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BASSIN DU RIO SÂO FRANCISCO

grâce à l'influx des immigrants européens et au reflux des populations qui se portent autour de Rio de Janeiro depuis l'ouverture des voies de communication divergentes.

La vaste baie de Todos os Santos, aux bords de laquelle s'élève maintenant la cité de Bahia, fut déjà signalée par Christoväo Jaques, en 1505, trois années après la découverte des côtes brésiliennes; le fameux Amerigo Vespucci était pilote de cette expédition. La colonie proprement dite se développa rapidement dans la deuxième moitié du siècle, lorsque Bahia eut été choisie pour chef-lieu de toutes les capitaineries brésiliennes, et les excursions dans l’intérieur firent bientôt connaître d’une manière générale le relief du pays jusqu'à une distance considérable de la côte. Cependant la chaîne bordière des monts, revêtue de forêts épaisses sur le versant maritime, resta longtemps une barrière insurmontable. Dès la fin du seizième siècle, des voyages de découverte vers les contrées inconnues que traverse le haut Säo Francisco furent successivement entrepris, mais sans grand résultat. En 1650, Marcos de Azevedo en rapporta des émeraudes et des lingots d'argent; puis, une vingtaine d'années plus tard, d'intrépides Paulistas, sous la direction de Fernando Dias Paes Leme, gagnèrent les pays du nord que la légende disait surabonder en pierres précieuses. Ils pénétrèrent jusque vers les sources du rio Dôce, dans une région devenue fameuse depuis par ses mines; mais ne réussirent pas à découvrir ces trésors.

D'autres Paulistas furent plus heureux, à la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième, et la nouvelle de leur fortune fit accourir les chercheurs. De son côté, le gouvernement portugais intervint énergiquement pour assurer ses revenus miniers, et en 1720 il découpait dans l’immense territoire de l'ouest une capitainerie de Minas Geraes, dont les limites étaient à peu près celles qui aujourd'hui bornent l'État. Chacur de: nouveaux centres miniers devint un point de départ pour des explorations plus complètes, et lorsque l'ère moderne des voyages inaugurée par Humboldt eut commencé, les savants partis de Rio de Janeiro pour la visite des plateaux dirigèrent presque tous leurs études vers les régions minières du haut Säo Francisco : les itinéraires de von Eschwege, d'Auguste de Saint-Hilaire, de Spix et Martius s'entrecroisent dans ces contrées avec ceux de Pohl, de Natterer, Mawe, Gardner, Spruce, Burton, Liuis, Halfeld, Wells, Manoel de Macedo. Dès les années 1815 à 1817, Maximilien de Wied se hasardait au milieu des Botocudos et les décrivait avec soin, suivi dans ces recherches par de nombreux ethnologistes et contrôlé récemment par Ehrenreich. Lund se retirait loin du monde dans

un village écarté des plateaux et pendant de longues années s'y oceupait de l'ancienne faune des cavernes. Enfin des mineurs, des ingénieurs, des

géciogues, ont par centaines, avec Goreeix, Hartt, Ferrand, Orville Derby,

étudié dans les Minas l'allure des roches et le gisement des métaux, et

l'on à commencé le levé d'une carte topographique au cent-millième qui

se raltachera aux travaux de même nature qui se font dans l'État de Säo

Paulo.

Le pays montueux dans lequel le rio Säo Francisco prend naissance,

tandis qu'au sud s'écoulent les affluents platéens, est parfois désigné sous

le nom de campos; — mais ces « plaines » où « champs » ne sont point des étendues uniformes comme les Ilanos du Venezuela, les pampas de la République Argentine, les savanes et les prairies de l'Amérique du Nord. Le sol est partout inégal et bossué de collines s'élevant à 100 ou

200 mètres au-dessus dti piédestal immense que forme l'ensemble du

plateau ; mème l’une des plus hautes montagnes de Minas est dite Htabira

do Campo, par opposition avec une autre montagne, d'ailleurs moins élevée, qu'on appelle Itabira da Serra ou do sfatto Dentro, parce qu'elle

se trouve dans les régions montagneuses et boisées de l'est. Des ravins

lortueux, des marécages, des rivières varient l'aspect général de la eo:

trée. L'altitude moyenne de ces hautes terres, qui constituent le faite

central du Brésil et qui s'inclinent de toutes parts, est d'un millier de

mètres, el les eroupes culminantes, entre Queluz et Barbacena, dépassent 1200 mètres. C'est à partir de cette gibbosité centrale que divergent les

diverses chaînes de hauteurs, superposant leur masse au socle que forme

le plateau, et presque partout s'abaissant avec lui.

Vers l'ouest, une saillie, çà et là redressée en arête montagneuse, sépare les versants du Sûo Francisco et ceux du Paranä, puis va se confondre avec un deuxième faite, d'où partent la serra da Canastra et tout un rameau d'autres élévations se ramifiant vers le nord. Au sud-ouest du nœud de

Barbacena, une arète, aux pentes extérieures très escarpées, se développe parallèlement au littoral de Rio de Janeiro : c’est la serra de Mantiqueira. Au nord-est un prolongement de cette même arête se continue sous

divers noms et en s'infléchissant de manière à suivre les changements

d'orientation que présente le pourtour continental. Enfin, au nord se

profile la chaine principale, à laquelle Eschwege a donné le nom de serra do Espinbago : c'est l« Epine dorsale » du Brésil. Cependant les pitons qui se dressent au-dessus de cette chaîne majeure n'ont qu'une faible

