FLORE, FAUNE ET HABITANTS DE LA CORSE
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des chiffres trompeurs, car de vastes étendues elessées sous la dénomination de forêts n'ont plus que des broussailles. 1 mr'existe plus que trois groupes de forêts vraiment belles, celur de la haute Balagna, au nordouest, celui du Valdoniello et d'Aïtone, sur les pentes occidentales du massif de Monte Rotondo, et la Barella, dans les montagnes qui s'élèvent à l'ouest de Sartène,
Au-dessus de la zone des forêts S'étendent les pâturages nus où paissent les moutons et les chèvres pendant l'été, et se dressent les rochers où se cache encore çà el là le mouflon, cet animal d'une étonnante agilité que l'on trouve aussi en Sardaigne et dans l'île de Chypre. Les bergers ont remarqué que le sanglier, d'ailleurs assez commun dans les montagnes de la Corse, ne se rencontre jamais dans les lieux fréquentés par le mouflon; quant au loup, c'est un animal inconnu dans l'île, et l'ours en à disparu depuis plus d'un siècle, Les renards, qui sont de forte taille, et les cerfs, qui sont, au contaire, petits et fort bas sur jambes, complètent la faune sauvage des forêts de la Corse, L'araignée malmignata, dont la morsure est quelquefois mortelle, est probablement Ta même que l'espèce sarde et toscane ; la tarentule, qui se trouve aussi dans l'île, est celle du Napolitain : mais on dit que la fourmi venimeuse appelée anna fantalo appartient à la faune spéciale de l'ile,
On ne sait quelle est l'origine première desaneiens habitants de la Corse, Ligures, lbères ou Sicanes. L'île n'a pas de nuraghi, comme sa voisine la Sardaigne; elle n'a pas non plus ces multitudes d'idoles et d'objets divers qui permettent de reconnaitre dans la nuit des temps passés les usages. les mœurs ét, jusqu'à un certain point, là parenté des anciens habitants du pays; mais il existe, dans le voisinage de Kartène eten d'autres parties de l'île, quelques dolmens où stazzone, des menhirs ou stantare, el même des restes d’avenues de pierres levées, absolument semblables à celles de Ha Bretagne et de l'Angleterre, quoique d'un aspect moins grandiose, Iles done tout naturel de croire que des populations de même origine ont élevé ces monuments, aussi bien dans Pile que sur le continent et dans la Grande- Bretagne. On leur attribue les noms de localités corses qui ne sont pas dérivés du latin.
C'est au centre de Pile, on le comprend, que la race a dû se conserver dans sa pureté primitive ; les hommes de Corte et les superbes montagnards de Bastelica surtout se vantent d'être les Corses par excellence, En s'élotgnant de Bastia, où le type est tout italien, on est surpris de voir que les
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Ü38 NOUVELLE GÉOGRAPITE UNIVERSELLE.
