ÉTATS DE LA COTE ÉQUATORIALE
brésiliennes, “ucune n'a été moins fréquemment visitée par les naturalistes et les géographes de profession. En 1809 et pendant les années suivantes, Henry Koster parcourut la région du littoral entre Recife et Maranhäo, pénétrant çà et à dans l'intérieur'. En 1875, l'Anglais Wells, partant du bourg de Carolina, sur le rio Tocantins, traversa la zone montagneuse pour redescendre à Maranhäo par la vallée du rio de Grajaht?, et déjà un enfant du pays, le poète Gonçalvez Diaz, avait exploré et décrit ces provinces du nord. Enfin, la côte a été admirablement étudiée, d'abord par Vital d'Oliveira”, puis par Mouchez*, dont les cartes côtières servent de points d'appui pour toutes les figurations cartographiques, encore si défectueuses, de l’intérieur.
Les montagnes de la contrée littorale qui sépare le Tocantins du Säo Francisco ne constituent point de chaines précises avec des lignes de faîte régulières : ce sont évidemment les restes de hautes plaines érodées et laissées à l’état de ruines par le travail séculaire des eaux : seulement des arêtes, s'alignant ou se succédant en échelons, permettent aux géologues de soupçonner l’ancienne architecture des plateaux ravinés". Les crêtes les plus hautes paraissent être la serra do Piauhy et la serra dois Irmäos, qui dominent au nord-ouest le cours du Säo Francisco. Formant une ligne de faite, elles se développent du sud-ouest au nord-est, comme si elles se dirigeaient vers l'angle oriental du Brésil pour séparer du golfe amazonien celui de l'Atlantique austral. Ces arêtes peuvent être considérées comme le rebord d’un plateau, dont un autre rebord, au sud-ouest, est formé par les serras Mangabeiras et Gurgueia : les rivières Grande, affluent du Säo Francisco, et do Somno, tributaire du Tocantins, limitent en dehors, comme un fossé de circonvallation, le flanc de l'immense massif insulaire. On n'en connaît pas l'altitude moyenne, mais quelques cimes dépassent un millier de mètres. Le piton le plus haut qu'ait mesuré Wells au passage du faîte entre le Tocantins et les affluents du golfe de Maranhäo, pointe à 640 mètres.
Dans les limites indiquées par les arêtes extérieures du plateau, et plus à l'est vers l'extrémité orientale du continent, s'élèvent d'innombrables mornes, monticules et renflements ayant chacun son appellation distincte, mais inconnus en grande partie quant à la nature de leurs roches, On
! Henry Koster, Travels it Brazil.
? Journal of the Geographical Society of London, 1878; — Three thousand miles through Brazil.
5 Roteiro da Costa do Brazil.
4 Instructions nautiques sur les côtes du Brésil. % Herbert Smith, Brazil, the Amazons and the Const.
sait pourtant que les escarpements inclinés vers le rio Sûo Francisco se composent de masses d'origine archéenne, analogues à celles du Canada, Les hauteurs qui forment le musoir oriental du continent, de l'État de Ceard à celui d'Alagôas, appartiennent à la même formation, mais à l'ouest, ces roches primitives sont revêtues d'assises calcaires appartenant aux âges crétacés. Toute la haute vallée du Parnahyba est occupée par des terains de cette origine. Plus au nord, parallèlement au rivage, se succèdent des terrasses de grès, semblables à celles qui bordent au nord et au sud la vallée alluviale de l’Amazone, et provenant sans doute d'une même période géologique, pendant laquelle une vaste méditerranée d'eau douce recevait sur ses fonds des couches égales de dépôts arénacés : le golfe amazonien était alors occupé par la terre ferme. Les montagnes côtières de Pernambuco sont revêtues partiellement de calcaires, identiques à ceux qui de nos jours se forment au fond de l'Océan par la chute des myriades d'infusoires.
La destruction du littoral tourné vers le golfe amazonien se continue de nos jours. Du Parä au Maranhäo, sur un développement côtier d'environ 500 kilomètres, la terre et la mer se disputent une bande assez large, dédale de baies et de bayous, d'îles et d’ilots, de canaux et de lacs, s'entremélant à l'infini et changeant avec chaque marée. Le mascaret y pénètre avec une violence extrême, parfois avec la vitesse de 10 kilomètres à l'heure, vraie cataracte mobile qui déchire les rives par lambeaux et à laquelle nulle embarcation ne saurait résister. Alors les étroites coulées se changent en larges rivières, les péninsules, les îles disparaissent sous le flot montant pour se montrer à nouveau quand s'abaisse la mer. Mais dans cet incessant conflit l'Océan l'emporte : sur les plages, les testacés marins se superposent aux couches de coquilles lacustres, les palétuviers poussent à la place des espèces terrestres, projetant leurs colonies le long de chaque coulée fluviale, de chaque bras marécageux, entremêlant leurs racines en un sol jadis ferme et devenu boueux. (à et là quelque palmier dresse sa hampe flexible sur un îlot de grès, mais, assiégé de toutes parts, il finit par s'incliner et se flétrir, puis une marée exceptionnelle le déracine et l'emporte avec son piédestal de roche délayée”.
De nombreux cours d'eau descendent des collines et des plateaux du faite vers l'Atlantique, mais aucune rivière, même le Parnahyba, n'égale les grands affluents de l’Amazone par la longueur du cours. Le Gurupy,
1 3, M. da Silva Coutinho, Bulletin de la Société de Géographie, octobre 1867.
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