‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 311 sur 545 · MONTAGNES ET COTES DE LA SARDAIGNE. LH · texte numérisé non relu

MONTAGNES ET COTES DE LA SARDAIGNE. LH

où des coquilles de la Méditerranée, semblables à celles qui vivent actuellement dans la mer, se mêlent à des poteries et à d’autres produits du travail humain. D'après lui, ces plages, situées respectivement à 74 et à 98 mètres de hauteur, se seraient ainsi exhaussées depuis que l'homme a commencé d'habiter le pays. Par contre, certaines localités se seraient abaissées audessous du niveau de la mer : telles sont les anciennes villes phéniciennes de Nora, au sud-ouest de Cagliari, et de Tharros, sur la péninsule septentrionale du golfe d’Oristano ; les antiquités qu'on yÿ à découvertes étaient partiellement immergées.

Parmi les fleuves que les Sardes énumèrent complaisamment, il en est un seul, le Tirso où Fiume d’Oristano, qui puisse prétendre à ce titre par la masse de ses eaux et la tranquillité de son cours inférieur. D’autres rivières, dont le bassin est presque aussi étendu, mais qui n'ont pas pour les alimenter les neiges du Gennargentu et les pluies qui ruissellent sur les flancs occidentaux de la grande chaîne, ne sont guère que des torrents, qui tantôt débordent sur les campagnes, tantôt glissent en minces filets d’eau entre les touffes de lauriers-roses. La plupart des ruisseaux descendus des montagnes de l'intérieur sont absolument à see pendant huit mois de année, et mème durant les pluies ils n'atteignent pas la mer; leurs eaux se mêlent à celles des étangs du littoral. Îen est un cependant qui reçoit de gros bateaux à son embouchure, grâce aux travaux d'amélioration entrepris à diverses époques : c’est le Fiume ou torrent de Bosa, entre Alghero et Oristano.

Tous les étangs de la Sardaigne sont saumâtres où salés. Les plus vastes communiquent librement avec li mer, du moins pendant la saison pluvieuse, par des passages où € graus » qu'ouvre le trop-plein de Ta masse liquide. Mais il en est aussi qui reçoivent de trop faibles cours d'eau pour qu'ils puissent déblayer un chenal à travers les sables de la plage; néanmoins ces étangs n'en restent pas moins salés et la percolation souterraine des eaux marines les maintient au mème niveau. Enfin, les étangs situés loin de la mer dans l'intérieur des plaines ont également leur eau saturée de substances salines, à cause de la nature des terrains, jadis immergés, qui les entourent, Ils se dessèchent d'ordinaire en été sous l’ardeur du soleil et leur Hit est recouvert d'une couche de sel blane, semblable à une neige légère, Cette poudre saline est trop fine et trop mélangée d'éléments impurs pour que le fise puisse s'en emparer et la revendre aux habitants, mais au moins travaille-t-1l à la rendre inserviable. Naguère les commis de la gabelle avaient la coutume barbare d'employer en corvées les villageois et les troupeaux des environs pour les faire passer dans tous les sens sur le lit de l’étang et mèler ainsi par leur piétinement le sel avec l'argile et la

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boue. Les seuls marais salants exploités en grand sont actuellement ceux de Cagliari et ceux de Carlo-Forte, dans File de San Pietro. La compagnie française qui en a la concession en retire chaque année près de 120,000 tonnes. Plusieurs centaines de ses travailleurs sont des forçats que lui à prètés le bagne de Cagliari.

Les étangs et les marécages des côtes entourent l'île presque tout entière d'une zone de miasmes à laquelle s'ajoutent les exhalaisons des vallées fluviales où les eaux d'inondation serpentent au hasard. Les vents apportent ces éffluves impures jusque sur les pentes élevées des monts, et lon voit des malheureux tremblant la fièvre, même sur les hautes Alpes de l'intérieur, Les brouillards qui s'élèvent fréquemment de ces étentues d'eau et qui rampent pendant les heures du matin, contribuent par leur humidité malsaine à la propagation des maladies, d'autant plus que, dans le voisinage des étangs, les arbres et même les arbrisseaux, qui pourraient arrêter le passage des miasmes, manquent presque complétement. Dans plusieurs districts, les étrangers qui respirent en été l'atmosphère empoisonnée des marais sont à peu près certains de succomber, Par Pinsalubrité de son liltoral, où toutes les eaux croupissent, même celles des puits et des sources, la Sardaigne est la contrée la plus infortunée de toute Fltalie : € lintempérie » sévit sur un quart environ de la superficie de File. Quoique, par une sorte de compensation, les Sardes soient relativement indemnes du rachitisme, de même que de la pellagre, cette maladie si commune au pied des Alpes, quoique le crétinisme soit à peu près inconnu dans les hautes vallées de l'île, cependant le fléau de Ta malaria suffit pour retarder les progrès de La Sardaigne et la maintenir dans un état de grande infériorité relativement aux autres provinces italiennes, La fuble population de Pile, et probablement aussi linertie intellectuelle de Ta plupart des habitants, s'expliquent en grande partie par l'extrême insalubrité du littoral.

