‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 509 sur 545 · BELLEM, OEIRAS, CINTRA, MAFRA · texte numérisé non relu

BELLEM, OEIRAS, CINTRA, MAFRA

Cintra, garde l'entrée septentrionale de l'estuaire du Tage par son fort de Säo Juliäo ; plus loin est Carcavellos, aux excellents vins ; puis, déjà sur le bord de la grande mer, vent la ville de Cascäes, dont le petit port est protégé par une citadelle. Au delà le rivage est désert; seulement de petites tours de garde s'élèvent de distance en distance au bord des plages et des falaises. Par contre, les collines abruptes de Cintra qui se dressent au nord de cette partie du littoral sont une des régions les plus populeuses de la Péninsule, une des celles où le mouvement des voyageurs est le plus aetif, En s’élevant de Lisbonne vers les hauteurs de Cintra, soit par la grande route de voitures, soit par le chemin de fer à rail unique construit par l'ingénieur Larmanjat, on voit se succéder à droite et à gauche les châteaux et les villas de Bomfica, le palais royal de Queluz, les maisons de plaisance de Bellas, où sourdent des eaux minérales et la fontaine qui alimente l’aqueduc de Lisbonne. Cintra mème est entourée de petites villes d'hôtels et de jardins, San Pedro, Arrabalde, Santa Estephania. Au sud de ces groupes d'habitations s'élève la colline qui porte le château somptueux et original de la Penha, palais fantastique, à la fois indou, persan, italien, gothique, dont les contrastes bizarres sont adoucis par des massifs d’ombrages et des cascades de lianes fleuries. Les nombreux visiteurs de Cintra gravissent aussi l’'éminence où se trouvent les débris de l’ancien château des Maures et pénètrent dans les cavernes du « couvent de liége », ainsi nommé des plaques de liége qui garnissaient les murailles pour parer à l'humidité de la pierre. De toutes ces hauteurs la vue est fort belle; elle est lout à fait grandiose du haut des falaises que termine la fameuse « Quenouille » ou Roca, dont les marins ont fait le « Roc de Lisbonne : » c’est le promontoire le plus occidental de tout le continent européen. Les vagues de l'Atlantique viennent se briser sur les blocs épars à sa base et leur masse rompue, changée en écume, s'engonffre en mugissant dans les cavernes du rocher où tourbillonnent les oiseaux de mer. Sur le revers septentrional du promontoire se déroule [lune des plus belles vallées de la Péninsule, celle de Collares, si fameuse par ses jardins et ses bosquets d’orangers : c'est le « San Remo » du Portugal.

La ville de Mafra, située plus au nord, non loin des bains de mer d’Ericeira, sur un plateau stérile et monotone, possède aussi un énorme palais, l’Escorial des rois de la maison de Bragance, transformé actuellement en école militaire. Pour achever cette prodigieuse bâtisse, pleine d'églises, de chapelles, de cellules et d'appartements ecclésiastiques, Joäo V dépensa tout l'argent du Portugal; il ÿ gagna le titre de « roi Très-Fidèle », que lui donna la cour de Rome. Lorsqu'il mourut, il n'y avait pas mème

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| dans le trésor de quoi faire dire une messe pour le repos de son âme. Bien plus curieux que l'immense caserne de Mafra, avec son millier d'appartements et ses 5,200 fenêtres, sont les autres édifices de fondation royale qui se trouvent à une centaine de kilomètres plus au nord, à la base occidentale de la serra do Aire, non loin des célèbres thermes de Caldas da Rainha et de la vieille cité mauresque d’Obidos. Le couvent délaissé d’Al- | cobaça, bâti au milieu du douzième siècle en souvenir de victoires rempor- | tées sur les Maures, est un beau monument d’un gothique austère, encore | embelli par le charme spécial que les ruines donnent à toute architecture. Batalha, autre couvent qui rappelle la défaite des Castillans dans la plaine d’Aljubarrota, en 1585, est un édifice aux sculptures beaucoup plus riches.

Les ornements des portails, du cloître, de la salle du chapitre, de la chapelle dite « imparfaite » parce que le roi Manoel la laissa inachevée, sont tellement ciselés, fouillés, travaillés dans tous les sens, qu'ils semblent figurer des étoffes de guipure. Le goût de toutes ces sculptures est douteux, mais on en admire le merveilleux fini. D'ailleurs on exagère souvent la richesse architecturale du couvent de Batalha : presque tous les voyageurs f le décrivent comme bâti en marbre blane, tandis qu'il est en réalité construit | d'une pierre de sable calcaire, absolument semblable à celle qu'emploient tous les habitants du pays pour l'édification de leurs masures.

La ville de Leiria, dans le territoire de laquelle est situé Batalha, est elle-même une ville ancienne et curieuse, occupant un fort beau site au confluent des deux rivières Liz et Lena, à la base d’un coteau que termine un vieux palais mauresque. Ce fut jadis la résidence de Diniz, le « roi Laboureur », celui auquel on doit la plantation du pinhal de Leiria, la plus belle forêt du Portugal. Après une longue décadence, cette partie de la contrée à repris une certaine activité; dans les environs, à Marinha Grande, s'élève une grande verrerie, qui communique par chemin de fer avec le port presque circulaire appelé Concha de Säo Martinho.

Sur le versant oriental des montagnes qui dominent les plaines de Batalha et d'Alcobaça se trouve Thomar, autre ville jadis fameuse par son couvent ; c’est le chef-lieu de ces chevaliers du Christ qui se firent accorder par les rois de Portugal le droit exclusif de la conquête et de l'exploitation des contrées

, lointaines des Indes et du Nouveau Monde, et qui, après de grandes actions d'éclat, devinrent, par leur âpreté commerciale et leur impitoyable monopole, les principaux auteurs de la décadence de leur patrie. Aujourd'hui Thomar, arrosée par des eaux abondantes qui en font une petite Venise, est une ville de filatures; mais l’activité commerciale s'est portée surtout

vers les localités riveraines du Tage, et notamment vers Santarem, qui des

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Dessin de Taylor, d'après une photographie de J. Laurent.

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