‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 38 sur 545 · CONFIGURATION DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

CONFIGURATION DE LA GRÈCE

protégée par la mer contre les invasions des peuples orientaux; mais nulle contrée m'invitait mieux les marins aux expéditions pacifiques du commerce, Largement ouverte sur la mer Égée par ses golfes et ses ports, précédée d'îles nombreuses d'étape et de refuge, la Grèce pouvait entrer facilement en rapports d'échange avee les populations plus cultivées qui vivaient en face, sur les côtes dentelées de l'Asie Mineure. Les colons et les voyageurs de l'lonie d'orient n’apportaient pas seulement des denrées et des marchandises à leurs frères Achéens où Pélasges, is leur transmettaient aussi les mythes, les poëmes, la science, les arts de leur patrie. Par la forme générale de ses rivages et la disposition de ses montagnes, la Grèce regarde surtout vers l'Orient, d'où lui vint la lumière; e’est du côté de Fest que les péninsules s’'avancent dans les eaux et que sont parsemées les îles les plus nombreuses; c’est également sur là rive orientale que S'ouvrent les ports commodes et bien abrités, et que s'étendent, dans leur hémieyele de montagne, les plaines les mieux situées pour servir d'emplacement à des cités populeuses. Cependant la Grèce n'a pas, comme la Turquie, le désavantage d'être à peu près complétement privée de rapports directs avec l'Occident par une large zone de montagnes difficiles et des côtes abruptes, La mer d'lonie, à Pouest du Péloponèse, est, ilest vrai, relativement large et déserte; mais le golfe de Corinthe, qui traverse toute épaisseur de la péninsule hellénique, et la rangée des îles Toniennes, d'où l'on aperçoit au loin les montagnes de FTtalie, devaient inciter à la navigation des mers occidentales. Dans les temps antiques, les Acarnaniens, qui connaissaient l'art de construire les voûtes bien avant les Romains, purent, grâce au commerce, enseigner leur art aux peuples italiens, et plus tard les Grecs devinrent sans peine les civilisaleurs de tout le monde méditerranéen de Occident,

Le trait distinctif de l'Hellade, considérée dans son relief, est le grand nombre de petits bassins indépendants et séparés les uns des autres par des rochers et des remparts de montagnes, D'avance, la disposition du sol se prèuit au fractionnement des races grecques en une multitude de républiques autonomes, Chaque eité avait son fleuve, son amphithéâtre de collines ou de monts, son aeropole, ses champs, ses vergers el ses forêts: presque toutes avaient aussi leur débouché vers la mer. Tous les éléments nécessaires à une société libre se trouvaient réunis dans ces petits groupes indépendants, el le voisinage de cités rivales, également favorisées, entretenait une ému lation constante, qui trop souvent dégénérait en luttes et en batailles. Les iles de li mer Égée accroissaient encore la diversité politique ; chacune d'elles, comme les bassins de la péninsule hellénique, s'était constituée en cité républicaine, partout l'initiative locale se développait librement, ei

56 NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE.

c'est ainsi que le moindre ilot de FArehipel a pu fournir des grands hommes à lustoire,

Mais si, par le relief du sol, par la multitude de ses iles et de ses bassins péninsulaires, la Grèce est diverse à Finfini, elle estune par homer qui la baigne, la pénètre, la déconpe en franges et lui donne un développement de côtes extraordinaire, Les golles et les innombrables ports de FHellade ont But de leurs riverains un peuple de matelots, des « amphibies », ainsi que le disait Ntrabon ; les Grecs ont pris quelque chose de li mobilité des Mots. De tout temps ils se sont Russé entrainer par lt passion des voyages. Dès que les habitants d'une cité étaient un peu trop nombreux pour le sol qui leur fournissait la subsistance, se hâtaient d'esstimer comme une tribu d'aboilles; ils couraient les rives de la Méditerranée pour y trouver un site qui leur rappelat la patrie el pour élever une nouvelle acropole, C'est ainsi que des PalusMéotides jusqu'au delà des colonnes d'Hercule, de Tanais et de Panticapée à Gadès et à Tingis, la moderne Tanger, surgirent partout des villes helléniques. Grâce à ces colonies éparses, dont plusieurs dépassérent de beancoupen gloire elen puissnee leurs anciennes métropoles, La véritable Grèce, celle des sciences, des arts et de Fautonomie républicune, finit par déborder largement hors de son berceau el par oceuper sporadiquement tout Le pourtour du monde méditerranéen, Relative ment à ce qui formait FlÜnivers des anciens, les Grecs étaient ee que les Anglais sont aujourd'hui par rapport à li terre entière, L'analogie remarquable que li petite péninsule de Grèce et le iles voisines présentent avec Parehipel de li Grande-Bretagne, Située précisément à autre extrémité du continent, se retrouve aussi dans le rôle des nations qui les habitent. Les mémes avantages géographiques ont, dans un autre nulieu et dans un autre c\ele de Fhistoire, amené des résultats de mème nature; de lames Évée ATIN eaux de Pngleterre, une sorte de polarité Sest produite à travers les temps

