‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 446 sur 545 · BASQUES ET LEURS FORS · texte numérisé non relu

BASQUES ET LEURS FORS

au plaisir, oublie de veiller sur lui-même, — les Euskariens gagnent singulièrement à être vus aux jours de fête; ils ne cessent point alors d'être aimables, gracieux et dignes. Leurs jeux sont toujours des luttes de force et d'adresse. Sur les pelouses de leurs vallées, les jeunes Basques s’exercent au saut, à la danse, à la course, au jet de lourdes pierres. Le jeu de paume est une des gloires de la nation ; elle lui à voué une espèce de culte comme à sa plus précieuse institution. Les grandes parties sont annoncées d'avance et les Basques y accourent de toutes parts avec autant d'ardeur que les Grecs d'autrefois allant à Delphes ou à Olympie. £t, pareille aux tribus helléniques, la foule euskarienne ne songe pas uniquement aux exercices corporels, elle s'occupe aussi des plaisirs plus raffinés de l'esprit. Les Basques jouent encore en plein air des mystères et des pastorales ; ils ont leurs acteurs et leurs poëtes.

Toutefois 11 ne faudrait point croire que les populations euskariennes sont composées d'hommes supérieurs de toute manière à leurs voisins. Aux qualités correspondent aussi les défauts. Actuellement le grand malheur des Basques est précisément dérivé de leurs anciens priviléges nationaux. Ils veulent continuer les traditions du passé, parce que ee passé fut héroïque, se renfermer dans les étroites limites de leur patrie, parce que cette patrie fut libre à côté de nations esclaves, rester étrangers au mouvement historique des peuples d'Europe, parce que ceux-ci ne sont pas de race noble comme eux, Par un revirement bizarre des choses, 11 se trouve qu'en défendant leurs libertés provinciales les Basques se sont faits les champions de Pabsolutisme pour les autres provinces; ils ne veulent point qu'on touche à leurs fors, et, pour en assurer la conservation, ils ne veulent pas non plus permettre à leurs voisins de se débarrasser de leurs entraves, De celle attitude naissent les plus étranges inconséquences el de singuliers malentendus, causés d'ailleurs en grande partie par l'ignorance des Basques, car l'instruction est très-peu répandue chez eux : elle n'était point stipulée dans leurs fors !

Ces fueros, où droits particuliers des Basques, sont censés les mêmes qu'en l'année 1532, époque à laquelle les députés dese provinces se présentèrent à Bürgos pour offrir le titre de € seigneur » au roi de Castille, Alphonse le Justicier, En vertu du traité qui fut conclu, ilest interdit au souverain étranger de bâtir ou de posséder aucune forteresse, aucun village, aucune maison sur le territoire euskarien. Les Basques ne doivent leur sang qu'à leur propre pays ; ils sont exempts de la conscription espagnole et gardent leurs soldats ou « miquelets » dans les limites de leurs provinces. En temps de guerre, ilest vrai, les Basques doivent le service, mais à certaines

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conditions. Dans la Biscaye proprement dite, les contingents ne peuvent ètre menés, sans leur consentement exprès, au delà d'un certain arbre de la frontière, et dans ce cas ils ont droit à un payement spécial ; des formalités analogues doivent être observées dans le Guipüzcoa et l'Âlava. L'impôt est toujours fixé et réparti par les juntes provinciales; presque toutes les contributions perçues sont exclusivement destinées à couvrir les dépenses locales, et ce qui est accordé à l'État l'est à titre de don gracieux. Le commerce est plus libre que dans le reste de l'Espagne; les monopoles n'existent point. Enfin les municipalités locales sont toutes indépendantes ; représentées par leurs aleades, les membres de l'aprntamiento, les grandsparents », ou parientes-mayores, elles fixent et arrêtent seules leur propre budyet.

Mais que de diversités, de contrastes et de bizarreries féodalés dans cette organisation des communes: les provinces, en apparence si démocratique ! Telle bourgade est une répui® dépendante; telle autre se groupe avec un certain nombre de village. on «€ université » souveraine; d'autres encore ne se composent que d'enclues. Dans tel village, Ta municipalité nouvelle est nommée par celle qui vient d'achever ses fonctions ; dans tel autre, elle est choisie par des électeurs censitaires où par des nobles d’une certaine catégorie, où même, soit par le seigneur local, soil par son représentant, Les juntes provinciales se renouvellent aussi suivant les procédés les plus divers, en vertu des traditions les plus disparates. Le suffrage, que lon considère dans les démocraties modernes comme un droit naturel appartenant à l'homme libre, est encore un privilége parmi les Basques et n'est point exercé par tous, En outre, Pusage de ce privilége est accompagné de formalités puériles et réglé par une étiquette jalouse : les lois de la préséance ne sont pas moins religieusement observées sous le € chêne de justice » qu'à la cour de la reine d'Angleterre. On comprend qu'avec de pareilles institutions, où la tradition féodale se mêle au vieil instinet de race, les Basques aient fini par se trouver, eux républicains, les champions les plus obstinés de l'ancienne monarchie espagnole, Ce sont eux qui ont donné à l'Église catholique son génie inspirateur, son véritable chef, dans la personne d'Ignace de Loyola,

IL est évident que la situation tout exceptionnelle des provinces Vascongades ne pourra se maintenir longtemps. Déjà la Navarre est assimilée depuis 1859 au reste de l'Espagne en ce qui concerne le service militaire, les impôts, la constitution des municipalités. Même en plein pays Basque, le changement s'accomplit d'une manière irrésistible : si les descendants des Euskariens ne veulent pas d'une liberté commune avec les autres habi-

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