‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 374 sur 545 · GUADALQUIVIR, DETROIT DE GIBRALTAR · texte numérisé non relu

GUADALQUIVIR, DETROIT DE GIBRALTAR

ranée. Pourtant cette barrière à été rompue, tandis sue les isthmes orientaux émergeaient peu à peu du sein de la mer.

Quel est l’'Hercule géologique dont le bras à ouvert sette issue? La nature caverneuse des roches dans les deux péninsules terminaies du Maroc et de l’Andalousie à certainement facilité l’œuvre d’érosion, surtout si la Méditerranée, par suite d’une évaporation plus rapide de ses eaux, s’est trouvée à un niveau plus bas que celui de l'Atlantique. Dans ce cas, les fissures de la pierre ont dû s’élargir bien promptement sous l’action des cataractes océaniques; les piliers de montagnes qui obstruaient le courant ont pu être déblayés, même sans que des tremblements de terre aient aidé à l'œuvre de démolition. L'énorme masse d’eau que l'Atlantique vomit incessamment dans la Méditerranée avec une vitesse moyenne de # kilomètres et demi et une vitesse extrème de près de 10 kilomètres, permet de juger de la puissance avec laquelle procéda l'Océan dès qu’une fente lui eut permis de se glisser entre les deux continents. Il est à remarquer que le travail d’érosion a été beaucoup plus actif dans les parages orientaux du détroit, entre les montagnes de Gibraltar et de Ceuta. Le vrai seuil de séparation entre l'Océan et la Méditerranée ne se trouve point dans la partie la moins large du détroit de Gibraltar, au sud de l’île fortifiée de Tarifa Il est situé plus à l’ouest, à l’entrée même du détroit, et continue, du cap Trafalgar au cap Spartel, la courbe régulière des côtes océaniques de l'Espagne et du Maroc. La crête de ce rempart sous-marin est assez inégale et varie de 100 à 550 mètres, mais elle est en moyenne de 275 mètres seulement, tandis qu'à l’est le fond s’abaisse graduellement vers Tarifa et Gibraltar, jusqu’à plus de 900 mètres. Ainsi le détroit tout entier fait déjà partie de la cuvette méditerranéenne. La pente sous-marine du canal s'incline à Pest, c’est-à-dire précisément en sens inverse de la déclivité des terres avoisinantes.

La largeur du détroit s’est-elle accrue depuis les temps historiques? Il n°y aurait pas de doute à cet égard si lon devait en juger par les assertions des anciens. Les dimensions qu'ils donnent aux « Bouches de Calpé » sont de beaucoup inférieures à celles que les marins trouvent de nos jours. Toutefois les évaluations des géographes grecs el romains n'avaient rien de précis, et l'erreur en moins pouvait provenir de Pillusion d'optique causée par la hauteur et Le profil abrupt des promontoires opposés. Le fait est que les descriptions des anciens conviennent encore parfaitement à l'apparence du détroit. Les deux piliers d'Hercule ou « portes Gadirides » se dressent toujours de part et d'autre à l'entrée méditerranéenne du passage : au nord, le superbe mont Calpé; au sud, la longue croupe massive de l'Abylix D'ailleurs, depuis que la roche de Gibraltar est devenue l’une des

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positions militaires les plus importantes du continent, on n'a point observé que ses rivages aient reculé devant la mer.

Quoique la montagne de Calpé, le Gibraltar, ou Djebel Tarik des Maures, ne soit pas le promontoire méridional de lIbérie et qu’elle se trouve même un peu en retrait par rapport aux rivages du détroit, cependant elle doit à la beauté de son aspect, et plus encore à son importance stratégique, d'avoir donné son nom au passage et d'en être considérée comme la gardienne. Pour les marins et les voyageurs, é’est la borne par excellence entre l'Océan sans limites et la mer Intérieure, entre les eaux qui mènent au Nouveau Monde et celles qui conduisent au Levant et aux Indes. Ses roches de calaire blanchâtre, aux fondements de schiste silurien, aux crêtes aiguës se profilant sur le ciel presque toujours bleu, offrent à ceux qui voguent à leur base un aspect incessamment changeant, à cause de la diversité des escarpements, des terrasses, des talus de débris; mais de toutes parts elles sont majestueuses à voir el prennent en maints endroits cette forme puissante de contours qui à fait comparer Gibraltar à un lion couché gardant la porte des deux mers. C’est du côté de Ta Méditerranée que la roche est le plus abrupte; sur cette face, elle laisse à peine au-dessous des éboulis un espace suffisant pour les fondements de quelques maisons et les racines de quelques arbres, tandis que des fortifications sans nombre, des places d'armes et la ville elle-même ont trouvé place sur les ressauts et les pentes douces du versant opposé. On à constaté aussi que l'isthme de sable où linea qui joint la roche à la terre d'Espagne présente à la Méditerranée un talus beaucoup plus rapide que celui de la baie d'Algeciras. C'est de lorient que viennent les grandes vagues de houle apportant les matières arénacées qui servent à l'édification de la digue ; sur le versant opposé, les sables s'éboulent et s'étalent en une plage faiblement inclinée. Les nombreuses grottes que les savants ont explorées dans le rocher de Gibraltar, renfermaient des ossements d'hommes du type dolichecéphale, appartenant à l'âge de la pierre polie, Ces cavernes sont identiques par leur aspect et leur contenance à celles des côtes de Ta Dalmatie et des iles loniennes. Ni distantes les unes des autres el séparées actuellement par des mers, des iles, des péninsules, ces diverses contrées sont néanmoins du même âge et de la même formation.

L'ilot de Gibraltar, dépendance naturelle de l'Espagne, est devenu, en vertu de la conquête, une forteresse de l'Angleterre, La fiction de l'empire des mers qui a poussé la Grande-Bretagne à s'emparer de Malte, de Périm, de Ceylan, de Singapore, de Hong-Kong, ne pouvait permettre aux Angla de laisser la forte position de Gibraltar entre les mains de ses propriétaires

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