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CLIMAT DU LITTORAL BRÉSILIEN

l'Amérique septentrionale, sont ici fort rares. Dans l'intérieur, le mouvement de l'atmosphère, déplacé par les foyers de chaleur qui changent incessamment suivant les saisons, les jours et les heures, est encore beaucoup moins régulier que sur le littoral, et la quantité d'eau tombée varie en proportion, En quelques vallées profondes entourées de rochers, la température estivale est quelquefois fort pénible. En seize années de voyages au Brésil, Wells n'a souffert nulle part de la chaleur plus qu'aux chutes de Pirapôra, sur le Sûo Francisco, près du confluent du rio das Velhas: cependant la température maximale n'y dépassa pas 96°,6.

Bien à tort les colonisateurs européens du Brésil ont donné aux saisons la nomenclature oflicielle de « printemps, été, automne, hiver » : la seule division naturelle de l'année dans cette région du continent sudaméricain avait été faite par les indigènes Guarani : ils ne connaissaient que la « saison du soleil » et la « saison de la pluie », — coarassy-ara et almana-ara. — Sur le littoral, les pluies, qui tombent surtout en automne, portées par le vent normal du sud-est, se déversent avec beaucoup plus d'abondance que sur les plateaux, abrités par des montagnes contre le souffle humide de la mer ; en maints endroits, la quantité diminue du double au simple sous la même latitude entre les rives de l'Océan et les bords du Sûäo Francisco. Toutefois l'humidité de l'air est assez considérable dans le haut bassin fluvial pour que des tourbières, analogues à celles de l'Irlande, aient pu se former sur les pentes supérieures de la vallée brésilienne". Plus au nord, où les calmes prévalent souvent, les hautes chapadas de Bahia ne reçoivent qu'une part d'humidité très insuffisante pour la culture, et certains causses présentent l'aspect de véritables déserts ?.

Une selve comparable à celle de l’Amazonie occupe toute la bande du littoral bien arrosée et les hautes vallées des avant-monts tournées vers les vents pluvieux de la mer. Les forêts épaisses à travers lesquelles serpentent le Jequitinhonha, le Mucury, le Dôce, ont protégé les tribus sauvages qui vivent à leur ombre, tout en empêchant les immigrants de pénétrer dans l'intérieur : si l'État d'Espirito Santo est un des plus pauvres et des moins populeux du Brésil, la cause en est aux forêts. Mais sur le versant occidental de la chaîne Épinière les bois continus se font rares, et des rochers, des

1 Richard Burton, ouvrage cité, ? Conditions météorologiques de la haute vallée du Säo Francisco et des villes du littoral adjacent :

{Années Températures Jours Hauteur d'obs.). Latitude. Altitude, maxim, moyenne, minim. Écart, de pluie. de pluie.

Congonhas de Sabarä. (25) 190,47 695" 32,4 190,8 10 319,4 (?) 1,65 Balua, , , . . . . (5) 120,58 64e 510,5 96,01 210 100,5 142 2",390

n ù , / 0 monts apparaissent nus, sauf de brousses où d'un tapis de fleurs ou de

gazon, L'homme a contribué pour bonne part au déboisement, surtout aux environs des mines : dans telle galerie on ne se sert que de palissandre pour élayer la roche, et souvent la pourriture du bois oblige les mineurs à recommencer le travail tous les quatre ans', De maint promontoire, on ne voit de verdure que le long des ruisseaux et des fleuves : en haut, des bambous et des fougères sur les bords inclinés des gaves; plus bas, dans les plaines horizontales, les grands arbres toulfus et les palmiers, Sur les plateaux du nord, les forêts se réduisent à des catingas, bouquets d'arbustes dépouillés de leur feuillage pendant les sécheresses. Plusieurs des croupes du plateau, surtout dans la partie méridionale de l'État de Bahia, n'ont même aucune végétation : ce sont des étendues blanchies par les efflorescences salines.

La flore et la faune de la région ne diffèrent point dans leurs traits généraux de celles des provinces limitrophes; cependant nombre d'espèces ayant une aire limitée ne se trouvent que là. C'est ainsi qu'en amont de sa grande chute le Säo Francisco possède des formes particulières de poissons, toutes différentes de celles qui vivent en aval : l'infranchissable précipice a séparé les deux faunes. De mème, l'arète de l'Espinhago, avec deux climats sur ses versants opposés, limite des multitudes de plantes et d'animaux. Comme le Cearä et le Piauhy, Minas Geraes et Bahia eurent aussi, à une époque relativement moderne, une faune beaucoup plus riche que celle d'aujourd'hui et caractérisée par de grands quadrupèdes. Aux environs de Lagôa Santa, Lund et d'autres naturalistes ont découvert en un millier de cavernes 115 espèces de mammifères fossiles, tandis que la faune locale n’en comprend plus que 88. 'armi les animaux disparus, Lund décrit un grand singe, un jaguar énorme, deux fois supérieur en taille et en force au jaguar actuel du Brésil, un cabiai ayant les dimensions du tapir, un cheval qui ressemblait beaucoup à notre cheval moderne, et un lama comme celui du Pérou*.

Les cavernes de Minas Geraes renferment aussi des ossements humains. Lund trouva les restes fossilisés d'au moins trente individus de tout âge. depuis des nouveau-nés jusqu'à des vicillards, et l'étude comparée à laquelle il se livra lui permit d'affirmer que la race vivant dans celle

LE, Triana; — F, Robellaz, Notes manuscriles. # Lund, Mémoires de la Société des Antiquaires du Nord, 1845.

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