‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 127 sur 545 · Bulgare chrétien de Viddin · texte numérisé non relu

Bulgare chrétien de Viddin

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pus, fortement bâtis, portant une tête solide sur de larges épaules. Beaucoup de voyageurs, entre autres Lejean, Breton lui-même, leur ont trouvé une ressemblance frappante avec les paysans de la Bretagne. En certains districts, notamment aux environs de Philippopoli, ils se rasent la chevelure, à l'exception d’une queue qu’ils laissent croître et tressent soigneusement à la façon des Chinois. Les Grecs, les Valaques se moquent d'eux, et mainte expression proverbiale les tourne en dérision comme inintelligents et grossiers. Ces moqueries sont injustes. Sans avoir la vivacité du Roumain, la souplesse de l'Hellène, le Bulgare n’en a pas moins l'esprit fort ouvert; mais l'esclavage a lourdement pesé sur lui, et dans les régions méridionales, où il est encore opprimé par le Ture, exploité par le Grec, il a l'air malheureux et triste; au contraire, dans les plaines du Nord et dans les villages reculés des montagnes, où il a moins à souffrir, il est jovial, porté au plaisir; sa parole est vive et sa repartie des plus heureuses. C’est aussi sur le versant septentrional des Balkhans que la population, peut-être à cause de son mélange intime avec les Serbes, présente le plus beau type de visage et s'habille avec le plus de goût. Plus beaux encore sont encore les Pomaris, qui habitent les hautes vallées du Rhodope, au sud de Philippopoli. Ces indigènes parlent slave et sont considérés comme Bulgares, mais ils ne leur ressemblent point : grands, bruns de chevelure, pleins d’élan et de gaicté, enthousiastes et poëtes, on serait tenté plutôt de les prendre pour les descendants des anciens Thraces, surtout s’il est vrai que leurs chants héroïques célèbrent encore un Orphée, le divin musicien, charmeur des oiseaux, des hommes et des génies.

Pris dans leur ensemble, les Bulgares, surtout ceux de la plaine, sont un peuple pacifique, ne répondant nullement à l'idée qu'on se fait de leurs féroces ancêtres, les dévastateurs de l’empire byzantin. Bien différents des Serbes, ils n’ont aucune fierté guerrière; ils ne célèbrent point les batailles d'autrefois et même ils ont perdu tout souvenir de leurs aïeux. Dans leurs chants, ils se bornent à raconter les petits drames de la vie journalière ou les souffrances de l’opprimé, ainsi qu'il convient à un peuple soumis ; l’autorité, représentée par le gendarme, le « modeste zaplié », joue un grand rôle dans leurs courtes poésies. Le vrai Bulgare est un paysan tranquille, laborieux et sensé, bon époux et bon père, aimant le confort du logis el pratiquant toutes les vertus domestiques. Presque toutes les denrées agricoles que la Turquie expédie à létranger, elle les doit au travail des eultivateurs bulgares. Ce sont eux qui changent certaines parties de la plaine méridionale du Danube en de vastes champs de maïs et de blé rivalisant avec ceux de la Roumanie. Ce sont eux aussi qui, dans les campagnes d’Eski-

Lagra, au sud du Balkhan, obtiennent les meilleures soies et le plus excellent froment de la Turquie, celui que l'on emploie toujours pour préparer le pain et les gâteaux servis sur la table du sultan, D'autres Bulgares ont fait de l'admirable plaine de Kezanlik, également située à la base de l'wmus, la contrée agricole la plus riche et la mieux cultivée de toute la Turquie : la ville elle-même est entourée de noyers magnifiques et de champs de rosiers d'où l'on extrait la célèbre essence, objet d’un commerce si considérable dans tout l'Orient, Enfin les Bulgares qui habitent le versant seplentrional des Balkhans, entre Pirot et Tirnova, ont aussi une grande activité industrielle, Là chaque village à son travail particulier : ter Pon fabrique des couteaux, ailleurs des bijoux en métal, plus loin les poteries, les étoffes, les tapis, et partout les simples ouvriers du pays donnent la preuve de leur grande habileté de main et de la pureté de leur goût. Un remarquable esprit d'entreprise se manifeste également parmi les Bulgares méridionaux du district de Monastir ou Bitolia. Dans ces régions reculées se trouvent des villes industrielles, en premier lieu Monastir elle-même, puis Kourchova, Florina, d'autres encore.

Ces Bulgares si paciliques, si bien façonnés au travail et à la peine,

commencent à se lasser de leur longue sujétion. Sans doute ils ne songent

point à se révoller, el les quelques soulèvements qui ont eu lieu étaient le fuit de quelques montagnards où de jeunes gens revenus de Serbie où des

pays roumains avec l'enthousiasme de la liberté; mais si les Bulgares sont

encore de dociles sujets, ils n'en relèvent pas moins peu à peu la tête; ils se

reconnaissent les uns les autres comme appartenant à li mème nationalité ; ils se groupent plus solidement, S'associent pour la défense commune, Après

mille ans d'oubli de soi-mème, le Bulgare se retrouve et s'affirme. C'est

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dans l'ordre religieux qu'il a fait le premier pas pour là reconquête de sa nationalité, Lors de l'invasion des Tures, un certain nombre de Bulgares, les

plus opprimés sans doute, se firent mahométans; miais, quoique visiteurs

des mosquées, la plupart n'en ont pas moins gardé la religion de leurs pères, vénérant les mêmes fontaines sacrées et croyant aux mêmes talismans. Depuis la conquête, une faible proportion de la population bulgare s'est convertie au catholicisme occidental; mais la très-grande majorité de la race appartient à la religion grecque. Naguère encore, moines et prêtres grecs Jouissaient de la plus grande influence; pendant de longs siècles d'oppression, les religieux avaient maintenu les vieilles traditions de la foi vaineue; par leur existence même, ils rappelaient vaguement un passé d’indépendance, et leurs églises étaient Le seul refuge ouvert au paysan persécuté :

de là le sentiment de gratitude que le peuple leur avait voué. Pourtant les

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