquillement les œufs de dessous le corps : on ne leur en laisse qu’un ou deux pour propager la race. "
- Seulement deux ou trois mammifères terrestres semblent être indigènes de lIslande, la souris, le mulot, et peut-être le renard; mais il se peut que celui-ci ait été transporté dans l'ile par des glaçons en dérive. L'Européen ne s’est pas fait suivre en Islande de tous ses animaux domestiques. Il ca a mème perdu quelques-uns : le pore, qu'il possédait au moyen âge, à disparu du pays; les chats et les chèvres sont très-rares. Les chevaux introduits dans la contrée sont devenus une race spéciale par l'effet du elimat. Sobres, patients, vigoureux, ils résistent aux plus grandes fatigues et dans les passages malaisés ils savent choisir leur chemin avec un instinct d’une telle sûreté, que le cavalier se laisse toujours guider par ceux. Ces chevaux soni fort appréciés en Angleterre, non-sculement à cause. de leur douceur et de leur intelligence, mais aussi à cause de leur petite taille, qui les rend très-propres au travail des mines. l'exportation de ces animaux est l’une des branches de commerce les plus importantes de l’ile?,
Les rennes ont été introduits en Islande il y à un siècle environ, en 1770. Il n’en resta que trois, mais ces trois animaux mulliplièrent si bien qu'on les rencontrait en grands troupeaux dans loutes les parties de l'ile et l'on dut songer à s’en défaire, En effet, les Islandais ne se félieitent point d’avoir ainsi augmenté leur faune, le renne ne pouvant leur servir
1 George Aragon, Revue des Deux-Mondes, 15 oct. 1875. # Exportation des chevaux d'Islande en Angleterre, en 1875 : 3500, Valeur totale : 1500 000 fr.
comme animal de trait sur le sol inégal, tout coupé de ravins et de rivières ; d’ailleurs les pluies fréquentes incommodent ce ruminant : son peloge supporte facilement la neige, mais non l’eau ruisselante ‘. Quand les ñivers sont très-rigoureux, les rennes font irruption dans les champs cultivés du sud-ouest pour en brouter la mousse. Des brebis sauvages se voient aussi dans les environs de Nüpstàÿ, au sud du Vatna-Jôkull ?.
Après les chevaux, les moutons sont pour l’Islandais l'animal le plus précieux, et ils en possèdent un nombre proportionnellement plus considéraile que tous les autres peuples de l'Europe”; pourtant le nombre en a beaucoup diminué depuis le milieu du siècle par l'effet des épizooties. Ces animaux sont même la cause d'une maladie très-grave qui se développe fréquemment chez les indigènes. Le parasite appelé cænurus echinococcus existe en multitudes chez lez moutons et se change en ténia dans le corps du chien, qui à son tour peut le transmettre à l’homme. En 1871, à là suile d’un rapport médical du docteur Krabbe, qui s’assura de l'identité de l’echinococcus chez le mouton cet chez l'homme, on à cherché à dininuer le nombre des chiens au moyen de forts impôts et la population à ée mise en garde contre le dangereux parasite”,
Les mers islandaises sont très-poissonneuses ; mais ce ne sont pas les seuls habitants du pays qui profitent des trésors de la mer. Environ cinq mille Islandais s'occupent de la pêche des saumons dans les rivières et de la apture des morues dans les baies ; principalement sur les côtes occidenlales ou sur les « rives d'Or », voisines des bancs de poissons, les ateliers de séchage et de salaison se rencontrent au bord de toutes les criques où peuvent mouiller les chaloupes. Mais, outre les embarcations islandaises, des navires scandinaves, anglais et français, ceux-ci de beaucoup les plus nombreux, viennent pêcher la morue et l’apocale ou requin des mers arctiques : l'huile de cet animal, que l’on prend à des profondeurs de 500 à 600 mètres, cst très-recherchée pour la fabrication des savons et sa peau sert aux Islandais pour confectionner des sandales remarquables par leur souplesse ct leur légèreté *. Dans les années de bonne pêche, les baies occidentales sont couvertes de bateaux : en 1869, on n’en comptait pas moins de 3180 sur le Faxa-Fjôrdr, entre les deux péninsules de Reykjavik et du Snaefells-Jôkull. Les pêcheurs français, au nombre de 7000, équipaient à eux seuls une
{ Richard Burton, Ultima Thule.
? Watts, Across the Vatna Jükull.
% Moutons de l'Islande en 1871 : 366 130,
4 11. C, Lombard, Traité de Climatologie médicale.
# George Aragon, Revue des Deux-Mondes, 15 octobre 1875.
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