INDUSTRIE ET COMMERCE DE LA GRECE
Dans un pays de si pauvre agriculture, il est tout naturel que l'industrie proprement dite soit à peu près nulle, C'est de l'étranger, de l'Angleterre surtout, que la Grèce fait venir tous les objets manufacturés dont elle à besoin; elle n'a pas même un outillage suffisant pour exploiter sérieusement ses carricres de marbres, plus riches que celles de Carrare, Une seule exploilation minière importante, celle du Laurion, existe dans toute l'étendue de la Grèce, En cette partie de l'Attique, les anciens avaient utilisé pendant des siècles de riches mines de plomb argentifère, et d'énormes masses de déblais s'élèvent çà et Ben véritables collines. Ce sont ces amas que l'on traite maintenant dans l'usine d'Ergastiria, Fune des plus grandes fonderies de plomb du monde entier : chaque année, on extrait de ces débris près de dix mille tonnes de plomb, sans compter une quantité d'argent considérable, Autour de l'usine s'est fondée une petite ville industrielle, dont le port est Fun des plus actifs de la Grèce, Mais ce n’est point sans peine que s'est créé ce remarquable établissement d'Érgastiria. daloux des industriels étrangers qui exploilaient toutes ces richesses, des Grecs leur ont suscité mille entraves et peu s'en est fallu qu'à propos des amas de scories du Laurion, le gouvernement hellénique ne se brouillàt complétement avec la France et Fltalie.
Puisque les Grecs ne tirent de leur sol qu'une quantité de produits insutlisante à leur propre entretien et que leur industrie est sans grande imporlunce, ils seraient condamnés à mourir de faim, si par leurs six mille na- \ires, loujours en mouvement, ils n'avaient pris dans les eaux de la Méditerrande le métier lucratif de porteurs. Leur marine marchande est supéricure à celle de l'immense Russie, elle égale presque celle de Autriche et dépasse dix fois la flotte commerciale de la Belgique; encore faut-il ajouter que la plupart des navires qui hissent le pavillon ture appartiennent à des marins hellènes!. C'est dans cette navigation de cabotage que se révèle tout entier le vieil instinct de race. Tandis que les grands bateaux à vapeur à parcours rapide appartiennent à des compagnies puissantes de l'Occident, les marins hellènes possèdent les navires d'un faible tonnage et au chargement varié qui suivent la côte d'échelle en échelle, d'ordinaire ne dépassant point les limites de l'ancien monde grec, Aucune embarcation ne peut naviguer en Méditerranée à moindres frais que les leurs, car tous les
1 Commerce de la Grèce en 1871 :
Flotte commerciale, , , É 6,199 navires.
Tonnage,. , . . . .. : 420,000 tonnes Mouvement des navires . dis, 7,160,000 »
Importation. . , . . . . . . . . 110,000,000 francs. Exportation . . . . . . . , . , .. 16,000,000 » Total des échanges , à ta on 186,000,000 »
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matelots ont un intérêt dans le chargement et tous vivent d’abstinence pour augmenter le bénéfice; les uns ont fourni le bois, les autres le gréement, d’autres encore telle ou telle partie de la cargaison, et ce sont des concitoyens de leur ville oa de leur village qui, sur leur simple parole, ont donné l'argent nécessaire à l'achat des marchandises. Sur maint navire, tout l'équipage est composé d’associés, se partageant fraternellement la besogne, mais n'ayant point de maître parmi eux. Tous sont égaux.