Iest certain que depuis l'époque romaine cette insalubrité s'est accrue par suite de Pextension que les habitants ont laissé prendre aux eaux vagues ; mais à l’époque de la plus grande prospérité de Pile, alors qu'elle était un des principaux greniers de Rome et lui expédiait en abondance ses fromages, sa viande de pore, ses laines et ses étoffes, le plomb, le cuivre et le fer, ses côtes étaient aussi réputées comme des lieux mortels, et les empereurs ÿ envoyaient en exil ceux dont ils tenaient à se débarrasser, Alors, comme de nos jours, les propriétaires terriens ne séjournaient jamais dans les campagnes vers la fin de lété : dès la mi-juin, ils S’enfuyaient dans les villes pour se mettre à l'abri des murailles contre le mauvais air, Les employés italiens, que le gouvernement à nommés par

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disgrâce aux postes dangereux de Pile, se considèrent pour la plupart comme des condamnés à mort, et ceux qui n'obliennent pas de passer des mois de congé dans les localités plus salubres succombent, en effet, presque tous, Quant aux habitants des villages, acclimatés de génération en génération, ils sont néanmoins obligés de prendre les plus grandes précautions pour éviter la fièvre. De tout temps ils ont essayé de se garantir par d'épais vêtements de cuir tanné où non lanné qui présentent aux rayons du soleil, de même qu'à la pluie, au brouillard et à la rosée du malin, une surface impénétrable, Pour résister au mauvais climat, c'est précisément quand il fait le plus chaud que le paysan est le plus lourdement vêtu : par sa longue Loison où mastruca, qui lui donne une certaine ressemblance avec le pâtre roumain, le Sarde se fait une sorte de climat intérieur qui le rend moins sensible aux impressions du dehors.

Les géographes de Fantiquité, eLeomme eux les habitants de la Sardaigne, disent qu'une des grandes causes de Finsalubrité de File provient de la rareté des vents du nord-est. D'après la croyance populaire, les monts de Linmbarra qui s'élèvent au nord agiraient comme une sorte d'écran el changeraient, au détriment de toute li basse Sardaigne, la direction du vent purificateur par excellence, 4 à probablement du vrai dans ce dire des anciens et des indigènes, car la bienfaisante € tramontane », qui pourtant est le vent normal du pôle, la nappe descendante des alizés, ne souffle que rarement dans la partie méridionale de Pile ; a triple barrière des Apennins, des monts de Corse et du chainon de Limbarra, ou, ce qui parait plus probable, appel des brûlants déserts de Libye, linfléchissent dans Ta direction du sud. De même, le vent équatorial où contre-alizé, connu en Sardaigne sous le nom de libeccio, est peu fréquent, et quand il soufiie, c’est avec une violence de tempête.

Par une sorte de torsion que les conditions météorologiques spéciales de la Méditerranée et du désert africain ont imprimée au régime des vents, il se trouve que les deux courants réguliers de la Sardaigne sont, non Îles vents du nord-est et du sud-ouest, mais précisément ceux qui soufflent à angle droit de ces directions normales. Ce sont le mistral (maestrale), qui vient du nord-ouest, c’est-à-dire des Cévennes et des Pyrénées, et le levante ou srocco, provenant des sables de Libye. Les Sardes méridionaux, qui redoutent fort ce dernier vent, lui donnent le nom de maledetto levante. Ce vent € maudit » s’est chargé d'humidité dans son passage sur la Méditerranée, el sa température est en réalité beaucoup moins élevée que ne le ferait supposer l'état d’accablement dans lequel il fait tomber l'organisme, Quant au maestrale, il est accueilli avec joie, à cause de l'énergie qu’il donne

au corps et de la santé qu'il apporte; d’ailleurs il souffle vraiment en maître, et les arbres soumis à sa violence ne peuvent s'élever qu'à une faible hauteur. En arrivant sur les côtes occidentales, il laisse fréquemment tomber une certaine quantité d'eau, que lui à fournie la Méditerranée, mais lorsqu'il atteint le golfe de Cagliari, il est déjà see. C'est à ce vent, ainsi qu'à la brise marine, que la capitale de la Sardaigne doit une température moyenne (16°,63) inférieure à celle de Naples, située pourtant plus au nord.

