‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 101 sur 401 · ÉTATS DE LA COTE ÉQUATORIALE · texte numérisé non relu

ÉTATS DE LA COTE ÉQUATORIALE

dont le lit sépare les deux États de Par& et de Maranhäo, n'est guère connu que comme fleuve limite. Plus abondant, le Grajahü, gonflé du Mearim à droite et du Pindaré à gauche, s'ouvre très largement à la mer par l'estuaire dans lequel se trouve l’île Säo Luiz de Maranhäo; la rivière d'Itapicurt, qui se déverse à l'orient de l'ile, contribue à faire de la baie de Maranhäo comme une miniature du golfe amazonien avec ses deux grands fleuves et son archipel intermédiaire. L'Ttapicurü, ainsi nommé des montagnes où naît une de ses principales sources, est le plus fort cours d'eau du Maranhäo, et les bateaux à vapeur d’un faible tirant, qui ont heureusement franchi la barre et fui les vagues du mascaret, peuvent remonter le courant jusqu’à Caxias, à 550 kilomètres de l'embouchure; des barques vont même au delà, au pied des cascades. Les grandes inégalités du climat font beaucoup varier les extrêmes du débit fluvial : tantôt les rivières sont réduites à de minces filets d’eau serpentant dans les sables, tantôt elles débordent au loin dans les plaines, formant des étangs ou des marais. Quelques lacs permanents, dans lesquels s'écoule le flot d'inondation, sont alternativement de vastes réservoirs et de simples mares sans profondeur.

Le Parnahyba ou le « Fleuve Mauvais », — si telle est la véritable étymologie, — doit peut-être ce nom à l’insalubrité de sa vallée, mais plus probablement à la faible épaisseur de ses eaux : les embarcations qui le remontent risquent fort de s'engraver malgré leur faible tirant. Pourtant le fleuve dépasse en longueur et en aire d'écoulement tous les cours d'eau de l’Europe occidentale : sur plus de 600 kilomètres en largeur, il reçoit toutes les eaux qui descendent du versant septentrional des faites, Mangabeiras, Gurgueia, Piauhy, Dois Irmäos. Le Parnahyba contraste avee l’Amazone, le Tocantins et les fleuves de Maranhäo par le régime de son cours inférieur. Au lieu de se terminer en estuaire, s’ouvrant largement vers les flots de l'Océan, il partage ses eaux blanchâtres en plusieurs rameaux et projette dans la mer la saillie d’un delta à multiples embouchures". L'existence de ces terrains d’alluvion déposés au loin dans les eaux marines semble prouver qu’en cet endroit la terie ferme n'est pas en voie d'affaissement comme sur le littoral situé plus à l’ouest.

La rivière Jaguaribe, qui porte à la mer presque toutes les eaux du Cearä, est beaucoup moins abondante que le Parnahyba, et, malgré la ramure de ses affluents, ne roule assez d’eau pour porter des embarca-

! Rivière Parnahyba :

Longueur du cours fluvial . . 1 500 kilomètres. Superficie du bassin. . . . . 340 000 kilomètres carrés.

tions que dans la partie basse de son cours, longue de 25 kilomètres : en 1815, sa barre fut complètement fermée par le vent de mer et les navires s'y trouvèrent pris comme des poissons dans une nasse', Cependant elle empiète sur la mer, comme le Parnahyba, par ses apports d’alluvions, Les rivières qui coulent plus à l'est jusqu'au cap Sûo Roque, et sur la côte orientale du Brésil jusqu'au rio Säo Francisco, ont un volume d’eau trop faible pour modifier par leurs sables et leurs argiles en suspen ” : le tracé primitif du rivage ; mais là d'autres agents à l'œuvre ont don, ia côte une physionomie toute particulière.

De la bouche du Parnahyba à celle du rio Sûo Francisco, le littoral, se développant en une longue courbe sans brusques saillies, est bordé extérieurement par un récif ou par des chaînes de récifs en échelons encore plus réguliers. Quelques-unes de ces roches côtières sont d'origine coralligène; d'autres, et notamment le célèbre récif de Pernambuco, sont de provenance différente. Il n'existe probablement pas dans le monde une formation qui ait plus l'apparence d'avoir été construite de main d'homme”. La largeur moyenne du récif varie de 30 à 60 mètres, et la plate-forme du sommet, parfaitement unie, reste à sec à marée basse, tandis qu'à marée haute le flot, montant par la pente douce tournée vers la mer, déferle sur l'écueil et s'élance en fusées pour retomber nappes de lait dans l'eau calme du port. La roche se compose d'u ‘compacte, dans lequel il est difficile de distinguer les couches et qui fut probablement une rangée de dunes déposée par le flot. Des substances calcaires l'ont consolidé et le tout s'est recouvert d'une patine extrêmement dure, formée en entier de serpules, de nullipores et autres organismes végélaux et animaux. Les vagues qui se brisent incessamment sur ce mur de pierre ne l'ont pas entamé, et les plus vieux pilotes ne remarquent aucun changement dans son ensemble; cependant les oursins y creusent des cavités qui donnent passage à la mer et font crouler des pans entiers de la roche : il importe de veiller à la conservation de cette dune devenue roche, car tout change, et ce que la nature a fait elle peut aussi le défaire.

Diverses étaient les théories des géologues au sujet de cette digue extérieure, On l'avait prise d'abord pour un mur de coraux, mais elle n’en offre point la texture ni les restes organiques : Agassiz y vit la moraine frontale d'un ancien glacier, théorie que nul autre savant n'a reprise après lui. C'est un cordon littoral, comme on en voit le long de tant de plages,

1 Henri Koster, Travels in Brasil.

? Charles Darwin, Voyages d'un Naluraliste autour du Monde.

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