CAMPAGNES ET DÉSERTS DE BASSIN DE L'ÈBRE
la cuvette au fond de laquelle coule lÉbre; les vents humides du nordouest, qui soufflent de la mer Cantabre, sont aussi partiellement arrètés par les monts de la Navarre, Quant à ceux qui proviennent de la Méditerranée, ils n'arrosent que le versant oriental des montagnes de Ja Catalogne et n'entrent que par un petit nombre de brèches dans les plaines de l’Aragon.
Cette pénurie d'eau fluviale est un grand désavantage pour certaines régions du bassin de FÉbre, On V voit de véritables déserts, qui n'ont rien
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D'après Willlwmm et Vogel,
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&envier à ceux de FAfrique : tout V manque, eaux courantes, cultures, prairies el forêts, La plus grande partie des Bardenas, entre PAragon et PArba: les Monegros, que limitent l'Ébre , le Seure et le Cinca: les terrasses de Calanda, au sud de FÉbre et à l'ouest du Guadalope, sont les plus vastes et les plus inhabitables de ces déserts. Dans ces solitudes, et à un moindre degré dans tonte la dépression des plaines aragonaises, le climat a les inconvénients extrêmes: 1lest alternativement très-froid et très-chaud, non-seulement de Pété à Fhiver, mais encore dans une mème saison; malgré le voisinage de la mer, le elimat est tout à fait conti-
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nental. La rareté de la végétation, la couleur blanchâtre des terres qui laissent ravonner la chaleur du jour, la proximité des montagnes neigeuses donnent au climat d'hiver une singulière âpreté; par contre, les chaleurs estivales sont fréquemment intolérables : on étouffe dans cette cavité où les vents marins ne pénètrent que rarement, par bouffées inégales, el où des roches éclatantes de lumière répercutent partout les rayons du soleil, Sur les côtes de la Catalogne, le vent chaud, fatal à Ja végélalion, malsain pour les hommes, m'est pas celut qui souffle d'Afrique; c’est le vent qui vient de traverser les plaines brûlantes de FAragon.
7 Grâce anx eaux de la Méditerranée qui baignent ses rivages, aux brises marines qui lui apportent les pluies, Fair salin, légalité de température, la Catalogne jouit d'un bien meilleur élimat que PAragon, C'est Et un des contrastes qu, avec les autres différences géographiques et les diversités d'origine, d'alliances, de parenté, de commerce, ont donné aux deux
contrées limitrophes une individualité distinete!.
Sans chercher à connaître l'impossible, e'est-à-dire la filiation des peuplades aborigènes et de provenance étrangère qui peuplaient avant l'histoire écrite la vallée de FÉbre et les monts de la Catalogne, il est certain que la contrée maritime est celle qui a reçu dans sa population le plus d'éléments divers, La mer devait lui amener des colons de tous les peuples navigateurs, landis que d’autres visiteurs, hostiles où pacifiques, devaient arriver du sud par le chemin naturel des plages où du nord par les cols peu élevés des Abères. Aussi, Carthaginois et Phéniciens, Grecs et Massilioies, Romiuns, Arabes, Normands, Français, Provençaux, venus par mer où par terre, se sont-ils successivement mêlés aux habitants de li Catalogne. L'Aragon, trre continentale inconnue des marins el défendue contre les immigrations du nord par un rempart de rochers et de neiges, devait conserver beaucoup plus là pureté relative de ses peuples; mais, par contre, les conquérants qui réussissaient à Semparer du pays, devaient y établir fortement, sans crainte de nouveaux arrivants qui réussissent à les déloger. Quand les Maures S'emparèrent de PAragon, ee fut pour longtemps. Barcelone était déjà Dibre depuis trois siècles lorsque les Sarrasins tenaient
Saragosse, Barcelone,
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\RAGONAIS ET CATALANS. 827
encore dans Saragosse, Comparé à la Catalogne mobile et changeante, l'Aragon représente la solidité et la durée.
Considérés en masse, les habitants de la vallée de l'Ébre sont d'un orgueil un peu agressif, dune hauteur froide et dédaigneuse, d'une grande paresse d'esprit : Hs sont routiniers et superstitieux ; mais ils ont une singulière force de volonté, et par leur vaillanee font honneur à leurs ancêtres les Celtibères. Ces beaux hommes à la forte carrure, que lon voit cheminer derrière leurs ânes, lt tète entourée d'un mouchoir de soie et la taille serrée par une ceinture violette, sont toujours prèts à se battre. Encore à la fin du siècle dernier, 1 était de coutume entre villages où confréries d'en venir aux mains pour le seul plaisir de lutter et de montrer sa bravoure : ee combat, qui ne se lerminait point sans mort d'hommes, était ce qu'on appelut lt rondalle, mot qui s'applique aujourd'hui aux concerts des chanteurs en plein vent. Dans les petites choses, les Aragonais apportent le même entêtement que dans les grandes. Ainsi que le dit le proverbe : «Is enfoncent des clous avec leur tête! » Hommes et femmes doivent à cette énergie de résolution une fermeté de traits qui, pour un erand nombre, s'allie avec une véritable beauté.