Les orages sont relativement assez rares en Sardaigne, et les fortes grèles, qui font ailleurs tant de ravages, sont presque inconnues dans l’île. Les pluies tombent surtout en automne et cessent d'ordinaire en décembre, pour faire place à une saison de sécheresse, la plus agréable de l’année à ause de la sérénité de l’atmosphère et de l'égalité de la température : ce sont les « jours aleyoniens » pendant lesquels, suivant les anciens poëtes, la mer se calme pour permettre à l'oiseau sacré de faire son nid. Mais ces

jours heureux et salubres de l'hiver sont suivis d’un triste printemps. Février, le € mois à double face » des marins sardes, apporte des froids capricieux, auxquels succèdent, en mars et en avril, les brusques alternalives du vent et de la pluie, de la chaleur et des froidures. Retardée par ce mauvais temps, la végétation de la Sardaigne est beaucoup plus lente que ne pourrait le faire croire la latitude méridionale de la contrée. Quoique à trois degrés en moyenne au sud du littoral de la Provence, les plantes n’y sont pas aussi tôt en fleurs,

La végétation de la Sardaigne ressemble à celle des autres îles de la Méditerranée. Dans les hautes vallées de l’intérieur et sur les pentes sans chemins, les forêts épargnées par les feux des pâtres consistent, comme celles de la Corse, en pins, et surtout en chênes et en chènes verts, mêlés

çà et là aux charmes et aux érables; des bois de châtaigniers, des bouquets de noyers superbes entourent les villages; les croupes, dont les hautes fulaies ont disparu, sont revètues de plantes odoriférantes et de fourrés d’arbrisseaux, parmi lesquels les myrtes, les arbousiers, les bruyères arborescentes se distinguent par leurs fortes dimensions : c'est dans ces fourrés que les abeilles préparent leur miel amer, tellement dédaigné par Horace. Dans le voisinage de la mer, lolivastro ou olivier sauvage, au trone penché, aux branches uniformément reployées vers le sud-est par le tempétueux mistral, recouvre de vastes étendues ineultes et n'attend que la greffe pour donner des fruits excellents. Tous les arbres fruitiers, toutes les plantes utiles du bassin de la Méditerranée trouvent en Sardaigne le terrain le plus propice; c’est avec une étonnante vigueur que poussent l’amandier et surtout loranger, introduit par les Maures à la fin du onzième ou au commencement du

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CLIMAT, VÉGÉTATION DE LA SARDAIGNE. ù'9

douzième siècle; les jardins de Millis, parfaitement abrités du mistral par l'ancien volcan de Monte Ferru, au nord d'Oristano, forment par leur ensemble une des plus belles forêts d’orangers du monde, peut-être la plus grande et la plus productive de tout le bassin de la Méditerranée : dans les années ordinaires les fruits d’or ÿ mürissent au nombre de soixante millions. Les vergers de Domus Novas, d’Ozieri, de Sassari sont aussi d’une étonnante richesse. Dans les campagnes méridionales de l'ile, partout où les champs cultivés gagnent sur les landes couvertes de cistes, de fenouils et d'asphodèles, ils s'entourent, comme en Sicile, de figuiers de Barbarie, aux lobes épineux; près des villes, surtout aux environs de Caglian, de nombreux dattiers déploient leurs éventails de feuilles. Par un singulier contraste, il se trouve que les palmiers nains manquent dans les plaines basses du sud de l’île, au climat presque africain, tandis qu’au nord, dans les solitudes d'Alghero, ils forment d'épais fourrés, pareils à ceux de l'Algérie. De même que les Maures, les indigènes sardes ont l'habitude d'en manger les racines.

