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souvenir des Maures violemment expulsés où des chrétiens qui se sont re-
Urés devant le désert envahissant! Que de cités, que de villages dont les
édifices témoignent par la beauté de leur architecture et la richesse de
leurs ornements que lt civilisation locale était, y a des siècles, bien su-
périeure à ce qu'elle est aujourd'hui? La vie semble Sêtre enfnie de ces
pierres jadis animées! EL PEspagne elle-même, comme puissance politique,
n'est-elle pas un débris, comparée à ce qu'elle fut du temps de Charles- Quint ?
Dans son fameux ouvrage sur la Civilisation, Buckle cherche à expliquer
la longue décadence du peuple espagnol par diverses raisons, tirées, les unes
du climat et de la nature du sol, les autres de l'évolution historique. La
sécheresse d’une grande partie du territoire, les vents âpres qui sur les
plateaux succèdent aux chaleurs extrêmes, là fréquence des tremblements de terre dans certains districts, telles sont les principales causes d'ordre matériel qui ont contribué à rendre les Espagnols superstitieux et paresseux d'esprit; mais la cause suprême et fatale à été la longue suite de guerres religieuses qu'ils ont eues à soutenir contre leurs voisins. Dès l'origine de la monarchie, les rois visigoths défendirent avec acharnement larianisme contre les Franes ; puis, quand les Espagnols, devenus catholiques à leur tour, n'eurent plus à guerrover contre d’autres chrétiens pour le compte de leur foi, les musulmans envahirent Ja Péninsule, et Fhistoire de la nation ne fut plus qu'une lutte incessante : durant plus de vingt générations, les guerres religieuses, qui pour les autres peuples étaient un événement exceptionnel, devinrent Pétat permanent du peuple d'Espagne. en résulla que le patriotisme de race et de langue Sidentifia presque complétement avec Pobéissance absolue aux ordres des prêtres. Tout combattant, des rois aux moindres archers, étaient soldats de la foi plus que défenseurs de la terre natale, et par suite leur premier devoir était de se soumettre aux injonetions des hommes d'église. Les conséquences de ce long assujettissement de lt pensée étaient inévitables. Le clergé prit possession de x meilleure part des terres conquises sur les infidèles, il accapara tous les trésors pour en orner les couvents et les églises; fait bien plus grave encore, 1 Sempara du gouvernement et du contrôle de la société tout entière par l'organisation des tribunaux. Dès le milieu du treizième siècle, le @ Naint-Office » de Fiuquisition fonctionnait dans le royaume d'Aragon ; lorsque les Maures furent définitivement expulsés de l'Espagne, l'action de ce tribunal souverain devint toute-puissante et les rois mêmes se prirent à trembler devant lui.
Mais landis que ces longues guerres religieuses travaillaient à Fabaisse ment intellectuel et moral des Espagnols de toutes les provinces, d'autres CAUSCs, agissant en sens inverse, éltient, au contraire, de nature à développer tous les éléments de progrès : ee le côté de Et question si complexe de Fhistoire d'Espagne que Buckle à négligé de mettre en lumière. Pour soutenir a lutte contre les musulmans, et pour sarder quelque semblant d'autorité sur Leurs vassaux batailleurs. les rois avaient dàù respecter, favoriser même les Hibertés de leurs peuples : est à ce prix seulement que li guerre pouvait être nationale, Les villes étaient devenues libres el prenaient part au grand confit dans la plénitude de leur volonté; elles seules votaient les fonds et, dans lt plupart des Cortès, leurs délégués ne permettaient même pas aux représentants de la noblesse et du clergé de
siéger à côté d'eux. Dès le commencement du onzième siècle, deux cent
