CLIMAT ET POPULATIONS DU NAPOLITAIN
celles de nos hètres. Même la roche à peine saupoudrée de terre végétale et sans humidité apparente est d’une grande fertilité; maint promontoire aux falaises verticales porte sur ses terrasses de culture des vignobles et des vergers aux excellents produits. Avec la Sicile, PAndalousie, certains districts de la Grèce et de l'Asie Mineure, le Napolitain est vraiment Pidéal de la zone chaude tempérée; seulement quelques steppes du versant adriatique, et les hautes vallées des Apenns, qui rappellent le centre de l'Europe, contrastent avec la magaificence de végétation du littoral.
Cet admirable pays est habité par une population d’origine très-diverse. Sans remonter jusqu'aux âges mythiques, on trouve les éléments les plus distinets parmi les peuples qui se sont entremèlés pour former les Napoiïitains actuels.
I y a deux miile trois cents ans, les Samnites occupaient non-seulement les Apennins, mais encore toute la largeur de la Péninsule, d’une mer à l'autre mer. Plus nombreux que les Romains, maîtres d’un territoire plus étendu, ils seraient devenus les conquérants de l'Italie, s'ils avaient eu la cohésion, l'esprit d'organisation, la discipline qui faisaient la force de leurs adversaires; mais, divisés en cinq groupes distincts, parlant cinq dialectes italiques différents, ils ne possédaient pas une individualité nationale assez précise. Les Samnites de la montagne se disputaient avec leurs frères de la plaine; ceux qui avaient gardé la barbarie de leurs anciennes mœurs étaient en guerre ouverte avec les Samnites hellénisés qui vivaient dans le voisinage des cités grecques du littoral.
Tous les rivages méridionaux de la péninsule italique, depuis l'antique ville de Cumes, fondée, plus de mille ans avant notre ère, par les Cuméens de l'Asie Mineure, jusqu’à Sipuntum, dont il reste quelques ruines, au sud de la moderne Manfredonia, étaient bordés de villes grecques. Dans ces régions du midi de ltalie, le fond de la population diffère beaucoup de celui des autres parties de la Péninsule, Tandis que les éléments celtiques, étrusques, latins dominent au nord du Monte Gargano, ce sont les Hellènes, les Pélasges et des races alliées qui semblent avoir eu la prépondérance dans les contrées du sud. Non-seulement les Grecs civilisés, loniens et Doriens, y avaient fondé assez de colonies jour en faire une € Grande Grèce », mais les indigènes eux-mêmes, les lapygiens barbares, parlaient un idiome que lon croit avoir été très-rapproché de la langue hellénique; peut-être Fhypothèse de Mommsen, qui voit en eux les descendants de tribus de même origine que les Albanais du littoral opposé de l'Adriatique, est-elle fondée; mais, en
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tout cas, ils étaient les parents des Grecs par la race, et cette parenté facilita la rapide hellénisation du peuple.
Plus tard, tous les méridionaux de l'Italie, descendants des Iapygiens et des Grecs, eurent à s’incliner devant la toute-puissance de Rome et à recevoir ses vétérans et ses colons, mais ils ne se latinisèrent point complétement. Eux qui avaient donné à Rome presque tous ses premiers auteurs et ses maîtres en poésie, Andronicus, Ennius, Nævius, ne se prêtérent que difficilement à parler la langue des conquérants. Après la chute de l'empire romain, l'autorité des Césars de Constantinople, qui put se maintenir encore longtemps dans l'Italie méridionale, rendit au grec son rang d’idiome prépondérant, puis les patois romanisés reprirent peu à peu le dessus. Mais l'ignorance mème et la barbarie dans laquelle retombèrent les habitants des contrées à demi grecques ne leur permirent pas de se faire au nouveau milieu qui les entourait ; ils conservèrent partiellement leur langue et leurs irs, et, de nos jours encore, plusieurs districts des provinces méridionale. ne sont italiens qu'en apparence; on cite même huit villages de la Terre d’Otrante où l’on parle le dialecte hellénique du Péloponèse ; mais les habitants du pays sont probablement les descendants de fugitifs du moyen âge. Ce n’est point sans raison que la mer de Tarente a toujours son nom de mer lonienne, En gardant leurs sonores appellations grecques, Naples ou Napoli, Nicastro, Tarente, Gallipoli, Monopoli ont aussi gardé dans leur population bien des traits qui font penser aux temps de la Grande Grèce.
De toutes les cités du Napolitain, Reggio où « la Ville du détroit » (de la Rupture) est, paraît-il, celle où l'usage du gree s'est conservé le plus longtemps; vers la fin du treizième siècle, les patriciens de la ville, qui se vantent tous d'être de pure race ionienne, parlaient encore, dit-on, la langue de leurs ancêtres, Dans plusieurs villages de l'intérieur, où ni le commerce, ni les invasions guerrières ne sont venus modifier les anciennes mœurs, le grec était naguère l’idiome du pays; des chants recueillis à Bova, bourgade située non loin de la pointe méridionale de l'ftalie, sont en beau dialecte ionien, plus rapproché, dit-on, de la langue de Xénophon que le romaïque de la Grèce. Récemment encore, à Roccaforte del Greco, à Condofur, à Cardeto, le grec était parlé par tous les paysans, et lorsqu'on les
appelait devant les tribunaux comme témoins ou comme accusés, les magistrats devaient être assistés d’un interprète. Actuellement tous les jeunes gens parlent italien; la langue maternelle est oubliée, mais le type se conserve encore, À Cardeto, hommes et femmes, surtout celles-ci, sont d'une beauté remarquable € ce sont toutes des Minerves, » dilun historien du pays.
Leur principal métier, source de bien-être dans leur village, est de servir
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