ul l'espace,

L'admiration que les VONILOUTS éprouvent à da vue de li Grèce prodent surtout des souvenirs qui S'attachent à chacune de ses ruines, au moindre de ses ruisselels. ALAN plus faibles écucils de SOS IIOPS, Tel site de la Provence où de FEspagne, qui ressemble aux plus beaux paysages de Fetlade où qui méme leur est supérieur par la grâce où la hardiesse des lunes, est connu que d'un peut nombre d'apprécateurs, et foule ndif. lérente passe en le regardant à peines cest qu'ilne porte point le moin vé-

lébre dé Marathon, de Leuetres où de Platée, et qu'on n'y entend pas le

hommes

S bassins er qui la ppement lHellade D, ainsi hilité des VOVHEUS.

Ut" le sol nine une y trouver acropole.

‘Hercule,

Tanger, ses, dont uiciecnnes utonomic par OCCU- Relativee que les le lea tent avec “énuté du lent, Les un autre Éuée aux

les Lemips

rece proines, ul el site de ASUS de liesse des ule indif Hon vé-

nul pris le

De 2 -*

PAYSAGES DE LA GRÈCE, Hi)

bruissement des siècles écoulés, Cependant, quand même les côtes de la Grèce ne se distingueraient pas entre toutes par éclat que reflète sur elle la gloire des ancètres, elles n'en resteraient pas moins belles et dignes d'être contemplées. Ce qui ravit l'artiste dans les paysages des golfes d'Athères et d'Argos, ce n'est pas seulement le bleu de la mer, le « sourire infini des flots », la transparence du ciel, la perspective fuyante des rivages, là brusque saillie des promontoires, c'est aussi le prolil st pur el si net des montagnes aux assises de calcaire ou de marbre : on dirait des masses architecturales, et maint temple qui les couronne ne paraît qu'en résumer la forme.

La verdure, l'eau claire des ruisseaux, voilà ce qui manque le plus aux rivages de la Grèce! Dans le voisinage de la mer, presque toutes les montagnes sont dépouillées de leurs grands arbres ; il ne reste plus que les arbrisseaux, eytises, lentisques, arbousiers et lauriers-roses; même le tapis d'herbes odoriférantes qui revêt les déclivités et que broute la dent des chèvres, est en maints endroits réduit à quelques misérables lambeaux ; les pluies torrentielles enlèvent jusqu'à la terre végétale; Ta roche se montre à nu : de loin, on ne voit que des escarpements grisâtres, tachetés çà et là de maigres buissons. Déjà du temps de Strabon presque toutes les montagnes des côtes avaient perdu leurs forêts; de nos jours, a ditun auteur, «la Grèce n'est plus que le squelette de ce qu'elle fut autrefois ». Par une sorte d'ironie, les noms empruntés à des arbres sont extrêmement nombreux dans toutes Les parties de lHellade et de la Turquie hellénique, Carva est la «lle des noyers », Valanidia, celle des chênes à vallonée; Kyparisst, celle des evprès; Platanos où Plataniki, celle des platanes, Partout se trouvent des localités dont le nom rural n'est malheureusement plus justifié. C'est presque uniquement dans les montagnes de l'intérieur du pays et du littoral ionien que subsistent encore les forêts. L'Œta, quelquesuns des monts de l'Étolie, les hauteurs de F'\carnanie, et dans le Péloponèse, F'Areadie, FÉlide, la Triphylie, les pentes du Taygète ont gardé leurs grands bois. C'est aussi dans ces contrées forestières et parcourues seulement des bergers que se sont maintenus les animaux sauvages, Les loups, les renards, les chacals, Le chamois, diton, n'aurait pas entièrement disparu; on en rencontre sur le Pinde et sur FŒta; quant au sanglier d'Érymanthe, qui devait être une espèce particulière, à en juger par les sculptures antiques, il ne se retrouve plus en Grèce; le ion, que mentionne encore Aristote, n'y existe plus depuis deux mille ans. Parmi les petits animaux, un des plus communs dans certaines parties du Péloponèse, est une tortue, que les

indigènes regardent avee une sorte d'horreur, semblable à celle qu'épronvent

un grand nombre d'Occidentaux à la vue du crapaud où de la salamandre,

NOUVELLE GÉOGRAPITE UNIVERSELLE.

