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FLORE, FAUNE, POPULATION DE LA SARDAIGNE

La Sardaigne est peut-être la contrée de l'Europe occidentale La plus riche en monuments préhistoriques, Cemme en Bretagne, il s'y trouve de nombreux megalithes dits « Pierres des Géants », « Autels », € Pierres Longues » où € Pierres Fichées », et vierges du eiseau pour la plupart: mais les dolmens ÿ sont rares : on n'en cite même qu'un seul à l'égard duquel il n'y ait pas de doute possible, Parmi ces monuments des âges inconnus il s'en trouve peut-être qui rappellent le culte de quelque divinité d'Orient, car les Phéniciens et les Carthaginois séjournèrent longtemps dans l'île; ils y fondèrent d'importantes cités, Caralis, Nora, Tharros, et mème, à l'époque romaine, des inscriptions puniques étaient gravées sur les tombeaux; après une heureuse trouvaille faite dans les ruines de Tharros par un lord anglais, les chercheurs de trésors se précipitèrent par milliers vers celte presqu'île du littoral d'Oristano et y découvrirent, en effet, un grand nombre d'idoles en or et d'autres objets, égyptiens pour la plupart, qu'avaient apportés les commerçants de Phénicie, Mais les principaux témoignages de la civilisation des anciens Sardes sont de véritables édifices, les fameux nuraghi. Hs se montrent de loin, pyramidant au sommet des collines comme les débris de vieilles forteresses, Le plateau de la Giara, table calcaire d'une extrème régularité qui s'élève non loin du centre de l'île, au nord de la plaine du Cumpidano, porte une de ces masures à chaque bastion naturel de son pourtour; ovale déchiqueté que forme le rebord du plateau est ainsi défendu par une véritable enceinte de nuraghi. Dans toutes les parties de l'île se trouvent des monuments semblables, tantôt disposés avec ordre, tantôt bâtis comme au hasard, Le nombre des nuraghi reconnaissables s'élève à près de quatre mille, et pourtant que de vestiges de ces édifices doivent avoir été nivelés par Le temps! C'est dans les régions du basalte, principalement au sud de Macomer, qu'ils sont le plus nombreux et le mieux conservés. Rarement on les trouve isolés ; ils s'élèvent par groupes et pour la plupart en des pays de culture, loin des steppes arides.

On a beaucoup diseuté sur l'origine des nuraghi et l'usage auquel ils servaient autrefois : pour les uns ces constructions étaient des temples, pour les autres des tombeaux, des «€ tours du silence », des lieux sacrés où l'on adorait le feu, des tours de refuge, des foyers de géants. Phéniciens, Troyens et Ibères, Tyrrhéniens, Thespiens et Pélasges, Cananéens, Orientaux d'origine inconnue, antédiluviens même, ont été évoqués par les divers éerivains comme les bâtisseurs probables de ces mystérieux édifices. Grâce à l'infatigable explorateur des antiquités sardes, M. Spano, la plupart des archéologues n’ont plus de doute aujourd'hui que sur le nom des architectes ;

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l'emploi des constructions elles-mêmes serait connu : les nuraghi auraient été des demeures et leur nom phénicien significrait tout simplement « maison ronde ». Les plus grossièrement construites, qui résistent peut-être depuis quarante siècles et davantage à l'action des intempéries, ne renferment qu'une seule chambre intérieure; elles dateraient de l'âge de pierre et, comme habitations humaines, elles représenteraient l'âge de la civilisation qui suivit la période des troglodytes. Les nuraghi relativement modernes,

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qui furent éditiés pendant l'âge du bronze où même à l'époque du fer, sont maçonnés avec beaucoup plus d'art, quoique sans ciment, et se composent de deux ou trois chambres superposées où lon monte par une espèce d'escalier formé de grosses pierres. Quelques-uns des rez-dechaussée sont assez grands pour contenir quarante où cinquante personnes, et sont, en outre, précédés d’antichambres, de réduits et de petits bastions semi-cireulaires, Celui de Su Domu de 'Orcu, près de Domus Novas, récemment démoli, se composait de dix chambres et de quatre cours:

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c'était une forteresse en même temps qu’un groupe de maisons ; il pouvait contenir plus d'une centaine de personnes et soutenir un siège. Telles sont encore de nos jours les demeures de beaucoup d’Albanais en Turquie et celles des Souanètes dans les vallées du Caucase.

Les débris de toute espèce accumulés dans le sol des nuraghi ont fourni une multitude d'objets qui racontent la vie des anciens habitants de ces constructions et témoignent de leu: civilisation relative. Tandis que les couches inférieures contiennent seulement des outils, des armes en pierre ct des poteries faites à la main, les amas de débris plus élevés, et par conséquent plus modernes, renferment déjà beaucoup d'objets en bronze. Dans le voisinage de tous les nuraghi se tronvent d'autres monuments de construction cyclopéenne : ce sont les « tombes des géants ». En les nommant ainsi, les indigènes ne se sont trompés qu’à demi : ces amas de pierre placés à l'extrémité d’un hémicyele de blocs massifs sont, en effet, des sépultures; tous ceux qu'a fait ouvrir M. Spano contenaient des cendres humaines.

