UNITÉ DE L'ITALIE
ou sicule, cherchaient naturellement à vivre de leur vie propre, indépendantes de leurs voisines. En maints districts, notamment dans les Calabres, les communications de vallée à vallée étaient tellement difficiles, que la mer était restée le chemin le plus fréquenté. La forme de la Péninsule, dont la longueur, des Alpes à la mer lonienne, est cinq fois plus grande que la largeur moyenne, et que les Apennins partagent en deux bandes paallèles distinctes, rendait aussi presque inévitable le fractionnement du territoire en États séparés ou même hostiles. Parfois, il est vrai, les provinces italiennes eurent à subir la domination d’un seul maître; mais, jusqu’aux temps modernes, cette unité fut toujours imposée par la force et brisée par les populations elles-mêmes. La Lassion de l’unité nationale, qui a fait de l’Italie contemporaine le théâtre de si grands événements, n’animait qu'un bien petit nombre de citoyens dans les républiques du moyen âge. Elles savaient se liguer contre un ennemi commun; mais, dès que le péril était passé, elles séparaient de nouveau leurs intérêts et se brouillaient à propos de quelque vétille.
Au milieu du quatorzième siècle, Cola di Rienzo, le tribun de Rome, fit un appel à toutes les villes italiennes; 1l les adjura de « secouer le joug des
.tyrans et de former une sainte fraternité nationale, la libération de Rome
étant en même temps la libération de toute la sainte Ttalie ». C'était déjà, cinq cents ans à l'avance, le langage qu'ont parlé de nos jours les apôtres de l’unité italienne. Les messagers de Rienzo parcouraient la Péninsule, un bâton argenté à la main; ils portaient aux cités des paroles d'amitié et les invitaient à envoyer leurs députés au futur parlement de la « Ville Éternelle ». Tous les Italiens recevaient de Rienzo le titre de citoyens romains que leur avaient donné les Gésars. Mais ce n'étaient là que des réminiscences classiques. Rienzo, plein des souvenirs de la domination antique, déclarait que Rome n'avait pas cessé d’être la « maîtresse du monde, qu’elle était en pleine possession du droit de gouverner les peuples ». Il voulait ressusciter le passé, et non pas évoquer une vie nouvelle. Aussi son œuvre disparut comme un rêve, et ce furent précisément Florence et Venise, les cités les plus actives, les plus intelligentes de l'Italie, qui virent dans la tentative du tribun une chimère de songe-creux. Siamo Veneziani, pot Cristiani, disaient les fiers citoyens de Venise au quinzième siècle; ils ne songeaienl même pas à se dire Italiens, eux dont les fils devaient un jour souffrir et combattre si vaillamment pour l'indépendance de la Péninsule. D'ailleurs il ne faut pas s’y tromper : le mouvement irrésistible qui a poussé le peuple italien vers l'unité politique n'avait point son origine dans les masses profondes, et des millions d'hommes, en Sicile, en Sardaigne, dans les Ca-
labres, en Lombardie même, en sont encore à se demander le sens des changements considérables qui se sont accomplis.
Naguère encore l'Italie n'était qu'une simple cexpression géographique », suivant le mot méprisant d’un de ses dominateurs. Si l'expression s’est transformée en une réalité vivante, c'est peut-être aux invasions si fréquentes de l'étranger que le pays le doit. Sous la dure oppression des Espagnols, des Français, des Allemands, qui se sont rués tour à tour sur leurs campagnes, les Italiens ont fini par se reconnaître les frères les uns des autres, À première vue, on croirait que la Péninsule est parfaitement protégée sur son pourtour
continental par la muraille semi-cireulaire des Alpes; mais cette protection
n’est qu'une apparence. En effet, c’est vers les plaines italiennes que les montagnes tournent leur versant le plus abrupt, celui qui paraît vraiment inabordable; mais sur le versant e.! rieur, du côté de la France, de la Suisse, de l'Autriche allemande, les pentes «coup plus douces; tous les envahisseurs que tentaient l’heureux climat à les immenses richesses de Pitalie pouvaient sans trop de difficulté gagner les cols des Alpes, d’où ils dévalaient ensuite rapidement dans les plaines. Ainsi la @ barrière » des Alpes n'est vraiment une barrière que pour les Italiens; Si ce n’est aux temps de Rome conquérante, elle à toujours été respectée par eux, et d’ailleurs il leur importe peu de la franchir, car au delà nulle contrée ne vaut a leur. ar contre, les Français, les Confédérés suisses, les Allemands voyaient dans l'Italie comme une sorte de paradis. C'était le pays de leurs rêves, et ce pays enchanté, cette région Si belle, il suffisait presque de descendre pour s’en emparer, L'histoire nous dit S'ils ont obéi souvent à ces appétits de conquête et sils ont abreuvé de sang les riches plaines convoitées! C’est même à la rivalité de ses voisins, plus encore qu'à sa propre énergie, que la nalion italienne doit d’avoir recouvré son indépendance.
Exposée comme elle l’est aux attaques du dehors, et graduellement privée par l'histoire de la position centrale qu'elle occupait jadis, Fltalie a perdu définitivement le primato où principat que certains de ses fils, emportés par un patriotisme exclusif, voudraient lui restituer; mais si elle n’est plus la première par le pouvoir politique, et si d’autres nations l'ont distancée pour l'industrie, le commerce et même pour le mouvement littéraire et scientifique, elle reste toujours sans rivale pour la richesse en monuments de Part, Déjà si privilégiée par la nature, l'Italie est de toutes les contrées de la Terre celle qui possède le plus grand nombre de cités remarquables par leurs palais et leurs trésors de statues, de tableaux, de décorations de toute espèce, [est plusieurs provinces où chaque village, chaque groupe
de maisons plaît au regard, soit par des fresques où des sculptures, soit du
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