MONTAGNES ET FLEUVES DES CASTILLES
dentes atlantiques des montagnes; il n’en reste qu'une très-faible proporlion pour les plateaux castillans. En moyenne, il ne pleut sur ces régions que pendant soixante jours de l’année et l’ensemble des pluies varie du cinquième au dixième de la quantité tombée sur le versant extérieur des monts. Par aggravation, le soleil et le vent font évaporer très-aclivement la pluie tombée; toute celle que reçoit ia terre altérée pendant les mois d'été retourne aussitôt dans l'atmosphère, et si les principales rivières coulent encore pendant celle saison, é’est que le résidu des pluies d'hiver continue de rejaillir à la surface par es sources profondes. Mais que de rivières à sec, que de larges Hits fluviaux où pendant des mois pas une goutte d'eau ne se montre au milieu des galets ou des sables! Ni les pluies annuelles, au lieu de pénétrer dans le sol et de sourdre en fontaines ou de s'écouler promplement par les ravins et les Hits fluviaux, séjournaient en nappes sur le plateau, elles seraient entièrement évaporées dans l'espace de deux ou trois mois".
Des trois grands fleuves parallèles, Le Duero, le Tage et le Guadiana, Les deux derniers sont les moins abondants, car le bassin qu'ils traversent est séparé de li mer et de ses vents pluvieux par un rempart supplémentaire, les chaines de Guadarrama et de Gredos, Mais, st faible que soil actuellement la portée de leurs eaux, le travail géologique accompli par ces rivières pendant les âges antérieurs n'en est pas moins énorme. Après avoir bu toute l'eau qui lui arrive des anciens fonds lacustres du plateau, chacun des trois fleuves s'engage dans une exeavalion tortueuse de la roche vive, et descendant de plus en plus au-dessous des lèvres du plateau, se creuse un lit à demi souterrain pour aller rejoindre les plaines basses du Portugal.
Ainsi le Duero, déjà grossi par toute une large ramure de cours d’eau tibutaires, le Pisuerga uni au Carrion, FAdaja, PEsla, entre dans une étroite déchirure du plateau que Fon à choisie à bon droit, à cause de l'obstacle qu'elle offre aux communications et aux échanges, comme la frontière commune entre les deux États limitrophes. Le plus grand affluent du Duero, le Tormes, alimenté par les neiges de la sierra de Gredos, le Yeltes, l'Agueda, qui forme la limite du Portugal dans la partie inférieure de son cours, passent également au fond de délilés sauvages, que Fon
pourrait appeler des cañones, comme les profondes coupures des fleuves de
! Pluie tombée à Madrid en 1868... Dans l'année, 0,951; d'avril en août, 0,085 ù Nalamanea .., » 0,320 » 0,004 » Valladolid» .. » 0",04 » 0,109 Évaporation d'une nappe d'eau à Madrid (12 années d'observation), 1,8 #5, Moyenne des pluies... » {4 » » ), 0,275.
üSO NOUVELLE GEOGRAPHIE UNIVERSELLE,
l'Ouest américain, Mèmes phénomènes pour le Tage. Après avoir reçu l'Alberche, quand il se trouve resserré entre les contre-forts de la sierra de Gredos et ceux de la sierra de Altamira, le fleuve coule, tantôt uni comme une glace, tantôt fuyant en vagues allongées, entre deux parois peu dislantes, dont les angles et les saillies se correspondent de bord à bord. Le Tictar, P'Almonte, lAlagon, l'Eljas, viennent se joindre au courant principal, en passant, eux aussi, dans les étroites rainures de la roche granitique. Quant au fleuve Guadiana, 11 n'échappe au plateau par une € elus » de sortie que sur le territoire portugais.
Les sources et le cours supérieur de ce dernier cours d’eau ont été l'objet d'exagérations de toute espèce que les pâtres débitent avec fierté, comme si leur fleuve était unique dans le monde. Néanmoins lhydrographie du haut Guadiana est fort curieuse. Les premières eaux du bassin naissent au sud du plateau de Cuenca, dans ces régions à pente indécise où les rutsseaux hésitent et cherchent leur chemin : en maints endroits, il suffirait d'une digue pour rejeter les eaux de pluie ou de source, soit à l’ouest vers le Guadiana, soit à l'est vers le Jücar ou le Segura, ou bien au sud vers le Guadalimar ou le Guadalquivir. On rencontre même sur ce faîte des lagunes lemporaires sans écoulement, emplies d’une eau saumâtre. Dans l'Europe occidentale, Espagne est la seule contrée qui présente ce phénomène : c'est une ressemblance de plus avec le continent d'Afrique.
