LACS DES ALPES ET PALUS DU LITTORAL
rochers, de cultures et de villas; plus gracieuse encore, s’il est possible, est celte étonnante presqu'ile de Sermide, que l’on voit s’avancer dans l’azur du lac de Garde, pareille à un mince pédoneule s'épanouissant en corolle multicolore !
Bien différents des lacs de la montagne, ceux de la plaine inférieure, que l’on devrait considérer plutôt comme des inondations permanentes, ont disparu pour la plupart, grâce au travail des agriculteurs qui en ont rejeté les eaux dans les rivières les plus voisines. Ainsi le grand lac Gerondo, que citent les documents du moyen âge et qui s’étendait à est de P'Adda, dans les districts de Crema et de Lodi, n’a plus laissé qu'un simple basfond de marécages ou most, et l'ile populeuse de Fulcheria, que ses eaux séparaient du reste de la plaine, est désormais rattachée aux autres campagnes lombardes. Les lacs de la rive méridionale du Pô, en aval de Guastalla, sont également asséchés, et si les deux lacs de Mantoue, d’ailleurs peu profonds, n’ont pas cessé d'exister, c’est qu’au douzième siècle on les à soutenus par des barrages pour les empècher de se changer en marais. Mieux sans doute eût valu les vider et sauver ainsi la ville des longs siéges et des fléaux qui en furent la conséquence !
Les palus du littoral de l'Adriatique, généralement désignés sous le nom de lagunes, diminuent aussi d’étendue pendant le cours des siècles; tandis qu'il s'en forme de nouveaux plus avant dans la mer, les anciens disparaissent peu à peu, Les vieilles cartes du rivage vénitien différent grandement de celles que nous dessinons aujourd'hui, et pourtant ces changements considérables sont l'œuvre d'un petit nombre de siècles. Les marais de Caorle, entre la bouche de la Piave et le fond du golfe de Trieste, ont tellement modifié leur forme, qu'il est impossible de reconstituer Fancienne topographie de la contrée ; les célèbres lagunes de Venise et de Chioggia n'ont gardé une certaine permanence de contours que par la continuelle intervention de l'homme; mais celui de Brondolo à été comblé depuis le milieu du seizième siècle, Au sud des bouches du Pô, la grande lagune de Comacchio à été découpée en plusieurs parties par les chaussées d’'alluvions qu'ont élevées les fleuves dans leur cours errant, el presque loute son étendue consiste en valli ou vastes banes de terrains d'alluvions ; cependant on y trouve aussi, notamment dans l'angle sud-oriental, quelques profondes cavités où chart, restes de l'Adriatique non encore colmatés par les apports fluviaux. La lagune de Comacchio, espace intermédiaire entre le sol et les caux, se prolongeait autrefois à une grande distance vers le sud et
formait la lagune de Padusa, qui entourait de ses canaux la ville de ; Ravenne, actuellement en terre N°58, — PLAGE ET PINÈDES DE RAVENNE,
ferme : les descriptions que Strabon, Kidoine Apollinaire, Jornandès, Procope, donnent de celte vicille cité conviendraient parfaiteruent à une ville à demi insulaire comme Venise et Chioggia. La Padusa est depuis longtemps comblée, mais les espaces non encore asséchés de la mer de Comacchio occupent environ 90,000 hectares; la profondeur moyenne n'y est que d’un à deux
mètres.
Jadis, à n’en pas douter, un cordon littoral, une flèche sem-
| LL PE EENN | blable à celles qui bordent les ét
côtes des Carolines et du Brésil, séparait les eaux de PAdriatique des lagunes de lintérieur. Cette plage primitive, dont le développement était d'environ deux cents kilomètres, existe encore partiellement : les lidi de Venise et de Comacchio, percés de distance en distance par des brèches qui Taissent entrer li marée vivifiante et servent de ports aux navires, sont les restes de ce Httoral extérieur, En d'autres endroits, ce n'est plus dans la mer, c'est sur la terre ferme qu'il faut en chercher les traces. Ainsi la pénin-
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