ROLE HISTORIQUE DE ROME
assez cohérentes pour se soustraire à la puissance des Romains. Ainsi le deuxième cercie, celui de la conquête, vint $'ajouter au premier domaine, que l'on pourrait désigner sous le nom de cercle de croissance, et, par un avantage inestimable, il se trouva que les deux extrémités du monde italien, la plaine padane et la Sicile, étaient deux riches greniers de vivres. Pourvue des approvisionnements nécessaires, Rome put done contvuer le cours de ses conquêtes. De même qu’elle est au centre de Pitalie, de même l'talie est au centre de la Méditerranée. De toutes parts se fit sentir la force d'attraction de la grande cité : du côté de lorient l'Iyrie, la Grèce,
n Echelle : 36ovu00v0
no mr A SR
a 600 Cu 2. 0 Fil.
BE Pasrir de lome EE /take Cssapennirie ES {tale Gsaipine ES £npüue liomaix
l'Égypte, du eôté du sud la Lybie, ia Mauvétanie, à l'ouest l'Ibérie, au nordouest les Gaules, au nord les pays alpins, complétèrent bien ôt le troisièu cercle, celui de Pempire,
Tant que dura Péquilibre géographique du monde méditerranéen, Rome garda sa puissance; mais les bornes de Punivers s'éloignèrent peu à pea. Dès que, par ses guerres contre les Parthes et ses invasions dans l'intérieur de Ia Germanie, Rome fut en contact, d’une part avec l'Orient, de l'autre avec ces régions sans bornes connues que parcouraient les biebares, lc Ville » par
excellence cessa d’être le centre du monde, et la grande vie des nations européennes déplaça ses foyers vers le nord et le nord-ouest. Déjà vers la fin de l'empire Rome fut remplacée en Italie par Milan et Ravenne, et cette dernière vilie devint le siége de l’exarchat, puis de l'empire des Goths. La déchéance de la cité des Césars était définitive. Il est vrai qu'aux empereurs succédèrent les papes, eux aussi pontifes suprêmes, quoique d’un culte nouveau ; de même que l'ombre suit le corps, de même la tradition voulut prolonger les institutions politiques au delà du terme naturel de leur durée : l'unité de l'Église remplaça celle de l’empire. La souveraineté de Rome était devenue un véritable dogme, à la fois politique et religieux. Mais si les papes, gardant le gouvernement des âmes, résidaient toujours à Rome, c’est par delà les Alpes que pendant le moyen âge, et jusqu'au commencement de ce siècle, résidèrent les véritables maîtres du «saint empire romain ». ils n’allaient chercher en Italie que la consécration de leur puissance, mais la puissance même, c’est ailleurs qu’ils la trouvaient. En vain les peuples, habitués à l’obéissance, voulaient maintenir l'autorité de cette Rome qui les avait si longtemps dominés; la tentative ne reposait que sur une illusion. Non-seulement l'axe du monde civilisé, mais encore celui de Pltalie elle-même avait changé de place; c’est de Pavie, de Florence, de Gènes, de Milan, de Venise, de Bologne, de Turin mème, que devait partir désormais la grande initiative. Si Rome, quoique déchue par 1a force des choses, à repris une certaine importance et même est redevenue capitale, c'est que l'Italie voulait en revendiquer le territoire à tout prix et que, par une sorte de superstition archéologique, elle cherche à prendre le nom de Rome pour symbole de sa puissance future. Mais quoi qu'on fasse, ce n’est plus là qu’un centre artificiel de l'Italie; depuis quinze cents aus, l’histoire à complétement changé toutes les conditions géographiques de la Péninsule.
Pendant le cours de ce siècle, l'unité de l'Italie est devenue un grand fait politique, et désormais, sauf en quelques districts cisalpins où l'étranger domine encore, les frontières administratives du pays coïncident avec ses frontières naturelles. La puissance du fait accompli sert done à mettre en lumière l’individualité géographique de l'Italie, et lon s'étonne que cette contrée soit restée si longtemps divisée en États distincts. Cependant ce grand tout de la Péninsule présentait de notables diversités provinciales par la disposition de ses bassins et de ses versants. Les îles, les plaines entourées de bordures de montagnes, les côtes escarpées, séparées de l'intérieur par des rochers abrupts, formaient autant de pays à part, où des populations provenant de souches diverses, gauloise, étrusque, latine, pélasgique, grecque