grands traits, les figures allongées, deviennent fort rares, D'après Mérimée, le Corse des districts du centre à a face large et charnue, le nez petit, sans
forme bien caractérisée, le teint clair, les cheveux plus souvent châtains
que noirs, Sur les côtes, des colonies d'immigrants étrangers ont fortement modifié le type primitif. Après les Phocéens et les Romains, puis après les Sarrasins, qui ne furent définitivement chassés qu'au onzième siècle, sont venus les Italiens et les Français ; Calvi et Bonifacio étaient des cités génoises; près d'Ajaceio, à Carghese, se trouve même une colonie de Maïnotes grecs, qui, sous la conduite d'un Comnène Stephanopoli, durent quitter le Péloponèse à la fin du dix-septième siècle et qui parlent maintenant les trois langues, le grec, l'italien, le français; mais, en dépit de ces croisements, les Corses, pris en masse, ont gardé, comme presque tous les peuples des îles, une grande homogénéité de caractère, L Corsi meritano la furea e la sanno sofrire (les Corses méritent le gibet et le savent souffrir), disait un proverbe génois, que Paoli aimait à citer plaisamment, avee un certain orgueil, L'histoire témoigne de leur patriotisme, de leur vaillance, de leur mépris de la mort, de leur respect de la foi jurée ; mais elle raconte aussi leurs folles ambitions, leurs rivalités jalouses, leurs furies de vengeance, Vers le milieu du siècle dernier, la vendetta, qui régnait entre les familles de génération en génération, coûtait chaque année à la Corse un millier de ses enfants; des villages entiers avaient été dépeuplés ; en certains endroits, chaque maison de paysan était devenue une citadelle crénelée où les hommes se lenaient sans cesse à l'affût, tandis que les femmes, protégées par les mœurs, sortaient librement et vaquaient aux travaux des campagnes. Terribles étaient les cérémonies funèbres quand on apportait à sa famille le corps d'un parent assassiné, Autour du cadavre se démenaient les femmes en agitant les habits rouges de sang, tandis qu'une jeune fille, souvent la sœur du mort, hurlait un er de haine, un appel furieux à la vengeance. Ces voceri de mort sont les plus beaux chants qu'ait produits la poésie populaire des Corses, Grâce à l'adoucissement des mœurs, les victimes de la vendetta deviennent de moins en moins nombreuses chaque année, La fréquence des scènes de meurtre pendant les siècles passés devait être attribuée surtout à la perte de l'indépendance nationale : l'invasion génoise avait eu pour résultat de diviser les familles. D'ailleurs la certitude de ne pas trouver d'équité chez les magistrats imposés par la force obligeait les indigènes à se faire justice eux-mêmes ; ils en étaient revenus à la forme rudimentaire du droit, le talion.
Le peuple corse, d'où sortit un maître pour la France, était pourtant un peuple essentiellement républicain, aussi bien par ses mœurs de sauvage in-
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Rat “ti POPULATION DE LA CORSE. és ei ; 1 dépendance que par la nature abrupte du pays qu'il habite, Les Romains sl ne réussissaient que difficilement à en faire des esclaves. Dès le dixième 1 ] s siècle, bien avant que la Suisse fût libre, la plus grande partie de la | Ù ‘ Corse formait, sous le nom de Terra del Comune, une confédération de com- ‘ £ munautés autonomes. La population de chaque vallée constituait une pieve | à ! (plebs), groupe à la fois religieux et civil, qui choisissait elle-même son à ï (pl M podestà et les «pères de la commune », Ceux-ci, à leur tour, nommaient le 1} ! ie « caporal », dont la mission expresse était de défendre les droits du peuple fl Qui envers et contre tous, De son côté, l'assemblée des maires faisait choix des À Fi] | « douze », qui devaient former le grand conseil de la confédération, Telle ! ! }ll élait la constitution qui n'a cessé de se maintenir plus où moins pendant | «il tout le moyen âge, en dépit des invasions ennemies et de la conquête, Au Je É dix-huitième ‘iècle, pendant les luttes que la Corse soutint héroïquement Li. 4 | contre Gênes et contre la France, elle se donna aussi par deux fois, en 1735 À cs Û 6 et en 1765, un régime bien autrement républicain que celui de la Suisse | } HA et prenant pour point de départ l'égalité absolue de tous les citoyens, Ce | TS
sont leurs institutions de « peuple libre » qui avaient donné à Rousseau le à pressentiment, non encore justifié, que « celte petite île étonnerait un jour au l'Europe ». Depuis cette époque, la perspective ouverte aux ambitions et bi } aux appétits des Corses par l'ère napoléonienne semble avoir eu pour résultat d’abaisser bien des caractères et de faire oublier les traditions histo-
riques de liberté, re !
