‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 338 sur 545 · INDUSTRIE ET VILLES DE LA CORSE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE ET VILLES DE LA CORSE

celles des montagnes sardes, Naguère le minerai de fer était le seul ui fat l'objet d'une exploitation sérieuse : on l'utilisait pour d'importantes usines près de Bastia et de Porto Vecchio; maintenant on extrait le euivre de Castifao, dans les montagnes de Corte, et le plomb argentifire d'Argentella, près de l'He-Rousse. On travaille aussi quelque peu aux carrières de granit rouge et bleu, de porphyre, d'albâtre, de serpentine, de marbre, qui sont un des éléments les plus précieux de la richesse future de la Corse, Enfin les eaux minérales, qui sourdent pour la plupart au contact des roches primitives et des autres formations, attirent chaque année dans les vallées de l'intérieur un certain nombre de visiteurs et de malades; mais la seule source qui ait acquis jusqu'à maintenant une réputation européenne est celle d'Orezza, jaillissant dans cette région si pitloresque et si belle de la Castagnicsia, Elle verse en grande abondance une cau ferrugineuse et gazeuse à la fois, qui contient jusqu'à 2 litres d'acide carbonique dans Ÿ litre de liquide : on la boit généralement en Corse au lieu de l'eau ordinaire. Les médecins lui attribuent les vertus les plus efficaces contre une foule de maladies.

Mais, en dehors des richesses que renferme le sol de Ta Corse et de celles, bien plus considérables, que le travail de l'homui: pourra lui faire produire, l'île a les grands avantages que lui donne son climat pour attirer les étrangers et grandir ainsi l'importance de son rôle dans l'économie géuérale de l'Europe. Comme Nice, Cannes et Menton, la ville d'Xjaccio, le village d'Olmeto, tourné vers les côtes de Sardaigne, et d’autres localités de la Corse sont des résidences d'hiver. Quoique les visiteurs aient pour S'y rendre à braver le roulis et les tempêtes, cependant 1l'en vient chaque année un certain nombre qui contribuent à faire connaître cette terre si curieuse, l'une des contrées de l'Europe qui ajoutent à la beauté naturelle de leurs paysages le plus d'originalité dans les mœurs de leur population.

La ville principale de la Corse n’a plus le titre de chef-lieu : c'est Bastia, ainsi nommée d’une bastille génoise, bâtie vers la fin du quatorzième siècle, non loin de la € marine » du haut village de Cardo. Elle succéda comme capitale à Biguglia, qui fut elle-même l'héritière de Mariana, la cité de Marius. L'emplacement de la ville romaine est ignoré ; seulement la lradition désigne une vieille église abandonnée, près de la bouche du Golo, comme le lieu où fut située l’ancienne métropole. Biguglia n’a pas complélement cessé d'exister, mais ce n’est plus qu’un misérable village, où le vent porte les miasmes d’un vaste étang, reste d’un golfe où les Pisans remi-

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saient leurs galères. Bastia, située à quelques kilomètres au nord de ces deux anciennes capitales, à les mêmes avantages de position géographique : elle se trouve dans la partie de la Corse la plus rapprochée de l'île d'Elbe, de Livourne et de Gênes; elle est même à une vingtaine de kilomètres plus près que la ville d’Ajaccio du port français de Nice; de toutes les cités de File c’est Ja seule qui soit en communication facile avec le versant opposé, puisque, à 10 kilomètres à l’ouest, le golfe de Saint-Florent s’avance profondément dans les terres à la racine de la péninsule du cap Corse; enfin, grâce aux rapports fréquents avec l'Italie voisine, les habitants de cette partie de l'île sont les plus civilisés, les plus industrieux, ceux qui cultivent le mieux leurs :+rres. Aussi, quoique le petit port de Bastia soit naturellement l’un fes moins sûrs de l'île, est11 cependant l’un des plus fréquentés; 11 fait à Vui seul plus de la moitié du commerce de la Corse entière. On a dà l'aerandir récemment et faire sauter, pour la construction du môle, le beau rocher en forme de lion qui désignait l'entrée. En grandissant, la ville, pittoresquement bâtie en amphithéâtre sur les collines, perd aussi peu à peu sa vieille physionomie génoise pour se donner un aspect plus moderne, et parsème les jardins environnants de villas de plus en plus nombreuses.

Sur la rive occidentale de l'ile, le port le plus rapproché de Bastia, Saint-Floren‘, semblerait devoir faire un commerce assez considérable, grâce à sa posilion géographique et à l'excellence de son port; mais l'air des étangs y est mortel, et c’est plus au sud que se trouve, dans une région salubre et des plus fertiles, le principal marché de la Balagne, la ville de l’Ile-Rousse, ainsi nommée d’un éeueil voisin. Paoli la fonda en 1758 pour ruiner la ville de Calvi, restée fidèle aux Génois, et son but a été partiellement rempli. L'Ie-Rousse, ie port le plus rapproché de la France, expédie en abondance les riches produits de la Balagne, huiles, laines et fruits, tandis que la ville fortifiée de Calvi, bâtie sur les pentes de son rocher blanchâtre, n’est plus, malgré son titre de chef-lieu d'arrondissement, qu'une bourgade sans animation, en partie envahie par la malaria et dépassée en richesse et en population par le village de Calenzana, situe dans une vallée de l'intérieur. Toute la région de la côte qui s'étend au sud de Calvi jusqu'au golfe de Porto est presque complétement déserte ; mais il est à espérer que la nouvelle route taillée à travers les roches vives des promontoires aura pour conséquence le peuplement de la contrée et sa mise en culture : la fertilité naturelle du sol permettait d'en faire une autre Balagne, et nulle indentation de la côte n'est plus profonde que celle de Porto et n'offre de meilleurs abris.

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