Mais quelles que soient la sobriété et l’intelligente initiative des marins hellènes, ils ont à craindre le sort qui menace partout le petit commerce et la petite industrie. Les économiques bateaux porteurs de la Grèce pourront lutter longtemps contre les paquebots des puissantes compagnies, mais à la longue ils finiront par céder la place, et le pays lui-même sera menacé de perdre son rang commercial, s'il n’accroit rapidement ses ressources intérieures par le développement de l'agriculture et de l'industrie et Ta construction de chemins qui permettent le transport des produits. Actuellement la Grèce est encore très-pauvre en routes carrossables, non-seulement à cause des obstacles que les rochers et les montagnes opposent aux ingénieurs, mais surtout à cause de l’insouciance des habitants, auxquels Ia mer aval toujours suffi, Télémaque ne pourrait plus aujourd'hui, comme aux temps homériques, — à moins qu'ils ne soient fabuleux, — franchir sur son char l'espace qui sépare Pylos de Lacédémone ; 1 lui faudrait cheminer au bord des précipices sur de hasardeux sentiers. De tous les pays indépendanis de Europe, la Grèce est, avec la Serbie, celui qui est resté le plus longlemps sans une voie ferrée; inême de nos jours, Athènes ne possède que le chemin de fer qui mène à son faubourg du Pirée et le petit réseau industriel des mines du Laurion, C'est tout récemment qu'on à fini par décider pour un avenir incertain la construction de deux lignes importantes, dont Pune reliera la capitale au golfe de Volo et à la frontière de la Turquie, tandis que Pautre fera communiquer PAttique avee l'Achaïe par listhme de Corinthe, unira Patras à la vallée de l'AMphée et à Kalamata par les riches plaines de FÉlide et de la Triphylie. Si les grands travaux publies de la Grèce ont été tellement retardés, la principale cause en est à l'état de banqueroute perpétuelle dans lequel se trouve le gouvernement hellénique. L'équilibre du budget grec n'est qu'une fiction. La dette, qu'il est tout à Fait impossible de payer, S'élèverait à plus d'un demi-milliard, soit à plus de trois cents franes par tête, si l'on n'avait depuis longtemps négligé de payer les intérêts des premiers emprunts!
1 Budget en 1875... Recettes. …., 29,800.,000 fr. Dépenses... . 56,000,000 fr.
A la misre générale du pays répond la misère privée de la grande majorité des habitants de la Grèce. Épuisés par le payement de la dime, à laquelle le fise en ajoute parfois une deuxième où même une troisième, la plupart des paysans mènent une existence lamentable ; quoique d'une extrème sobriété naturelle, leur nourriture est insuffisante ; leurs demeures sont des lanières malsaines ; souvent ils ne peuvent faire assez d'économies pour se procurer les vêtements et Les objets indispensables. Aussi les jeunes gens des contrées les plus pauvres de la Grèce émigrent-ils en foule, soit pour une saison, soil pour un temps indéfini, À cet égard, PAreadie peut être assimilée à PAuvergne, à la Savoie et à la plupartdes pays de montagnes du centre de FEurope. Les Étoliens, qui se décident plus difficilement à quitter pour les villes de l'étranger leurs belles vallées sauvages, ont une coutume qui témoigne de l'état de désespoir auquel les ont réduits les exigences de Pimpôt. Au lieu de combattre, comme leussent fait leurs rudes ancêtres avant d'avoir été rompus par la servitude, les malheureux, ruinés par les exacteurs, sortent de leur village, et sur le bord de la grande route élèvent un tas de pierres, qui doit témoigner à jamais de l'injustice qu'on leur à fait. Ce tas de pierres, e'est « Fanathème ». Chaque paysan qui passe à côté de ee monument d'exécration muette, ajoute religieusement son caillou : Ta Terre, mère commune, est chargée du soin de la vengeunce,