La Grèce est petite, et cependant la variété des climats y est fort grande, Le contraste des montagnes et des plaines, des régions forestières et des vallées arides, des côtes exposées at nord'et de celles qui sont tournées vers le sud, produit dans les elimats locaux de remarquables oppositions. Mais, sans tenir compte de ces diversités, on peut dire que dans son ensemble la Grèce présente, du nord au sud, une gamme climatérique dont la richesse m'est égalée que dans un très-petit nombre de régions terrestres. Au nord, les monts de FÉtolie, aux pentes couvertes de hêtres, semblent appartenir aux régions tempérées du centre de PEurope, tndis qu'au sud et à Fest les péninsules el les iles, avec leurs olivettes et leurs bosquets de cilronniers et d'orangers, même leurs groupes de palmiers, leurs cactus et leurs agavés, font déjà partie de Ta zone subtropicale ; même dans un voisinage tumédiat, des contrées ont des climats fort distinets telles, par exemple, lt eavité Tacustre de Ta Béotie, aux froids hivers, aux étés brûlant. et la campagne de PAttique, alternativement rafraichie et réchautfée par la brise de Ta mer, Dans un tout petitespace, la Grèce résume une zone considérable de la Terre, On ne saurait douter que celte extrême variété de climats et tous les contrastes qui en dériventonaienteu pour ré- Sultat d'éveitter plus vivement l'intelligence déjà si mobile des Hellénes, de solliciter leur curiosité, leur goût pour le commerce et leur espri d'industrie.

D'ailleurs, la grande diversité des elimats de terre est compensée en Gréce par Funité du elimat maritime. Comme dans les vallées des montagnes, le vent qui souffle sur la mer Évée oscille en brises alternantes. Pendant presque tout Fété, les grands foyers d'appel des déserts africains attirent Les courants atmosphériques de Europe orientale. Du nord de FArehipel et de Va Macédoine, Pair se précipite alors en un vent violent qui entraine rapidement vers le sud les navires en voyage ? maintes fois les conquérants qui posedaient les rivages septentrionaux de li mer se sont servis de cette brise pour aller attaquer à Fraproviste les habitants des contrées plus née éionales de Asie Mineure où de li Grèce, Ce courant atmosphérique réoubier, connu sous le nom de vent étésien où annuel», cède à la fin des chaleurs quand le soleilest au-dessus du tropique méridional. En outre, dl Sinterrompt chaque nuit, quand Fair frais de la mer est attiré vers les régions du Btoral réchautfées pendant le jour. Après le coucher du soleil, se modère peu à peus Fatmosphère reste calme durant quelques instants, puis imsensiblement elle commence à se mouvoir en sens inverse, et les bar-

ques voguant vers le nord mettent à la voile, Cette brise, le propice embatès,

est le doux souffle de la mer chanté par les anciens poëles, Du reste, vents

urande, es et des nées vers ns. Mais, ensemble richesse Au nord, ppartenir et à l'est le citronractus el me dans istinets

VErS, IX aiehie el *e résume “extrême pour l'é- Hellènes,

ur espril

sen Grece mlagunes, . Pendant hirent les ehipel et entraine iquérants sde cette plus mérique réla tin des En outre, vers les du soleil, instants, les barembates.

ste, vents

CLIMAT ET PEUPLES DE LA GRÈCE. ül

sénéraux et brises locales changent de direction et d'allures dans le voisinage des côtes, suivant la forme et l'orientation des golfes et des chaines de montagnes. Ainsi le colle de Corinthe, que de hautes arètes dominent au nord et au sud, ne reste ouvert aux courants aériens qu'i ses deux extrémités ; le vent entre et sort alternativement, @ pareil, disait Strabon, à la respiration d'un animal ».

De mème que Les vents, les pluies dévient en maints endroits de leur course normale pour se déverser, comme en des entonnoirs, dans certaines vallées qu'entourent de toutes parts des escarpements de montagnes: ail leurs, au contraire, les nuages pluvieux passent sans laisser tomber Leur fardeau d'humidité; à tous les contrastes Tocaux produits par la différence de relief et la variété des climats correspondent d'autres contrastes dans le lux de la précipitation annuelle, En moyenne, les pluies sont beaucoup plus abondantes sur les côtes occidentales de Ki Grèce que sur les rivages orientaux : de cet aspect riant que présentent les coteaux de l'Élide, comparés aux escarpements nus de PArgolide et de FAttique. C'est égales ment à louest de la Péninsule que viennent éclater avec le plus de régularité les orages apportés par les vents de la Méditerranée, Au printemps, Suison orageuse par excellence, arrive fréquemment dans les campagnes de FÉlide et de F\earnanie que, pendant des semaines entières, le tonnerre sronde régulièrement tontesles aprèsnidi. Nafle parUrétaientmieux placés

les temples de Jupiter le Lanceur de Foudres.

