‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 231 sur 545 · FLORENTINS · texte numérisé non relu

FLORENTINS

Quels hommes ont exercé dans le monde de l'intelligence et des arts une action plus puissante que Giotto, Orgagna, Masaccio, Michel-Ange, Léonard de Vinci, Andrea del Sarto, Brunellesehi, Dante, Savonarole, Galilée, Macchiavel? C'est aussi un Florentin, Amerigo Vespueci, qui a donné son nom au continent nouveau découvert de l'autre côté de l'Atlantique. On a voulu voir une injustice de la destinée, où même l'effet d'une odicuse supercherie des hommes dans cette substitution du om du géographe el voyageur astronome Amerigo à celui du marin Colomb dans lappellation du Nouveau Monde; mais au point de vue de lhistoire, c’est justice qu'il en soit ainsi. L'Espagne monarchique gardait jalousement le secret de ses découvertes; il est done tout naturel que son représentant en ait partiellement perdu l'honneur. Mais Florence, la ville républicaine où la science était le plus aimée pour elle-même, où les récits de voyages trouvaient le plus de lecteurs et d'où les nouvelles se répandaient le plus librement en Europe, n'avait aucun intérèt à cacher dans ses archives les récits et les descriptions de son fils Amerigo. C’est par ses écrits, et notamment par sa fameuse lettre de 1505, que le grand événement de la découverte obtint le plus de prise sur l'esprit de ses contemporains ; on traduisit en toutes les langues ce merveilleux récit, la description à la fois savante el imagée de ces contrées, «€ qui doivent être prochaines du paradis terrestre, S'il en existe un sur la Terre, » et par suite on en vint tout naturellement à donner le nom du savant florentin au Nouveau Monde. D'ailleurs, Colomb prétendit jusqu'à sa mort avoir découvert le Japon et les côtes orientales de l'Asie, tandis que Vespucci, dès l'année 1901, donnait le nom de novus mundus au continent nouvellement découvert. En 1907, Martin Waldzemüller, de Saint-Dié, avait formellement proposé la dénomination d'Amérique, ralifiée par ses contemporains et la postérité. C'est aussi à l'immense privilége de sa liberté, au génie de ses écrivains, à l'influence exercée par ses poëtes sur le développement intellectuel de F1 lie que Florence doit d'avoir donné son dialecte à la Péninsule entière, des Alpes à la mer de Sicile. Évidemment, ce n’est point une ville éloignée du centre, telle que Gènes, Venise où Milan, Naples, Tarente ou Palerme, qui aurait pu faire de son idiome la langue policée de tous les Italiens ; mais. au premier abord, on s'étonne que Rome, l'antique cité reine, celle d’où le latin vint s'imposer au monde, n'ait pas devancé Florence dans la création de l'italien littéraire : c’est qu’au lieu de vivre de la libre vie des républiques italiennes, elle s'attachait, au contraire, au eulte du passé ; la langue même qu'elle s’efforçait de maintenir était morte. La cité des papes n'avait d'autre littérature que des actes rédigés en un latin plus ou moins bien

imité de celui de Cicéron. À Rome, l'italien populaire devait rester un palois, tandis qu'à Florence il devenait une langue, en dépit de l'accent guttural légué par les Étrusques, et les Romains n'ont eu que la part, d'ailleurs fort importante, de donner à cette langue leur belle prononciation musicale. On sait quel charme de poésie délicate et pure s’exhale des ritornelli chantés dans les veillées par les paysans de la Toscane ; on sait aussi de quelle puissance a été le beau dialecte florentin pour l'instauralion de Falie au nombre des peuples autonomes. Les fanatiques de Dante ont raison, jusqu'à un certain point, de dire que l'unité nationale était fondée d'avance du jour où le grand poëte avait forgé sa belle langue sonore et ferme de tous les dialectes parlés dans la Péninsule. N'est-ce pas dans l’admirable idiome florentin, et à Florence même, que de 1815 à 1830, se prépara par la littérature et la propagande ce grand mouvement intellectuel d'où sortit en grande partie lindépendance politique de la nation ?

De même que la position géographique de la Toscane fait comprendre en grande partie l'influence qu'elle a exercée sur lftalie et sur le reste du monde, de même sa configuration intime explique son histoire particuhère. L'Apennin, FAnti-\pennin et les groupes de montagnes qui s'élèvent au sud de Pro la divisent en de nombreux bassins séparés où devaient naître des républiques distinetes. Au temps des Tyrrhéniens, l'Étrurie était une confédération de cités; au moyen âge et jusqu'aux approches des temps modernes, où se sont formées les grandes agglomérations politiques, la Toscane fut un ensemble de démocraties, tantôt alliées, tantôt en lutte, mais très-semblables les unes aux autres par le génie. Depuis, les changements de toute espèce qui se sont produits dans les conditions politiques et économiques du pays ont fait varier singulièrement limportance et la populaiion des communes, mais la plupart des cités libres du moyen îge et même quelques-unes de celles que fondèrent les anciens Étrusques ont gardé un rang considérable parmi les villes provinciales de l'Italie.

Florence (Firenze), qui naguère fut la capitale de passage du royaume et qui reste Fun de ses chefs-lieux naturels, n'est pas une de ces fondations des antiques Tyrrhéniens; simple colonie romaine, elle est d’un âge moderne, en comparaison de tant d'autres localités italiennes. Durant tout l'empire, elle fut sans grande importance ; la dominatrice de la contrée était la vieille cité de Fiesole, qui s'élève au nord sur les collines et que les Florentins devaient ruiner un jour et priver de ses colonnes et de ses statues pour en

enrichir leurs propres monuments, L'aceroissement rapide de Florence pen-

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