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cinquante ans avant qu'on ne parlàt d'institutions représentatives en Angleterre, l'histoire nous montre des cités du royaume de Leon, des Castilles, de l'Aragon, S'administrant elles-mêmes et formulant leurs coutumes en lois; de vieux documents nous montrent des souverains qui reconnaissent ne pouvoir entrer dans les villes sans le consentement de la municipalité. Grâce à cette autonomie, qui donnait aux Espagnols des avantages inappréciables sur la plupart des autres populations de l'Europe, les villes de la Péninsule progressèrent rapidement en industrie, en commerce, en civilisation : le degré de perfection qu'avaient atteint la littérature et les beanxarts, à Ja grande époque de la floraison nationale, témoigne quelle était la puissante vitalité de toutes ces communes espagnoles où s'élevaient de Si beaux édifices, d’où sortaient tant d'hommes de valeur, Les cités commençaient même à se libérer du joug de PÉglise ; elles se réservaient, bien avant Luther, de ne laisser proclamer les indulgences qu'après en avoir examiné la convenance et le but. En outre, les Hbertés municipales contribuaient à développer cette dignité tranquille, ee respect mutuel, cette noblesse de manières quisemblent être un privilége de race chez les hommes de souche ibérique,
Entre ces forces opposées, tendant les unes à solliciter Pinitiative individuelle, les autres, au contraire, à la supprimer complétement au profit de l'Église et de la centralisation inonarehique, une lutte directe ne pouvait manquer d'éclater LU ou tard. Dès que la reconquête de PEspagne par les chrétiens fut achevée et que la ferveur religieuse, la fidélité aux souverains et le patriotisme local n'eurent plus un même but à poursuivre, a guerre intérieure commença, Elle se termina promptement au profit du pouvoir royal et de FÉglise; les comaneros des Castilles, qui s'étaient constitués les défenseurs des Tibertés locales et régionales, furent mal secondés où combattus par les habitants des autres provinces, Asturies, Aragon, Andalousie; mème les Maures de l'Apujarra aidèrent à Pécrasement du peuple; à Faide de Por du Portugal et de FMmérique, les généraux de Charles-Quint le massacrèrent et tout aussitôt le silence se Hit dims les villes, jusqu'alors St actives et si gaies, de Ta Péninsule,
La découverte du Nouveau Monde, qui précisément alors venait de se faire au profit de la monarchie espagnole, fut pour la nation un malheur peut-être plus grand, L'expatriation de tous les jeunes gens d'audace, de tous les coureurs d'aventures qui allaient conquérir FEldorado par dela PAUan- Lique est une des causes qui contribuèrent le plus à laffaiblissement de l'Espagne. Les plus hardis partaient ; les faibles, les gens qu'effrayait Ta mort restaient seuls au logis, C'est ainsi que peu à peu la mère patrie se
bu NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
trouva privée de ses enfants les mieux trempés. Toute sa vaillance et son esprit d'entreprise avaient trouvé un dérivatif dans la prise de possession du Nouveau Monde, et, tout enivrée de sa gloire d'outre-mer, elle se laissa sans résistance abimer par ses maîtres dans la plus profonde ignominie. Un navire trop chargé de toile s'expose à chavirer à la moindre tempête; de mème l'Espagne, trop faible pour l’immensité de ses colonies, s’affaissa promptement sur elle-même. |
Les énormes quantités d'or et d'argent que les mines du Nouveau Monde fournirent au trésor de la métropole furent aussi un puissant élément d’appauvrissement et de démoralisation. En deux siècles, de l'an 1500 à l'an 1702, les envois de métaux précieux faits par les colonies s’élevèrent à la somme totale de 54 milliards de francs. De pareilles sommes, acquises sans travail et gaspillées surtout à des œuvres de corruption, devaient avoir pour résultat de développer à lexcès l’indolence naturelle de PEspagnol. L'or arrivant sans effort, on ne se donna plus la peine de le gagner : au lieu de produire, on acheta, et bientôt tous les trésors eurent pris le chemin de l'étranger. Puis, quand les colonies cessèrent de nourrir la mère patrie, tous ceux qui s'étaient accoutumés à la paresse durent vivre par la mendicité de la rue ou par la mendicité bureaucratique, plus basse et plus dissolvante encore. Peut-être l'Espagne est-elle la seule contrée d'Europe où l'on voie des ouvriers abandonner leur travail ordinaire, pour aller prendre leur part de la pitance distribuée aux mendiants à certains jours de la semaine.