À en juger par la longueur du cours, les deux ruisseaux qui pourraient prétendre à l'honneur de donner leur nom au fleuve sont le Zigüela et le Läncara ; mais 11 roulent une si faible quantité d’eau, qui s’évapore d’ailleurs pendant les ardeurs de l'été, que les sources constantes du Guadiana ont été considérées à bon droit comme l'origine de la véritable rivière. Ce sont les €Yeux » (0jos) de Guadiana où de Villarubia, eaux claires qui reflètent Je ciel et que les habitants de ces pays altérés ont tout naturellement comparées à des eux ouvrant pour contempler l'espace. Les trois groupes de sources donnent une quantité d’eau évaluée à 5 mètres cubes par seconde. Une masse liquide aussi considérable pour une contrée mal arrosée vient évidemment de loin et représente l'écoulement d’une zone fort étendue. L'opinion commune est que le charmant ruisseau du Ruidera, qui s’'épanche de lagune en lagune par une série de rapides et de cascades pittoresques, d'une hauteur totale de près de 100 mètres, serait le cours d’eau qui reparaîl aux € veux » du Guadiana. En effet, sa masse liquide est à peu près la même, et la pente générale du sol permettrait aux eaux souterraines de prendre la direction des sources. Comme si l'hypothèse de la communication cachée était incontestable, on donne souvent au Ruidera le nom de
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PROVINCE DE GUADALAJARA. — DÉFILÉS DU TAGE Dessin de E. Grandsire, d’après une photographie de J. Laurent.
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5 1 LR | EAUX ET CLIMAT DES CASTILLES, (D HN | Guadiana-Alto; cependant quelques géographes, notamment Coello, dou- A: il tent que le ruisseau supérieur atteigne le bassin du fleuve inférieur, Après AUT les grandes pluies, ses eaux surabondantes descendent au Zäncara par 14 un lit pierreux; mais d'ordinaire l'évaporation suffit à les épuiser en en- 1h à ! lier, Le Jabalon, grand affluent du Guadiana qui arrose le campo de Ca- à 1 1 J latrava, est également alimenté par des sources abondantes, les «€ yeux » de Ê " Montiel. je h La grande sécheresse relative des plateaux castillans contribue à donner if au climat un caractère essentiellement continental. En Espagne, les vents | \ UE généraux de l’atmosphère sont les mêmes que ceux de toute l'Europe de l'Oc- | | 4 cident; le courant aérien dominant y est, comme en Portugal, en France Jin et en Angleterre, lhumide vent du sud-ouest auquel ces contrées doivent (1h \4 leur température modérée dams les froids et les chaleurs, et pourtant les k k ji hauts bassins du Ducro, du Tage, du Guadiana ont une succession de saisons ont et des revirements soudains de température qui font penser aux climats des LIRE déserts de l'Afrique et de l'Asie. Les froidures de l'hiver y sont très-rigou- FA reuses, les étés sont brülants, et les températures réelles sont encore aggra- DE vées dans un sens où dans l'autre par les vents qui soufflent librement sur Lt [A les grandes plaines dénudées, En hiver, le norte, qui vient de passer sur les RE ji neiges et les glaces des Pyrénées, de la sierra de Urbion, de Moncayo, de LÉ | Guadarrama, siffle à travers les broussailles et pénètre par toutes les fis- È } sures dans les tristes réduits des paysans, En été, le vent contraire, le re- h Ë i ] th] doutable solano, traverse parfois le détroit, et gagnant le plateau par les at | brèches de la sierra Nevada et de la sierra Morena, fait peser sur la na- ‘be {: ture une lourde atmosphère qui brûle là végétation, irrite les animaux, Mi à 1 rend l'homme nerveux et maussade. Sous l'action de ces diverses causes : LABE) | météorologiques, la plupart des villes castillanes, dont Madrid peut être 5 Jf ji! considérée comme le tvpe, ont un climat fort désagréable et redouté à bon DS droit par les étrangers! L'air, quoique pur, y est d'ordinaire beaucoup 4 {et trop sec, trop vif, trop pénétrant, surtout en hiver, ce qui a donné lieu au à | Nu proverbe bien connu : € L'air de Madrid n'éteint pas une chandelle, mais il ii pe lue un homme! » Les personnes nerveuses, celles qui ont la poitrine déli- 1 1! À cate, souffrent beaucoup de celte constitution de l'atmosphère et, pendant 1 4 ENT t la période du premier acelimatement, ont de sérieux dangers à courir. æ | Fi « Trois mois d'hiver, neuf mois d'enfer, » dit un autre proverbe Gi fait “fl 5 | HA allusion aux accablantes chaleurs de l'été, On dit, ilest vrai, que du temps ï It Wan { hi \l ! Température moyenne de Madrid, d'après Garriga. 14,57 C. pe ul | ai » plus haute Û 2 40° 14 è J » plus basse » +. — 1h ii k | cu 4 CHATS te 4 | |
de Charles-Quint Madrid avait la réputation de jouir d'un excellent elimat, mais cette réputation était peut-être l'effet de basses flatteries à l'adresse du maître qui avait fait choix de cette résidence en Espagne. Cependant le
bo = SIEPPE DE LA NOUVELLE-CASTILEE,