élévation relative : le plus haut n'atteint que le quart de la hauteur à

laquelle pointent les géants des Andes, et mème, ainsi que les récentes

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explorations permettent de l'affirmer, la plus fière montagne du Brésil ne s'élève pas dans cette chaîne : elle appartient à la serra da Manliqueira. Le sommet dominateur de la rangée dorsale, le pie de Caraça ou du « Défilé’ », qu'on aperçoit au nord-est du centre de diramation des arèles, n'a que 195% mètres d'après Liais. Plus au sud, la montagne de Piedade (1785 mètres), située en dehors de la chaine, au-dessus de la vallée du rio das Velhas, commande les autres montagnes de sa large pyramide émoussée, coupée d'un côté par un brusque précipice. Enfin, plus près du nœud de croisement, s'élève la cime qui passa longtemps pour la plus haute du Brésil et qui en est restée la plus fameuse, grâce au voisinage de la cité capitale de Minas, Ouro Preto, située à sa base septentrionale : c’est l'Itacolumi ou la « Pierre du Fils », ainsi nommée d'un piton latéral posé sur un piédestal de débris, et présentant, suivant la position du spectateur, les formes les plus bizarres, d'un écureuil ou d'un crapaud gigantesque; la pyramide suprême se trouve à 1759 mètres d'après Gerber. Dans la terminologie géologique, Ftacolumi à donné son nom à un grès jaunâtre qui recouvre une grande partie du Brésil central, mais qui, d'après Burton, ne constituerait pas la montagne elle-même * ou du moins n'en serait pas la masse principale : l'tacolumi se compose de quartzite, comme le Caraça”.

Au nord du piton de Caraga, la serra do Espimhaço se confinue sur une longueur d'environ 250 kilomètres, sans présenter de croupes où de pitons bien saillants : on signale surtout un mont ferrugineux, Fhabira da Serra ou du Matto Dentro, et plus loin, dans la région diamantifère du Serro de Frio ou « Mont du Froid », un piton d'origine ignée, l'ambé, qui fut aussi proclamé le point culminant du Brésil; son altitude ne dépasse pas 1516 mètres, d'après Spix et Martius, qui l'escaladèrent en 1818. A l’ouest du rio das Velhas, à l'étroit dans ses gorges, s'élève un rival de F'Itacolumi, l'Habira do Campo, montagne à double pointe, — en « bonnet d'âne », — très difficile à gravir et composée presque uniquement, comme ie Piedade et l'autré fiabira ou « Pierre Brillante », d'un minerai ferrugineux, l « itabirite‘ », contenant 60 pour 100 de mélal pur. On a pu en mesurer exactement l'altitude, 1529 mètres®. Dans celle même région, diverses cartes indiquent le nom d'une prétendue

! Auguste de Saint-Hilaire, Voyages dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Garacs, ? The Highlands of Brazil.

* Owville À, Derby, © Picos allos do Brazil.

* Von Eschwege, Beiträge sur Gebirgskunde Brasiliens.

5 E, Gauthier, Notes manuscrites,

montagne de Bôas, d'une hauteur de 2500 mètres; mais ce nom est complètement inconnu dans le pays : nulle cime ne s'élève en de pareilles proportions au-dessus de la mér presque uniforme des croupes qui se déroulent comme des vagues; la confusion provient sans doute des croupes pénibles à franchir qui, sous le nom de Bôas Mortes, séparent le haut bassin du rio das Velhas et celui du Paraopeba'. Les saillies les plus fortes se montrent à peine au-dessus des ondulations de la région montueuse. À sa base même on ne voit point la montagne Itabira; pour la distinguer, il faut s'élever sur les pentes des collines environnantes.

En dehors de l'Espinhaço, les chaines de hauteurs ne sont pas encore assez connues pour que leurs pies soient désignés habituellement comme des individualités distinctes : d'ordinaire on se borne à énumérer les saillies principales et souvent en exagérant les altitudes et la vigueur du relief. Au delà du seuil de Diamantina, où naissent les sources du Jequitinhonha, se développe le rempart sinueux de litacambira, prolongé au nord par là chaine du Gräo Mogol, puis par la serra das Almas, qui va se perdre dans l'État de Bahia en de vastes plateaux, où les serras ne sont en réalité que les rebords escarpés des hautes terres, entaillées à la base par des eaux courantes. Une chaîne mieux marquée est la serra dos Aimores, ainsi nommée d'après ses anciens habitants aborigènes, et qui se profile parallèlement au littoral d'Espirito Santo, coupée en de nombreux fragments par les rivières qui découlent des pentes orientales de l'Espinhagço. Près de la racine de cette chaîne, dans le massif dit de Capazäo*, formé de gneiss quartzeux, le botaniste Sehwacke à récemment gravi une cime de 2200 mètres, restée inconnue jusqu'à ces dernières années à cause des tribus indiennes qui l'entouraient*.

À l'ouest du rio Säo Francisco d'autres faites allongés présentent aussi l'aspeet de montagnes : tels ceux qui à l'est séparent les États de Minas Geraes et de Goyaz, et que l'on appelle quelquelois pour cette raison serra das Divisôes. Mais au nord toute trace de monts disparait : ce ne sont plus que des plateaux déserts, de redoutables travessius sans eau et sans végétation, et en maints endroits couvertes de sel; les voyageurs mettent des journées à les franchir. Enfin, dans la vallée même du Sûo Francisco s'élèvent de nombreux massifs et chaînons, les uns parallèles au cours fluvial, d'autres se dirigeant transversalement à son cours et donnant lieu par leurs barrages de rochers à des rapides ou à des cas- 1 James W. Wells, ouvrage cité,

3 Caparaë sur la carte de Chrockatt de Sa.

3 Orville A. Derby, Revista da Sociedade de Geographia do Rio de Janeiro, 1889.

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