Les anciens habitants des Cvelades, et probablement ceux des côtes de Felladeetde FAsie Mineure, étaient déjà parvenus à un état de civilisation assez développé bien avant Fépoque historique. C'est lee qu'ont démontré les fouilles opérées sous les cendres voleaniques de Santorin et de Therasia, Lorsque leurs maisons furent ensevelies sous les débris, les Kantoriniotes connmençuent à sortir de Pâge de la pierre pour entrer dans celui du cure pur. Ds sivaient construire des voûtes avec des pierres et du morher, fabriquaient li chaux, se servaient de poids formés avec des blocs de lave, connaissent le tissage et la poterie, Part de teindre les étoftes et celui de peindre leurs maisons à fresques ls eultivaient Forge, les pois, les lentilles et commerçaient avec les pays lointains.

Ces hommes étuientils de la mème origine que les Hellènes? on ne sait, Mais une chose est certaine : dès les premières lueurs de Fhistoire, des Grecs de diverses familles habitent les rivages et les îles de la mer Égée,

tandis que des populations pélasgiques vivaient dans l'intérieur et sur les

Ds m à

ü2 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

côtes occidentales de la Péninsule, D'ailleurs, les Pélasges ou « les Vieux » étaient de même souche que les Grees, et parlaient des langues dont lorigine se confond avec celle des dialectes helléniques. Aryens de langage les uns et les autres, ils avaient dû se répandre en Grèce en venant de Asie Mineure, soit par l'Hellespont et la Thrace, soit par les îles de l'Arehipel, à moins toutefois qu'ils ne fussent originaires du pays lui-même, D'après les traditions, les Pélasges étaient nés du mont Lycée, au centre du Péloponèse; ils se gloriliaient d'être des @autochthones », les @ Hommes de la Terre noire », les Enfants des Chènes », les « Hommes nés avant la Lune ». Autour d'eux vivaient des tribus nombreuses de mème origine, les Éoliens et les Lélèges, auxquels vinrent S'adjoindre les TJoniens et les Achéens ou « les Bons ». Les loniens, qui devaient plus tard exercer une influence si considérable sur les destinées du monde, occupèrent seulement la péninsule de l'Attique et l'Eubée, Quant aux Achéens, ils eurent longtemps la prépondérance et donnèrent leur nom à l’ensemble des peuplades grecques. Plus tard, lorsque les Doriens, franchissant le golfe de Corinthe à sa parüie la plus étroite, se furent établis en conquérants dans le Péloponèse, tous les habitants de la péninsule et des îles reçurent des Amphictyonies siégeant aux Thermopyles et à Delphes le nom générique d'Hellènes, qui était celui d'une petite peuplade de Ta Thessalie méridionale et de la Phthiotide. La désignation de Grecs, qui peut-être est un synonyme de «€ Montaguards », et peut-être aussi a le sens «de Vieux, Antique, Fils du sol », se répañdit peu à peu dans la nation elle-même et finit par être généralement adoptée, Les Toniens de FAsie Mineure et les Cariens des Sporades, émules des Phéniciens, naviguaient de port en port, trafiquant parmi ces tribus à demi-sauvages, eLcomme des abeilles qui portent le pollen sur les fleurs, répandaient de peuplade en peuplade la civilisation de l'Égypte et de l'Orient.

Commerçants phéniciens el vainqueurs romains modifièrent à peine les éléments de la population helléniques; mais lors de la migration des Barbares, ceux-ci pénétrèrent dans la Grèce en multitudes. Pendant plus de deux siècles les Avares maintinrent leur pouvoir dans le Péloponèse, puis vinrent des Nlaves, que la peste aida plus d'une fois à dépeupler la contrée. La Grèce devint une «Nlavie », et l'idiome général fut une langue slave, probablement serbe, ainsi que le prouve encore la grande majorits des noms de eux, Quoi qu'en disent maints auteurs, les superstitions et les légendes des Grecs ne sont pas un simple héritage des anciens Hellènes et leur monde

surnaturel S'est enrichi des fantômes et des vampires inventés par les Slaves :

le costume des Grecs est aussi un legs de leurs conquérants du Nord, Tou-

»s Vieux »

dont l'oriingage les | de l'Asie rchipel, à 'après les lu Pélopomes de la a Lune ».

es Éoliens chéens ou fluence si la péninglemps la grecques.

à sa parnèse, tous vonies sié- , qui était hthiotide.

« Montadu sol », générale- Sporades, parmi ces len sur les

ple et de

peine les ides Barit plus de nèse, puis à contrée, mue slave, ües 1Homs s légendes ur monde les Slaves ; \ord, Tou-

Page 1