Les premiers siècles de La lutte des Aragonais contre les Maures ne turent qu'une guerre ineessante pendant laquelle chaque montagnard jouait noblement sa vie, Les rois n'étaient alors que des € premiers parmi des pairs », el ceux-et d'ailleurs avaient pris les plus grandes précautions pour que le pouvoir du souverain fût toujours contrôlé, Un grand juge national, responsable lui-même, surveillait le roi et Pobligeait à respecter les priviléges de ses sujets ; dans les cas graves de violation des lois, il le faisait mème arrèter el garder à vue. On a beaucoup admiré, et à bon droit, la fière parole que le grand justicier d'Aragon était chargé de prononcer devant le roi agenouillé, lorsque celui-ci venait prêter le serment de gouverner selon la loi : « Nous qui valons autant que vous, el qui pouvons plus que vous, nous Vous faisons notre roi et seigneur, afin que vous gardiez nos fors et libertés. Sinon, non!» I est vrai que peu à peu le justicier en vint à parler, non point au nom du peuple, mais seulement comme représentant des «< riches hommes ». Les fors que le roi jurait de maintenir finirent par n'être plus que des privilèges de li noblesse, Quand'on n'eut plus besoin d'eux pour la lutte, les marchands, les artisans. les laboureurs, se trouvèrent en dehors du droit; ils n'avaient aucune liberté que rois, justiciers ou nobles fassent tenus de respecter, et quand on daignait occuper d'eux, ce n'est qu'indirectement, par Pentremise des € universités » ou corps municipaux.
Quoique la constitution du royaume d'Aragon fût done bien éloignée
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d'être républicaine, pourtant elle contrôlait le pouvoir royal avec tant d'efficacité, que les souverains tentèrent fréquemment de S'en débarrasser à tout prix. Enfin, Philippe IE réussit à fure pénétrer secrètement des troupes en Aragon; le grand justicier fut arrêté inopinément et sa tête tomba sur une place de Saragosse devant la foule atterrée. Ce n'est pas tout : le roi, profitant de la consternation générale, fit réunie au milieu de son armée, éampée à Tarazona, de prétendus États qui votèrent la peine de mort contre tout homme poussant le € ert de liberté ». Au commen cement du dix-huitième siècle, ce qui restait de Pancien appareil des institutions locales fut définitivement supprimé et FAragon perdit toute autonomie pour devenir une simple Ceapitainerie générale » de x couronne de Castille, Le pouvoir central a pu se féliciter de ce résultat, mais les populations elles-mêmes, privées de tout ressort d'initiative, ont été par ce fait condamnées à rester dans une véritable barbarie intellectuelle. A bien des égards, l'Aragon de nos jours est moins avancé, même en eilisation matérielle, qu'il ne était au treizième siècle, Ta grande époque de sa prépondérance politique dans Le bassin de la Méditerranée occidenlale.
Les Catalans ne sont guère moins contents d'eux-mêmes que les Aragonais; les hommes des plateaux, les bergers surtout, auxquels de vieilles traditions assurent la noblesse, aiment à vanter leur descendance ; mais leur orgueil se rapproche fort de lt vanité, car ils sont abondants en paroles. Ils sont aussi loquaces que leurs voisins sont Silencieux ; ils erient beaucoup, s’insultent volontiers, mais rarement ils en viennent aux mains. Leur caractère à, dit-on, moins de solidité que celui des Aragonais ; cependant ils résistèrent encore plus longtemps pour le maintien de leurs libertés provinciales. Plus éloignés du plateau des Gastilles, plus nombreux et, par ce sséquent, plus assurés de leur force, agnerris contre le danger par une périlleuse navigation sur des mers aux tempêtes soudaines, ils ne pouvaient tolérer que des ordres leur fussent donnés par ces Castillans qu'ils méprisent. Peu de villes ont été plus souvent assiégées que Barcelone; bien peu, même dans cette héroïque Espagne, se sont plus vaillamment défendues; souvent mème elle à réussi, par ses seules forces, à faire lever le siége, Les guerres civiles, qui, sous divers drapeaux, ensanglantent si fréquemment les rues de Barcelone et de ses faubourgs, ainsi que les défilés des montagnes environnantes, ont encore presque toutes pour cause principale ee vieil instinet d'indépendance catalane auquel le gouvernement de Madrid ne sait point faire sa part. Naguère les Castillans de vieille roche avaient un mot pour flétrir leurs compatriotes du nord de l'Ébre : ils les
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