Quoique la population de l’île ait doublé depuis le milieu du siècle der- MEN: nier, elle est encore relativement clair-semée ; la Corse est à cet égard un qe ï TEE
des derniers départements de la France’. Par un contraste remarquable,
le versant oriental de la Corse, le plus large, le plus fertile, et jadis le plus fin af peuplé, est aujourd’hui relativement désert, et la vie s'est portée sur le f no 1 versant occidental ; autrefois l'île regardait vers l'Italie; de nos jours elle s'est tournée vers la France. La salubrité de l'air et l'excellence des ports 41 1 : : , , 1 RU expliquent cette attraction exercée sur les habitants du pays par la mer LT occidentale. Sur la côte du levant, l'antique colonie romaine de Mariana 41: | f: 1 , , . . ÿ Le.:8 , Sri ts è RE à | n'existe plus, et l'emporium d’Aleria, d'origine phocéenne, n'était naguère 20 $ ÿ à ” ‘ ?. bad VER EX | qu’une ferme isolée près d’un étang malsain, On à souvent répété que cette ais: ville eut jadis jusqu’à 100,000 habitants ; mais l’espace recouvert des restes CHER de poteries romaines ne permet pas d'admettre qu'Aleria, quoique fort bien À hi HER 4 1 F 12) 1 Superficie de l'ile. . . . , . . . . . 8,748 kil, car. LR É 1 Population en 1740. . . . . . . . . 120,380 hab. 1 1$ ARE »n en1872. , . ,..,.. 60,000 » De » kilométrique, 4 4 . . . . 30 » { 8 ill PRE | ; 8 FÉREEHE | QE fi D
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située au débouché de la vallée du Tavignano, le principal cours d'eau de l'île, et vers le milieu précis de toute la côte orientale, ait jamais eu une population plus considérable que celle de l'une où de l'autre des villes principales de la Corse actuelle, Bastia et Ajaccio. Vers la fin du treizième siècle Aleria existait encore; a malaria n'en avait pas chassé tous les habitants. Le groupe de population se reconstituera facilement, grâce à l'extrême ferüilité du territoire environnant, quand l'asséchement des eaux slagnantes aura rendu au climat local la salubrité première ; mais c'est là une œuvre qui se fera peut-être longtemps attendre, si les insulaires seuls doivent travailler à la restauration de la contrée,
Les Corses ont une réputation d'indolence que méritent certainement la plupart d'entre eux, à en juger par le peu de cas qu'ils font des immenses ressources du pays. Les industries primitives de Ha pêche et de l'élève des lroupeaux sont celles qu'ils comprennent le mieux. En plusieurs districts, presque tous les travaux agricoles sont confiés à des journaliers italiens auxquels on donne le nom de Lucchesi où « Lucquois », parce qu'ils veaient tous autrefois de la campagne de Lueques; ces immigrants temporaires, qui sont parfois au nombre de 22,000, font toute la pénible besogne du sarelage, de la cueillette et de la moisson, puis s'en retournent dans leur pays avec leur salaire durement gagné, tandis que les propriétaires, appauvris d'autant, se croisent paresseusement les bras, Cependant, grâce à l'impulsion venue de France, on commence à s'occuper sérieusement de lPutilisation des richesses naturelles de Ta Corse, Les huiles, qui peuvent rivaliser avec les meilleurs produits de la Provence, et les vins, qui jusqu'à présent avaient été fort médiocres, sont préparés avec plus de soin et deviennent un objet d'échanges assez important!, Les fruits secs S'exportent aussi en quanlités croissantes et contribuent à développer un commerce maritime qui est déjà, dans son ensemble, celui d'un port français de troisième ordre*, Dans un avenir plus où moins rapproché la grande île méditerranéenne, dont les produits sont ceux de la Provence, deviendra pour la France tempérée un complément colonial, une sorte d'Algérie insulaire,
La Corse possède de nombreux gisements miniers, comme la Sar-
daigne sa voisine, mais il ne paraît pas que ses veines d'argent, de
cuivre, de plomb, de fer, d'antimoine, aient a même puissance que
1 Moyenne de la production annuelle :
Céréales... .., « + 950,000 hectolitres, Huiles 4... . 150,000 »
Vins... , . . . . . . «< . 000,000 »
2 Mouvement de la navigation dans les ports de la Corse : 6,600 navires jaugeant 450,000 tonnes,
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