Les Sardes n'ont peint de traditions relatives aux anciennes demeures des aborigènes; quoique fort superstitieux, ils ne racontent même pas de légendes au sujet de ces ruines; tout au plus en attribuent-ils la construc- Uon au diable, et c'est là tout. Sans doute ce silence du peuple provient de ce que les conquêtes successives de l'île et les massacres en grand ont rompu toute tradition nationale. Dans leurs guerres contre les indigènes, les Carthaginois étaient impitoyables, puis, durant les premiers siècles de l'occupation romaine, les tueries et les déportations en masse firent disparaître une grande partie de la population première, que des colons volontaires et surtout de nombreux bannis vinrent remplacer. Dans ces conditions, tout souvenir de l'ancienne histoire du pays devait nécessairement se perdre.

De la multitude des suppositions qui ont été faites sur l'origine des anciens Sardes, celle qui paraît le mieux répondre à l'apparence physique des insulaires actuels les rattache au groupe des Ibères ; mais. historiquement, ce sont des autochthones, Ils sont en général de petite taille, comme si l'influence du climat qui a rapetissé tous les animaux sauvages et domestiques, avait eu prise également sur eux; mais ils ont le corps selle et de belles proportions, la taille fine, les muscles solides; leur chevelure et leur barbe, toujours noires, sont très-abondantes et persistent d'ordinaire jusque dans l'extrème vieillesse. Également gracieux et forts, les Sardes des deux provinces diffèrent un peu les uns des autres par les traits du visage : ceux du nord ont d'ordinaire la figure plus ovale et le nez plus aquilin, tandis que ceux des environs de Cagliari, plus mélangés peut-

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ètre, ont moins de régularité dans les traits et les pommettes fort saillantes. A cet égard, comme à beaucoup d’autres, il y a contraste entre les populations des deux parties ou « caps » de l'ile.

Les habitants de l’intérieur de la Sardaigne sont peut-être, de tous les Européens, ceux qui ont le plus maintenu la pureté de leur race depuis le commencement du moyen âge. Sans doute ils comptent parmi leurs ancêtres bien des peuples divers, mêlés à la nation mystérieuse qui éleva les nuraghi; mais, après l'époque romaine, la plupart des invasions violentes et les immigrations d'étrangers s’arrètèrent au littoral; elles refoulèrent les indigènes dans les hautes vallées des montagnes et ne les suivirent point dans ces retraites. À l'exception des Vandales, dont la furie s'était déjà calmée, les terribles hordes de Germanie qui ravagèrent presque toutes les autres contrées de l’Europe occidentale épargnèrent la Sardaigne, et cette ile put ainsi garder sa population, ses mœurs et sa langr 2 envahisseurs, maures, pisans, génois, calalans, espagnols, ne se mél. gèrent qu'avec les habitants des côtes : on ne signale qu’une seule exception, celle des Barbaricini, qui habitent, précisément au eentre de l'île, la contrée montueuse appelée de leur nom Barbagia. On croit voir en eux les restes d’une tribu berbère chassée de l'Afrique par les Vandales et repoussée dans l’intérieur à la suite de longues guerres avec les indigènes. Quand ils vinrent dans le pays, ils étaient encore païens, et devenus les voisins des Ilienses, qui étaient également idolâtres, ils se fondirent avec eux; leur conversion date seulement du septième siècle. Les femmes de la Barbagia portent encore un costume sombre qui rappelle celui des Berbères.

De tous les idiomes d’origine latine, le sarde est de beaucoup celui qui ressemble le plus à la langue des Romains, non par la grammaire, qui diffère beaucoup, mais par les mots eux-mêmes : plus de cinq cents termes sont absolument identiques. Des phrases nombreuses du langage usuel sont à la fois latines et sardes ; mème des rimailleurs ont pris à tâche d'éecrire des poëmes entiers appartenant à l'une et à l’autre langue. Quelques mots grecs qui ne se trouvent pas dans les autres idiomes latins se sont aussi maintenus dans le sarde, soit depuis le temps des anciennes colonies grecques, soit depuis l'époque byzantine ; enfin on cite deux ou trois mots usités en Sardaigne et qui ne peuvent se rattacher à aucun radical des langues européennes : ce sont peut-être des restes de l’ancienne langue des autochthones. Les deux dialectes principaux du langage sarde, celui de Logoduro dans le nord de l'île et celui de Caghari, sont directement dérivés du latin, comme l'italien lui-même et l'espagnol, mais peut-être sont-ils plus rapprochés de ce dernier, En outre, la ville de Sassari et quelques

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