POPULATION DU BRÉSIL NORD-ORIENTAL
veaux fugitifs et des femmes enlevées dans les plantations eurent transformé en ville le quilombo des « Palmiers ». D'autres colonies essaimèrent aux alentours, et les rebelles devinrent assez puissants pour constituer un État traitant d'égal à égal avec les Portugais, puis avec les Hollandais, conquérants de Pernambuco. La république eut jusqu'à vingt mille habilants, et la capitale, aux maisons solidement bâties, en eut six mille. Le pays environnant était bien cultivé : nulle part dans l'intérieur du Brésil ne se voyaient de champs en meilleur état de labour; Palmares ou la Palmeraie rivalisait avec Pernambuco, où elle s'approvisionnait d'armes, de poudres, de marchandises diverses. Mais cette communauté d'hommes libres était de nature à effrayer les planteurs, et ils orga nisèrent une force de sept mille hommes pour la lancer contre les nègres. Battus une première fois, ils revinrent à l'attaque, munis de canons, et s'emparèrent de la ville, dont toute la population valide, hommes, femmes et enfants, fut ramenée en triomphe sur les domaines des propriétaires. Nombre de combattants préférèrent mourir plutôt que de retomber dans l'esclavage.
Parmi les habitants de la région, les Cearenses jouissent dans tout le Brésil d'une grande réputation d'initiative et d'énergie et souvent ils ont vécu en réelle indépendance, méprisant les ordres que leur envoyaient les gouverneurs de la côte. Eux aussi appartiennent aux trois races par la descendance : des ancêtres indiens ils ont reçu la résignation, la ténacité, l'esprit de ruse porté jusqu'à la diplomatie savante! : des noirs, l’entrain, la jovialité, la bienveillance; des blancs, l'intelligence et la force. En outre, le elimat a influé sur leur caractère en les obligeant par ses extrêmes aux résolutions promptes, à une rapide accommodation au milieu nouveau. Fréquemment les campagnards, chassés par la sécheresse, ont à quitter leurs campements ou leurs villages pour se réfugier dans les villes, où ils s'ingénient à des industries diverses. Parfois ils sont obligés de s'expatrier complètement, et dans toutes les régions limitrophes on rencontre de ces émigrants, sobres, travailleurs hardis et entreprenants. C'est à eux surtout qu'est due la croissante prospérité de l’Amazonie. Les facilités que la vapeur fournit à l'émigration hâtent le déplacement des colons de Cearä vers Belem et les autres villes riveraines de l’Amazone, Pour là seule année 1892, les registres des bateaux à vapeur indiquent un exode de 15 600 personnes, auxquelles il faut ajouter les enfants transportés gratis : on évalue à dix-neuf mille le nombre des émigrants.
1 Victor Fournié, Notes manuscrites.
L'État de Maranhäo n'a qu'un petit nombre de villes ou cidades, Une première, Turyassü, se montre près de la rivière du même nom, au bord d'une erique latérale de la mer, qui dans ces parages empiète graduellement sur la terre ferme et découpe le littoral en un labyrinthe d'ilots. Le port expédie du sucre el autres denrées agricoles, des cuirs de bœuf, des chevaux, de la vaisselle grossière et des hamaes d’un grand prix, travaillés avec soin. Au sud-ouest, entre les rivières Gurupy et Maracassumé, s'élève le petit groupe des Montes Aureos, dont le nom même dit la richesse : cependant on n'exploite guère les filons de métal que renferment leurs quartz el les sables de leurs ruisseaux; les veines de cuivre que les géologues ont signalées dans les montagnes de l'État, des confins du Pari au Pernambuco, restent également sans voseur. Turyasst est l'escale la plus active du Maranhäo occidental. Plus loin, sur la côte orientale, se succèdent Cururupü et Guimaräes, lieu d'expédition fort important pour les sucres. Les usines se pressent en amont, sur les bords d'une rivière et des lacs qui l'alimentent.
Säo Luiz de Maranhäo, ou simplement Sûo Luiz, est la plus grande cité du littoral entre Parä et Pernambueo. Elle se trouve encore sur lemplacement choisi par La Revardière en 1610, et porte toujours le nom qui lui fut donné en l'honneur de Louis XII; même quelques édifices ruinés de cette première époque française ont été pieusement rebâtis par les Brésiliens’, Située sur la côte occidentale d'une île peu élevée, que le bayou Mosquito sépare du continent, elle occupe l'extrémité d’une péninsule basse, entre deux estuaires qui rejoignent à l'ouest la baie de Säo Marcos, accessible aux navires d'un fort Urant d'eau. Quelques-unes des rues principales sont ombragées par des rangées d'arbres majestueux. Quoique graduellement envasé, le port de Säo Luiz à pris de l'importance pour l'expédition des sucres, des cafés, des cuirs, et.tous les paquebots à vapeur de
art y font escale*, En outre, des bateaux de petites dimensions remontent les rivières tributaires de la baie : Pindaré, Grajaht, Mearim, Iapicurt. Nombreuses sont les villes et bourgades qui gravitent autour de Säo Luiz. De l'autre eôté de la baie, au nord-ouest, se montre Alcantara, fameuse par ses cacaos; Vianna s'élève au bord d'un lac qui s'écoule dans le Pindaré; plus haut, sur là même rivière, Monçäo est devenu un lieu de marché très
1 Ferdinand Denis, Introduction au Voyage dans le nord du Brésil, par Yves d'Évreux, 2 Mouvement des échanges à Nûo Luiz en 1888 :
Importations, 4, 4, 4. .. 9 546 125 francs.
Exportations... , . . . . . 10531300 »
Ensemble, . . , . . . 20077 495 francs,
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