L'ignorance, li compagne ordinaire de la misère, est auss: fort grande dans les campagnes de la Grèce, surtout dans les pays d'accès difficile, tels que PÉtolie et le Magne où péninsule du Taygète, En Grèce, comme en Albanie et dans le Montenegro, on croit aux pertides nymphes des fontaines, qui se font aimer des jeunes hommes pour les noyer dans Fonde ; on croit aussi aux vampires, au mauvais ail, aux pratiques de magie, Heureusement pour les Grecs, leur extrème désir d'apprendre el de savoir, Sinon d'approfondir, se fait jour en dépit de Pétat de misère dans lequel eroupit une grande partie de la population, C'est ainsique dans File d'fthaque tes paysans arrêtent les voyageurs instruits pour se faire Hire les chants d'Homère, La pénurie du gouvernement n'a pas cupéché des écoles primaires de se fonder dans presque tous les villages de à Grèce; en maints endroits, où manquent les bâtiments d'écoie. les elasses se tiennent en plein vent, et les enfants, loin de songer à fre ecole buissonnière, lèvent à peine les yeux de leurs cahiers pour voir les étrangers qui passent ou les oiscavx qui voltigent. De même, les écoliers des gynnases et ceux des universités di entes et de Corfou se consacrent tous conseiencieusement au travail, trop souveut, ilest vrai, pour apprendre à pérorer : ce n’est point en Grec que Fon voit de ces étudiants qui, sous prétexte d'aller suivre des coars de science, ne se
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rendent dans les grandes villes que pour s’y livrer à la débauche. Parmi les douze cents jeunes gens qui fréquentent Puniversité d'Athènes, il en est qui, pour étudier le jour, emploient une moitié de la nuit à quelque Lravail manuel, d'autres qui se font domestiques où cochers pour acquérir leur diplôme de légiste où de médecin.
Un pareil amour de l'étude ne peut manquer d'assurer à la nation grecque une influence bien plus considérable que ne pourrait le faire espérer, relativement aux nations voisines, le nombre peu élevé des hommes qui la composent, D'ailleurs les Grecs de toutes les parties de l'Orient, de l'Épire à l'île de Chypre, considèrent Athènes comme leur centre intellectuel, et e’est l qu'ils envoient étudier leurs jeunes gens. Is font mieux encore, Pour contribuer à la gloire et à la prospérité de la nation renaissante, ils prélèvent une
part de leurs revenus et la destinent à la fondation où à Fentretien des écoles d'Athènes. Etee ne sont pas seulement les riches négociants de Marseille, fe
de Trieste, de Salonique, de Smyrne, qui s'occupent ainsi des vrais intérêts
de la patrie; de simples paysans, des veuves illetirées de la Thrace et de la Macédoine emploient également leurs économies à l'œuvre de Finstruction publique. C'est le peuple lui-même qui élève ses écoles, ses musées et qui | paye ses prolesseurs. L'académie d'Athènes, l'École polytechnique, FUniversité, Arsakéion, excellent collége consacré à Pédueation des filles, doivent leur existence, non au gouvernement, mais au zèle des citoyens hellènes de tous pays. On comprend avec quel intérêt Ta nation entière veille sur ces établissements dus au dévouement de tous, et quelle influence salutaire exercent à leur retour dans leurs provinces respectives les jeunes gens et les jeunes filles sortis des écoles de lt patrie commune.
Ainsi la cohésion que donnent aux Grecs une langue, des traditions, des espérances identiques, voilà ce qui fuit leur nation, voilà ce qui réalise déjà, mieux que les traités, cette union de race qu'ils appellent le grande idée »! Les frontières fixées par la diplomatie n'ont aucun sens au point de vue du patriotisme hellénique. Qu'ils résident dans la Grèce proprement dite, dans li Turquie d'Europe ou d'Asie, les Grecs n'en forment pas moins un seul
peuple et n'en vivent pas moins d'une vie nationale commune, en dehors des couvernements de Constantinople et d'Athènes, Peutétre même les plus Hellènes de toute la race sont-ils précisément ceux qui habitent la Turquie, loin de l'influence corruptrice de la bureaucratie grecque, C'est à Fétranger qu'ont été le mieux gardées les traditions et lt pratique de la vie muni-
cipale et que Finitiative du citoyen gree exerce le plus Tibrement. Aussi l’ensemble de la nation doitil être considéré comme formé de la race tout
entière, soit près de quatre millions d'hommes, TeLest le groupe de popu-
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