Bien que toutes les plantes des terres voisines puissent facilement s’acelimater en Sardaigne, cette île est naturellement moins riche en espèces que les régions continentales situées sous la mème latitude. Ce phénomène d'appauvrissement est général dans toutes les îles; la faible surface du champ clos dans lequel les diverses espèces luttent pour l'existence à eu pour résultat nécessaire de faire succomber celles qui étaient le moins bien armées pour le combat ou dont les représentants étaient trop peu nombreux. En revanche, la plupart des îles qui sont nées en pleine mer et qui ne se sont point rattachées aux masses continentales les plus voisines, ont une florule spéciale que l’on ne retrouve pas ailleurs. Tel n'est pas le as pour la Sardaigne, qui probablement est le débris d’une terre de jonction entre l'Europe et l'Afrique. Quant à la fameuse plante dont parlent les anciens et qui, mangée par mégarde, causerait le rire € sardonique » et la mort, rien ne prouve que ce soit une herbe spéciale à la Sardaigne : Mimaut croit y reconnaitre, d'après la description de Pline et de Pausanias, la berle à larges feuilles (Sium latifolium).

Le nombre des animaux sardes est aussi beaucoup moindre que celui de leurs congénères du continent. Parmi les mammifères qui ne se trouvent pas en Sardaigne, on cite l'ours, le loup, le blaireau, la fouine, la taupe. On n’y voit pas non plus de vipères ni de serpent: ‘esimeux d'aucune espèce ; le seul animal dangereux qui se rencontre dans l'île est la tarentule (arza ou argia), dont la piqûre se guérit par la danse jusqu'à épuisement de forces ou par un séjour dans le fumier. La grenouille ordinaire, très-

commune sur le continent italien et mème en Corse, manque en Sardaigne, tandis que des papillons y représentent la part spéciale de File dans la faune européenne, En revanche, un animal que les chasseurs ont exterminé dans presque loutes les îles de Ta Méditerranée, et qui représente peut-être la race mère de nos brebis, le mouflon, habite encore les montagnes du système corsico-sarde, Au milieu du siècle dernier, eLencore au commencement de celui-ci, des chevaux redevenus sauvages parcouraient aussi Hibrement File de Sant Antioco, au sud-ouest de Ta Sardaigne ; des miriades de lapins peuplent les petites îles qui bordent Le Hittoral; entin

dans Pilot de Tavolara, table calcaire du golfe de Terranova, "t des chèvres farouches, aux longues cornes, aux dents d'un jaum ve, qui

descendent d'animaux domestiques abandonnés à une époque inconnue, L'ile de Caprera, illustrée par le séjour de Garibaldi, doit son nom aux troupeaux de chèvres qui la peuplaient jadis, et les animaux de mème espèce qu'on y a récemment introduits, sont devenus sauvages duns l'espace de quelques années.

Les naturalistes ont constaté que les races de mammifères sauvages habilant la Sardaigne sont toutes inférieures en taille à leurs congénères d'Europe. C'est une règle générale, à laquelle lt chèvre seule fait exception. Le cerf, Le daim, le sanglier, le renard, le chat sauvage, le Tièvre, le lapin, la martre, la belette sont tous beaucoup plus petits que les espèces du continent. en est de méme pour les animaux domestiques, à l'exception des pores, qui alteignent de grandes dimensions, surtout dans les êts de chênes, où ils vaguent pendant des mois entiers : une variété de € THIN se distingue par un sabot plein, qui devrait le classer parmi les sonpèdes, Aues et chevaux de Sardaigne sont relativement des nains. Mais tout petit qu'il est, le cheval sarde est un des animaux qui rendent le plus de services à l'homme, grâce à son extrême sobriété, à l'étonnante sûreté de son pied, à sa vigueur et à son endurance : si l'art de l'éleveur réussissait à lui donner l'élégance de formes, la race chevaline de Sardaigne serait certaine ment l'une des plus appréciées de l'Europe. Quant aux ânes, à peine plus grands que des mâtlins, ce sont de vaillants petits animaux. En beaucoup d'endroits, notamment dans les faubourgs de Cagliari, le bourriquet domestique partage avec ses maîtres la chambre unique de la masure. C'est lui qui est la véritable richesse de la famille. Attelé au manëége qui occupe le milieu de la chambre, la tête revêtue d'un bonnet qui lui couvre les yeux, il tourne lentement pour moudre le grain. Rien n’est changé depuis l'époque romaine : tels étaient les moulins représentés sur les bas-reliefs du Vatican.

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