Sans agression du dehors et par le seul effet de la décadence intérieure, la nation déelina dans le monde avec une rapidité sans exemple, Après l’expulsion des Maures, les citoyens les plus industrieux de la contrée, toute activité s’éleignit peu à peu en Espagne. Les ateliers se fermèrent par milliers dans les villes jadis industrielles, comme Séville et Tolède. Les procédés de métier se perdirent, faute d'artisans ; le. commerce, livré au monopole, délaissa les marchés et les ports; on cessa d'exploiter les mines et les carrières; souvent même, disent les chroniques du temps, les champs de la Navarre seraient restés en friche, aux abords mêmes des villages, si des paysans béarnais n'étaient allés y faire les semailles et la moisson. Les jeunes Espagnols entraient en foule dans les monastères pour jouir du privilége de l’oisiveté; et plus de neuf mille couvents d'hommes, dont les champs étaient cultivés aux dépens du reste de l'Espagne, s'établirent dans toutes les parties du royaume. Toute étude sérieuse cessa dans les écoles et les universités; suivant la forte expression de Saint-Simon, « la science était un crime; l'ignorance et la stupidité la première vertu. » Le pays se dépeuplait : il ne naissait plus d'enfants en nombre suffisant pour remplacer les
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morts. Les Espagnols étaient tombés si bas, qu'ils avaient perdu leur vieux renom de vaillance, pourtant si mérité, Après l'instauration de la dynastie bourbonienne, lorsque des étrangers, français, italiens, irlandais, furent appelés en foule pour occuper toutes les hautes positions, c'est que les indigènes eux-mêmes, dégoûtés de tout travail et privés de toute initiative, étaient devenus incapables de la gestion des affaires.
L’observateur impartial qui compare l'Espagne de nos jours à ce qu’elle fut à l’époque de son long silence sous le régime de l’Inquisition, est frappé des progrès de toute espèce qui se sont accomplis. Un proverbe bien mensonger proclame « heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire », comme si les morts en avaient une, C'est au contraire lorsqu'ils soni en pleine possession de leur vie, füt-elle même inquiète et tumultueuse, que les peuples marquent leur existence dans l'humanité par des actes de valeur historique et des services réels rendus à leurs contemporains. Quoique depuis le commencement du sièele l'Espagne renaissante ait toujours, pour ainsi dire, vécu au milieu des flammes, elle a plus travaillé pour les arts, les sciences, l’industrie, elle a fourni par quelques-uns de ses fils plus de hauts enseignements que pendant les deux siècles de morne paix qui s’'élaient écoulés depuis que Philippe IF avait fait l'ombre dans son royaume,
Il est toutefois évident que si la vie de l'Espagne ne se dépensait pas pour une si grande part en luttes intestines et qu'elle s’appliquât tout entière à des œuvres d'intérêt collectif, lutilité de la race ibérique serait bien autrement considérable pour le reste du monde, Mais il se trouve précisément que les conditions géographiques de la Péninsule se sont opposées jusqu'à maintenant à tout groupement libre des habitants en un corps de nation compacte et solide. Quoique se présentant dans l’ensemble de l'organisme européen avec une grande unité de contours et de formes, l’'Hispano-Lusitanie n’en offre pas moins à l'intérieur, à cause de ses plaleaux et de ses montagnes, une singulière diversité, et cette diversité est passée de la nature aux hommes qui lhabitent. On peut dire que toutes les saillies et les creux du plateau montueux de lIbérie se sont moulés sur les populations elles-mêmes, Sur le pourtour océanique et méditerranéen de la Péninsule tous les avantages se trouvent réunis : e’est là que le climat est le plus doux, que la terre féconde se couvre de végétation en plus grande abondance, que la facilité des communications invite les hommes aux voyages et aux échanges; aussi les cultivateurs, les commerçants, Îles marins se pressert-ils dans la région du littoral et la plupart des grandes villes s’y sont fondées. Dans l’intérieur du pays, au contraire, les plateaux
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arides, les roches nues, les âpres sentiers, les terribles hivers, le manque de 5 produits variés ont rendu la vie difficile aux habitants, et souvent les jeunes j gens du pays, attirés par les plaines heureuses qui s'étendent au pied de ù. leurs monts sauvages, émigrent en grand nombre. Il en résulte que a 4 population espagnole se trouve distribuée en zones annulaires de densité. É